Centre Islamique de Genève

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  • Jérusalem, ou la faute d’Israël

    Assez ! Voilà le cri de révolte qui remonte à la gorge lorsque nous assistons à la répression exercée une fois de plus par l’armée israélienne contre les civils palestiniens.

    Le massacre de l’Esplanade des Mosquées révèle aujourd’hui au monde entier, pour ceux qui ne l’auraient pas compris, la véritable nature du conflit israélo-palestinien. La presse et les médias présentent la visite d’Ariel Sharon comme une véritable provocation. L’homme qui a laissé faire les massacres de Sabra et Chatila, en 1982, qui déclarait déjà en 1974 dans une interview :  » Il faut frapper, frapper sans cesse. Il faut frapper les terroristes partout…  » (Yedio Aharonot, 26 mai 1974), – cet homme ne pouvait cependant accomplir un tel geste sans l’accord du gouvernement israélien et la protection de son armée. Dans tout Etat de droit, Ariel Sharon serait immédiatement enfermé et jugé pour ses nombreux crimes. La  » démocratie israélienne  » n’a cessé de lui donner carte blanche pour sévir aux moments opportuns.

    Jamais, autrement que par des mots et des généralités, les dirigeants israéliens n’ont exprimé la volonté de se conformer aux résolutions de l’ONU : ni en ce qui concerne le retour des réfugiés palestiniens, actuellement plus de trois millions, ni en ce qui concerne la  » partition  » de la Palestine : la Cisjordanie, la bande de Gaza et surtout, Jérusalem-Est, restent des territoires occupés et martyrisés.

    Jérusalem. C’est cette ville qui est au cœur du conflit, et au cœur de cette ville, l’Esplanade des Mosquées, qui avec les Mosquées de la Mecque et de Médine, sont au centre de l’ensemble des trois harams, c’est-à-dire lieux saints et sacrés de l’Islam. Convoitées par les extrémistes juifs et les religieux, la Mosquée al-Aqsa et l’Esplanade devraient progressivement céder la place à une reconstitution du temple de Salomon. Ehud Barak s’est toujours bien gardé de s’exprimer clairement sur la question : les positions claires et définitives de l’orthodoxie juive sur le  » mont du Temple « , ainsi que la proximité du Mur des lamentations, ne lui ont jamais permis de faire la moindre concession aux musulmans. Il s’est contenté de vagues promesses sur le statut de Jérusalem, irréalisables aux yeux de ses collaborateurs les plus proches, mais aussitôt interprétées par les médias du monde comme étant le signe d’un pas décisif dans le  » processus de paix « .

     » Processus de paix  » il y a, pour les observateurs internationaux oisifs qui font de savantes analyses dans les bureaux confortables de Washington et New York, ou à l’ombre délicieuse des murs du Palais des Nations. Mais certainement pas pour les réfugiés palestiniens qui vivent humiliés, parqués dans des camps, en exil et privés de leurs droits civils. Ni pour la foule sur laquelle l’armée tire, blessant et tuant des enfants et des adultes.

     » Le processus de paix envisageable  » n’est peut-être finalement qu’une expression synonyme de  » consensus de guerre interminable « , admis aussi bien par les agresseurs et les résistants. Car l’Etat d’Israël, dans sa politique générale, veut-il vraiment la paix à court terme ? Tout le laisse supposer, en termes de négociations, de tractations et de tergiversations. Mais en arrière-fond, la paix signifierait pour Israël la nécessité de se ranger définitivement et sagement dans le rang des nations : c’est-à-dire de perdre ses nombreux privilèges qui en font l’enfant terrible que la communauté internationale ne cesse de choyer.

    Seul pays au monde à bénéficier de frontières modifiables , seul pays au monde qui peut se permettre indéfiniment de ne pas appliquer les résolutions de l’ONU, seul pays au monde qui depuis 50 ans, martyrise tout un peuple qui souffre, et dont nous voyons la souffrance.

    Seul pays au monde qui, fondé sur des critères religieux (  » le peuple élu « ), et sur une appartenance tribale ( la personne de mère juive accède immédiatement à la nationalité israélienne), reçoit le soutien unanime des Etats dits  » laïques « .

    Pour les Palestiniens, l’Esplanade des Mosquées représente le lieu de l’ultime résistance. Même si tous les Etats arabes les ont livrés à leur triste sort, par démission ou par lâcheté, ils savent que le Dieu d’Abraham, d’Ismaël, d’Isaac et de Jacob ne les a jamais trahis. Il ne les abandonnera pas.

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique

    La Tribune de Genève, 5 octobre 2000

    Le Temps, 10 octobre 2000

  • Les musulmans d’Europe, entre intégration et assimilation

    La Ligue des musulmans de Suisse organise son congrès de septembre 2000 autour du thème :  » La famille musulmane en Occident, entre la perspective d’une intégration positive et le défi de l’assimilation « . Le choix du sujet est judicieux, et cela pour deux raisons :

    Premièrement, parce que les musulmans vivant en Europe sont inquiets : leur sera-t-il possible de vivre en parfaite harmonie avec les sociétés modernes, tout en préservant et transmettant aux nouvelles générations leur foi et leurs traditions ? Est-il envisageable pour un musulman d’être un citoyen suisse à part entière sans perdre son identité religieuse et culturelle, sans voir sa famille se dissoudre dans la collectivité ? Ces questions appellent des réponses qui concernent un grand nombre d’acteurs sociaux, et qui permettraient de tenir une ligne de conduite cohérente dans le domaine de l’intégration.

    Deuxièmement, parce que la présence musulmane en Suisse a plus que décuplé en 30 ans. On comptait en effet 20 mille musulmans en 1970. Ce chiffre est passé à 57 mille en 1980, 152 mille en 1990 et 250 mille en 1999. Un pays qui accueille une si importante minorité, dont 40% sont des Suisses ou possèdent un permis de résidence, ne peut se contenter d’avoir de l’islam une image reposant sur des clichés et des généralisations, oscillant entre la figure masquée du terroriste qui massacre ou retient des touristes à l’étranger, et la générosité excessive du prince richissime venant dilapider sa fortune à Genève dans une ambiance de conte des Mille et Une Nuits.

    Dans un excellent bulletin de la Commission fédérale contre le racisme (Tangram 7, octobre 1999), M. Thomas Facchinetti, délégué aux étrangers dans le canton de Neuchâtel, énonce le problème en termes concis avec beaucoup de lucidité :  » Les collectivités musulmanes et islamiques vivront-elles à l’avenir en Suisse et en Europe comme une société parallèle et séparée des autres groupes de populations, ou au contraire intégrées ? « 

    Cette intégration est possible. Et l’on est même en droit d’affirmer qu’un Suisse musulman n’a pas à se poser cette question, pas plus qu’un Suisse juif ou libre penseur. Pas plus qu’un autre Suisse, il n’a à prouver son intégration.

    En outre, si l’on définit la citoyenneté comme se fondant sur trois critères : le respect des lois et des réglementations dont un pays s’est doté, l’égalité de tous ses citoyens en ce qui concerne leurs droits et leurs devoirs, et la défense de l’intérêt général de la nation, on peut affirmer que l’islam est non seulement en plein accord avec ces principes, mais qu’il impose à tout musulman de les appliquer du fait même de son appartenance religieuse. Cela d’autant plus que nos Constitutions, helvétique ou européennes, prévoient sans exception la défense de l’identité religieuse de tout citoyen, ainsi que la liberté de l’exercice du culte.

    Cette vision idyllique ne doit pas cacher cependant une autre réalité : la confusion qui existe dans bien des esprits entre l’intégration et l’assimilation. Etre citoyen suisse de religion musulmane n’implique pas la renonciation à une identité qui se fonde sur des conceptions étrangères à la culture européenne. La civilisation de l’islam est porteuse de valeurs qui ne recoupent pas nécessairement les valeurs dites modernes de l’Occident. La place qu’occupe la femme musulmane, dans les familles et dans la société, n’est pas forcément celle qu’occupe la femme dite  » émancipée « . L’éducation des enfants musulmans obéit à des principes et des mœurs dont les Occidentaux, dans leur grande majorité, se sont depuis longtemps débarrassés, notamment aux niveaux de la transmission du savoir religieux, de la sexualité et des interdits.

    Avoir une conception claire de ce que représente la famille musulmane dans un contexte occidental est donc un jalon essentiel nous engageant, au-delà de tout repli communautaire, sur le vaste terrain d’un authentique dialogue des civilisations.

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique

    Congrès de la Ligue des musulmans de Suisse

    Les 8,9 et 10 septembre 2000

    au Camp du Lac-Noir, Fribourg

  • Position Illégitime d’Israël

    Je réponds par la présente aux propos de M. Joseph ALPERN,

    parus dans le Courrier du 18 août 2000 (Le nœud du problème : Jérusalem).

    L’échec des négociations du dernier sommet de Camp David a révélé avec évidence la position intransigeante et illégitime &endash; sur le plan du droit international- de l’Etat sioniste.

    1) Cet Etat refuse d’appliquer la résolution 194 des Nations Unies, qui stipule que tout réfugié a le droit de revenir sur ses terres. La politique sioniste est actuellement responsable de l’exil de près de 3 millions de Palestiniens, pour lesquels Israël n’envisage aucun retour.

    2) Les dirigeants israéliens n’ont jamais respecté les résolutions de l’ONU concernant la partition de la Palestine. Aujourd’hui encore, ils refusent de se soumettre aux décisions du Conseil de sécurité, qui impliquent le retrait complet de Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est. Depuis 1947 jusqu’à nos jours, Israël a appliqué un programme d’expansion, mettant systématiquement la communauté internationale devant la politique du fait accompli, et justifiant ses nombreuses violations des droits de l’homme par la nécessité d’assurer sa survie.

    3) Comment M. Alpern peut-il s’étonner que  » l’éducation à la haine dans les écoles palestiniennes existe toujours  » ? Après tant de crimes et d’injustices, comment pourrait-il en être autrement ? Mais on cultive d’une toute autre façon le fanatisme dans les écoles israéliennes. C’est ainsi que le psychologue G. Tamarin, de l’Université de Tel-Aviv a fait passer le test suivant à plus de 1000 élèves des écoles israéliennes, où le livre de Josué figure au programme :  » Supposons que l’armée israélienne occupe un village arabe pendant la guerre, devrait-elle, oui ou non, faire subir à ses habitants le sort que Josué a réservé aux habitants de Jéricho ( c’est-à-dire les massacrer)?  » Les réponses  » Oui  » variaient entre 66% et 95% selon les écoles, le Kibboutz ou la ville. ( Liban Palestine, Ouvrage collectif émanant du  » Centre protestant de l’ouest  » Ed. L’Harmattan. Paris 1977).

    4) Enfin, et contrairement à ce qu’affirme M.Joseph Alpern, la cité sainte est évoquée dans le Coran en 17,1 , où est rappelé le miracle du voyage et de l’ascension nocturne du Prophète à Jérusalem :  » Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur ( Muhammad), de la Mosquée Al-Harâm (à la Mecque) à la Mosquée Al-Aqsâ (à Jérusalem) dont nous avons béni l’alentour…  » La Mosquée de Jérusalem constitue l’un des trois lieux saints de l’Islam, avec les territoires sacrés de la Mecque et de Médine, où il est recommandé de se rendre pour en recevoir la bénédiction, selon une parole authentique du Prophète. A moins de juger que seuls les juifs ont le droit divin de dominer et de gérer Jérusalem, et qu’ils bénéficient, en tant que peuple élu, de privilèges que la communauté internationale ne saurait remettre en cause, M. Alpern doit reconnaître que Jérusalem est une ville sainte autant pour les musulmans et les chrétiens que pour les juifs.

    A l’heure actuelle, l’intransigeance des Israéliens sur le partage de Jérusalem montre bien quel est le fond du problème : derrière sa façade d’Etat moderne démocratique, l’essence et la motivation même de l’entité sioniste sont non seulement d’ordre religieux, mais encore sont déterminées par l’excellence supposée d’une appartenance raciale.

    Or, l’impératif qui fait de Jérusalem la capitale une, indivisible et  » éternelle  » de l’Etat hébreu, anéantit aujourd’hui toute possibilité de paix réelle et durable. Aujourd’hui, et peut-être…  » éternellement « .

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique

    Le Courrier du 4 septembre 2000

  • Il n’y a pas d’ »islamistes » ou d’ »islamisme » !

    Sur une même page d’un quotidien relatant la prise d’otages dont l’île de Jolo aux Philippines est le théâtre, nous pouvons lire les expressions suivantes : « ravisseurs islamistes », « rebelles musulmans », et « extrémistes d’Abu Sayyaf ».

    Or, ce qui choque, c’est ce terme « islamistes » qui comprend le mot « islam », et auquel on ajoute savamment un &endash;iste (comme dans « terroriste ») censé expliquer bien des choses. Les musulmans qui vivent en Occident ne peuvent s’empêcher de se sentir agressés chaque fois que des groupes armés, agissant de façon inhumaine ou tout simplement pour de l’argent, sont identifiés en fonction de leur appartenance religieuse.Imaginez que lors de son procès, après avoir fait étalage de tous ses crimes, on relève et souligne les déficiences de la personnalité du « chrétien Dutroux ». Chacun considérerait cette désignation du pédophile comme étant parfaitement déplacée.

    Non seulement en effet, on ne trouve dans l’islam aucun enseignement susceptible de légitimer la prise d’otages innocents et le chantage abject de leur vie contre un quelconque rançonnement, mais surtout, la loi islamique prévoit des peines d’une très grande fermeté contre les bandits et les kidnappeurs, les fauteurs de troubles et tous ceux qui menacent l’ordre social.

    Bien sûr, le gouvernement philippin, tout comme le gouvernement algérien, a bien du mal à gérer la situation de corruption qui a gagné son pays, laissant les uns dans la misère et l’oppression, et les quelques autres dans l’opulence et le luxe. L’extrémisme n’est souvent que la forme hypertrophiée et étrange que prend la réaction des pauvres et des illettrés face à la domination insolente des riches et des classes bien pensantes.

    Il n’en demeure pas moins vrai que l’islam, en tant que religion, culture et civilisation, ne doit pas être assimilé ou réduit aux manifestations de violence qui, çà et là dans le tiers monde, révèlent un état d’ignorance considérable ou de fanatisme intransigeant.

    Le mot « islamiste », répété par tous comme une formule incantatoire destinée sinon à conjurer le mal, du moins à désigner l’ « ennemi », et qui sert en principe à définir un islam engagé, mû par une idéologie politique dont l’objectif est le pouvoir, ce mot doit être définitivement banni de notre vocabulaire.

    D’abord parce qu’il n’existe pas d’orientalistes ou d’ » islamologues » sérieux qui ne considèrent que l’islam comprend de façon intrinsèque une dimension politique. Le Coran contient dans ses énoncés des injonctions touchant à tous les domaines de la vie, allant des prescriptions de guerre aux exhortations morales en passant par les règles qui régissent la vie politique et économique de la communauté musulmane. En ce sens, l’islam est une religion totale et globale, mais non pas totalitaire.

    Ensuite, parce qu’historiquement, il est impossible de dissocier la vie religieuse et la vie politique en islam. Le Prophète meurt à Médine en laissant un Livre révélé éloquent, et un culte grandiose. Mais aussi un Etat islamique armé.

    Le mot « islamiste » n’a donc pas de raison d’être, car tout musulman, pour autant qu’il connaisse et pratique sa religion, sait qu’elle associe le spirituel et le temporel, la foi et la loi, et que César et ce qui appartient à César appartiennent à Dieu.

    Ainsi, le mot « islamiste », que certains utilisent pour condamner un islam dur et fermé, dogmatique et radical, violent et intégriste, par opposition à un islam tolérant et ouvert, « laïcisé », respectueux des droits de l’homme, ne fait qu’entretenir une confusion qui conforte le seul point de vue « ethnocentriste » des Occidentaux. Même si on ne le dit pas ouvertement, l’islam est perçu par beaucoup comme une religion qui engendre haine et violence. De sorte qu’insensiblement et petit à petit, les esprits s’accoutument à ce glissement qui ne nécessite aucun effort intellectuel et qui finit par paraître si naturel.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève, le 24 mai 2000

  • Manifestation pour la Tchétchènie

    Vous trouverez ci-joint la liste des intervenants à notre rassemblement qui a réuni devant le Palais des Nations le samedi 4 mars environ 600 participants venus de toute la Suisse et de France voisine, ainsi que la déclaration qui a été lue à cette occasion.

    Liste des intervenants au rassemblement pacifique du 4 mars 2000 en faveur de la Tchétchènie.

    1. Hani Ramadan, Directeur du Centre Islamique de Genève (lecture de la déclaration du Comité organisateur de la manifestation.)
    2. Mme Laurence Fehlmann-Rielle, Députée et Vice-Présidente du Parti socialiste.
    3. M. Yahya Basalamah, Imâm à Genève ( en arabe).
    4. M. Patrick Schmied, Vice-Président du Parti démocrate chrétien.
    5. M. Abd-Allah Kasap Oglu, Président de l’Assemblée des musulmans de Suisse. Isviçre islam Toplulugu ( en turc).
    6. M. Patrice Mugny, du Parti des Verts.
    7. M. Tobia Schnebli, du GssA.
    8. M. René Longet, Conseiller administratif et représentant du P.S.
    9. M. Salioski Sadem, Président du Centre Islamique de Sion,pour la communauté albanaise ( en albanais)
    10. M.Yousouf Ibram, Imâm de la Fondation islamique de Zurich (en arabe).

    HALTE AU MASSACRE DU PEUPLE TCHETCHENE

    Rassemblement pacifique devant le Palais des Nations, 4 mars 2000

    Nous dénonçons :

    les violations flagrantes des droits de l’homme en Tchétchénie, et l’absence de réaction de la communauté internationale.

    Depuis le mois de septembre 1999, l’armée russe agit en toute impunité contre le peuple tchétchène, détruisant villes et villages. En plus des bombardements indiscriminés de populations civiles, les témoignages de plus en plus nombreux font état de massacres, viols, pillages, mutilations et torture pratiquée notamment dans des camps de filtration.

    Malgré cette escalade de la barbarie, la communauté internationale, le Conseil de l’Europe et l’ONU continuent à entretenir les meilleures relations avec le gouvernement russe, désavouant les principes auxquels ils sont liés : respect des droits de l’homme, protection des populations civiles et des minorités selon les Conventions de Genève , l’Acte final d’Helsinki et la Charte de Paris.

    Nous demandons :

    • que les enquêteurs internationaux et les organisations d’aide humanitaire puissent avoir accès &endash; autrement que par des visites guidées organisées par les militaires russes- aux camps de filtration et aux régions bombardées,
    • que les journalistes puissent rendre compte du drame vécu par les Tchétchènes, et que l’on mette fin à la conspiration du silence orchestrée par le gouvernement russe, pour détruire et anéantir un peuple,
    • que les responsables russes soient jugés pour les crimes qu’ils ont commis,
    • que les populations réfugiées en Ingouchie et ailleurs soient protégées et ramenées chez elles sous le contrôle d’observateurs internationaux.

    Nous soulignons la nécessité :

    d’une prise de conscience générale sur la responsabilité de nos gouvernements et de nos institutions démocratiques, qui restent passifs devant les atrocités commises et se contentent de remontrances verbales.

    NON à la résignation de l’ONU et de la communauté internationale !

    Comité organisateur de la manifestation

    Du 4 mars 2000 en faveur de la Tchétchénie.

  • L’hypocrisie de la communauté internationale devant le drame tchétchène

    Ces dix dernières années auront été marquées, en Europe et dans les Républiques de l’Est, par une recrudescence de violence à l’encontre des populations musulmanes. De la Bosnie au Kosovo, et du Kosovo à la Tchétchénie, le monde dit civilisé aura été le spectateur plus ou moins passif de massacres opposant invariablement des minorités persécutées à des agresseurs ayant carte blanche pour piller, violer, torturer et tuer des civils et des résistants.

    Et toujours, à quelques variantes près, le même scénario :

    1. L’annonce que des troupes surarmées envahissent une région, encerclent des villes et détruisent des villages.
    2. Les protestations et indignations de la communauté européenne qui entreprend verbalement de condamner ces agressions.
    3. Les agences de presse et les médias qui font état de meurtres en série, de femmes violées, et de la fuite des civils dans des conditions épouvantables.
    4. L’intervention de l’ONU, verbale encore, qui tout en dénonçant les atrocités commises, entretient avec des criminels de guerre des relations diplomatiques, leur conférant le statut d’interlocuteurs légitimes. La communauté internationale, le Conseil de l’Europe suivent à peu près la même démarche, pendant de longs mois de négociations et tergiversations qui se traduisent sur le terrain par la morts de dizaines de milliers d’innocents
    5. Enfin, le dénouement tragique, qui se traduit soit par une intervention tardive ou maladroite, comme en Bosnie et au Kosovo, soit par l’entérinement du fait accompli, comme en Tchétchénie.

    Bill Clinton, en prononçant son dernier discours devant le Congrès sur l’Etat de l’Union, a qualifié la guerre en Tchétchénie de  » cruelle et sans issue « . Cela ne l’a pas empêché d’assurer à Moscou son soutien pour le développement de la démocratie. Il y a quelque temps, le secrétaire général de l’OTAN, George Robertson, a affirmé :  » Il est clair que nous comprenons les raisons des actions de la Russie en Tchétchénie, mais nous n’acceptons pas, avec fermeté, ce que les forces russes font en Tchétchénie.  » (ATS, 25 janvier 2000) Aux dernières nouvelles, l’Alliance s’est engagée à normaliser ses relations avec la Russie . Belle hypocrisie, belle fermeté de ceux qui, il y a quelques mois, ont bombardé Belgrade soi-disant pour protéger les Albanais de Pristina et du Kosovo, livrés aux soldats de Milosevic !

    Au nom de la démocratie, Poutine se moque éperdument des remontrances du brave Bill Clinton, car le peuple russe, assoiffé de vengeance et dénonçant les attentats terroristes dont il ne connaît que trop vaguement les auteurs, a trouvé le bouc émissaire idéal dans la race tchétchène, faite de bandits et d’assassins. Plus les soldats de Poutine tuent et détruisent, plus sa cote de popularité augmente. Ce sont par ces effets un peu spéciaux qu’un chef d’Etat charme parfois son électorat. Le brave Bill, bombardant Bagdad et ses environs, en sait quelque chose…

    Comment d’ailleurs ne pas s’étonner de la position de la communauté internationale, qui n’a rien fait pour empêcher la chute de Grozny, alors qu’elle s’était décidée à défendre Sarajevo et Pristina ?

    La Tchétchénie est  » une affaire interne « . Premier argument qui ne tient pas, si l’on considère que les Russes et les Tchétchènes n’ont rien en commun, ni d’un point de vue ethnique, ni d’un point de vue linguistique, ni d’un point de vue religieux. Il n’y a que les fous qui massacrent les membres de leur propre famille. Ici, il s’agit bel et bien d’exterminer une population étrangère pour s’approprier et dominer son territoire. Tout le monde a soutenu, contre la souveraineté de l’Etat musulman indonésien, l’indépendance du Timor-Oriental, mais jamais l’on envisagerait l’indépendance de la Tchétchénie, au mépris de l’opinion de tout un peuple, qui a ses traditions et sa culture, et qui ne s’est jamais reconnu, depuis des siècles, comme appartenant à la grande Russie. Déjà en novembre 1999, l’OSCE ( Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) avait estimé, par la bouche de son délégué norvégien Kim Traavik en Ingouchie, que  » l’envergure de la catastrophe humanitaire est plus important que l’on ne pensait « . La conclusion de l’OSCE était que cette guerre ne pouvait plus être considérée comme  » une affaire intérieure russe  » (LT/AFP 11 novembre 1999).

    Deuxième argument invoqué pour expliquer le manque de réaction des pays européens : la menace islamiste qui plane sur l’Asie centrale. Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS à Paris, relève en Tchétchénie  » l’influence afghane « . Propos retenu par Marc Wolfensberger, qui n’hésite pas à parler de  » talibanisation croissante  » dans le Caucase (Le Temps, 17 janvier 2000). Thèse déjà suggérée par Alexeï Malashenko, qui dans Le Monde diplomatique d’octobre 1999, évoquait déjà l’escalade militaire face au  » péril islamique « . Ces analyses, si elles donnent à l’agression russe des apparences de légitimité, ne correspondent pas du tout à la réalité tchétchène. Les Tchétchènes, dans leur ensemble, n’ont jamais manifesté une volonté d’expansion à l’extérieur de leur territoire, mais seulement un désir d’indépendance qui contrarie les intérêts économiques russes dans la région. Il est parfaitement ignoble d’assimiler l’ensemble d’une population musulmane au  » terrorisme islamiste  » pour justifier un massacre de cette ampleur ( voir dans le Courrier et la Liberté du 1er février 2000, Une guerre absurde…). Et Denis Paillard, autre directeur de recherche au CNRS, aura beau lancer son appel à l’aide, en affirmant haut et fort que  » le peuple tchétchène est en danger de mort  » (Le Temps, 27 janvier 2000), le monde dit civilisé restera jusqu’au bout étonnamment silencieux devant ce génocide organisé.

    Nous ne sommes cependant pas arrivés encore au bout de l’horreur : les témoignages de plus en plus nombreux faisant état du massacre de milliers de civils, de tortures dans des camps de filtration, de viols, de détentions arbitraires, révèlent l’étendue du drame que vivent les musulmans tchétchènes.

    On voudrait se réveiller enfin. Dire que cela n’est pas possible. Que tout cela n’est qu’un cauchemar. Que l’ONU, les droits de l’homme et de l’enfant, et tout ce que notre civilisation a pu produire… que tout cela a un sens… Qu’on ne peut assister, sans rien faire, au massacre et à l’extermination d’un peuple…Que cette passivité est une forme de complicité…

    Si la Bosnie et le Kosovo ont longtemps sonné le glas de la conscience occidentale, la Tchétchénie est bien près de lui consacrer une sépulture définitive.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Le Courrier du 23 février 2000

  • La Tchétchénie abandonnée par le Conseil de l’Europe

    Un grand merci à MM. Pierre-André Stauffer et Denis Etienne pour leur remarquable dossier sur la Tchétchénie abandonnée dans l’étau russe (Hebdo 11 nov.1999). Ils ont bien souligné le caractère indigne de la prise de position du Conseil de l’Europe, donnant le feu vert aux armées russes pour poursuivre la guerre impitoyable menée contre les civils tchétchènes. Le Suisse Ernst Mühlemann s’est particulièrement distingué en rédigeant le texte de la honte adopté par les députés européens, dénonçant entre autre : « tous les actes terroristes à l’intérieur et à l’extérieur du territoire tchétchène, les violations des droits de l’homme résultant de l’application de la charia (loi islamique) ainsi que les prises d’otages. »Déclaration acceptée à l’unanimité !

    Ce qui est révoltant pour au moins deux raisons :

    1) Si M. Mühlemann se montre si sensible devant l’application des peines prévues par la loi islamique &endash; mains coupées, peine de mort, etc.- il ne ressent absolument rien pour les Tchétchènes que l’on massacre par milliers sans états d’âme , dont on mutile les femmes et les enfants, et qui sont chassés de par les routes dans le froid et la neige dans des conditions atroces.

    2) L’ignorance des députés européens sur le sens de la sharî’a, révèle l’absence d’un véritable dialogue des civilisations, qui aurait au moins l’avantage de mettre en évidence que la religion musulmane n’est pas l’ennemie du genre humain. En 1953, l’Institut de Droit Comparé de l’Université de Paris, sous la présidence du célèbre Professeur Milliot, publiait la résolution suivante concernant cette  » charia  » tant décriée que certains rejettent sans en connaître la réalité : « …il est résulté clairement que les principes du Droit musulman ont une valeur indiscutable et que la variété des Ecoles à l’intérieur de ce grand système juridique implique une richesse de notions juridiques et de techniques remarquables, qui permet à ce droit de répondre à tous les besoins d’adaptation exigés par la vie moderne. » (Travaux de la Semaine Internationale du Droit Musulman, Section des Lois Orientales, 7 juillet 1951).

    Il n’est pas concevable qu’à l’aube de ce nouveau millénaire, alors que la présence des musulmans européens se manifeste avec de plus en plus d’évidence, des responsables politiques appuient leurs argumentations sur des clichés et des idées reçues qui ne justifient en aucune manière la persécution de populations civiles. En observant sans réagir le drame humanitaire qui se déroule sous ses yeux, c’est l’ensemble de la communauté internationale qui glisse vers une barbarie autrement plus évidente que les prétendus excès de l’islam dont on ignore tout.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    l’Hebdo du 25 novembre 1999

  • Un peuple martyr

    Sommes-nous devenus des barbares, ou avons-nous à ce point perdu toute forme de sensibilité ? Les agences de presse internationales annonce que Grozny est sous les bombes. Dans la seule journée du jeudi 21 octobre 1999, la pluie de feu qui s’est abattue sur la capitale tchéchène a fait au moins 118 morts, et 400 blessés. Une maternité et le marché central de la ville ont été touchés.

    Lorsque le Kremlin annonçait il y a quelques semaines sa volonté  » d’exterminer jusqu’au dernier terroriste « , et de  » libérer le peuple tchéchène « , il se donnait là, aux yeux de l’opinion publique abusée, un prétexte majeur pour mener à bien ce qui n’est en fait qu’une guerre de pouvoir. La vérité est que le gouvernement russe serait prêt à exterminer jusqu’au dernier Tchéchène pour préserver ses intérêts économiques dans la région. On ne sait toujours pas avec certitude qui sont les commanditaires des actions terroristes qui ont touché Moscou. Mais ont sait avec certitude que les centaines de milliers de civils tchéchènes qui fuient les soldats n’ont aucune responsabilité dans ces attentats.

    Une fois de plus, on devine une manœuvre qui révèle les imperfections de nos démocraties : horrifiés par les images sinistres des attentats révélant l’étendue de la  » cruauté tchéchène « , le peuple russe porte aux nues les instigateurs de cette guerre politico-mafieuse. Le premier ministre Vladimir Poutine, qui a sur les mains le sang des innocents, est devenu un héros national pour des foules manipulées.

    Tous les journalistes qui se sont rendus sur les lieux sont pourtant unanimes sur une autre vérité : ils ont vu des populations fuir les chars dans des conditions épouvantables. Ils ont vu les maisons des villages aux toits éventrés. Ils ont vu un peuple qui rejette les forces russes et qui dénonce des procédures inhumaines.

    Cependant, la presse se contente aujourd’hui de relater les faits. Il semble que l’argument de la  » menace islamiste  » muselle les esprits. Boris Eltsine, s’il est encore lucide, ne ferait que régler un problème de politique interne. Même si l’on compte déjà plusieurs milliers de morts, même s’il y aura peut-être bientôt 200 000 réfugiés en Ingouchie, la communauté internationale reste étonnamment indifférente devant ce désastre humanitaire. L’opinion publique européenne est lasse, et semble avoir pris l’habitude de ne pas donner trop d’importance à des conflits qui, des Balkans aux républiques indépendantistes, se répètent invariablement. Les responsables politiques occidentaux, après s’être vaguement émus, se taisent ou se contentent de remontrances verbales, accréditant dans les faits la thèse qui justifie l’intervention militaire. Le FMI vient d’accorder une nouvelle aide de 4,5 milliards de dollars à la Russie, et n’a pas tenu compte des exhortations des responsables politiques tchéchènes, appelant l’Occident à suspendre tout soutien financier aux dirigeants de Moscou.

    Se rend-on bien compte qu’en restant passifs devant de tels excès, nous cédons encore du terrain à  » l’esprit barbare  » ? Nul ne pourra dire :  » Nous ne savions rien.  » Chacun admet aujourd’hui que la machine de guerre qui sévit en Tchétchénie broie des vies humaines et consacre le règne d’une sauvagerie indigne des valeurs que nous prétendons défendre. Mais personne ne bouge, pas même les chefs d’Etats des pays islamiques, qui auraient pourtant bien des raisons de défendre leurs coreligionnaires.

    Une maternité bombardée. Le cri des mères et des enfants qui n’ont pas vu le jour. Le drame est finalement le même que celui de la Bosnie, du Kosovo. Le soldat russe a cependant l’avantage de ne pas être serbe. Mais le paysan tchéchène, lui, a le désavantage d’être musulman. Tout simplement musulman.


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève, le Temps : 10 novembre 1999, 

    Le Courrier du 15 novembre 1999

  • Culture religieuse et école laïque

    L’école publique genevoise est laïque. Elle l’est par la volonté populaire que nul ne songe à remettre en question. Sa grandeur consiste dans l’ambition de promouvoir la connaissance rationnelle, de contribuer au développement des facultés qui sont à la base de la rationalité et de l’explication rationnelle de l’homme et de l’univers. » C’est par cette déclaration que Mme Marie-Laure François, secrétaire générale du Département de l’instruction publique, introduit un remarquable ouvrage sur le thème Culture religieuse et école laïque (mars 1999).

    On sait en effet que la question de l’enseignement de la religion pose de sérieux problèmes dans un cadre sécularisé. Mais on a conscience également d’un besoin urgent de transmettre un certain nombre de notions et de valeurs religieuses, ne serait-ce que pour comprendre au moins les sources de notre propre culture.

    Plus fondamentalement, le rapport précité relève « l’étendue du désarroi » qui touche aujourd’hui la jeunesse. Les organisations aussi bien laïques que religieuses « constatent et confirment leur impression de désarroi des jeunes face à un monde marqué par des bouleversements qui touchent tous les domaines de la vie collective et individuelle. Ils constatent, en effet, que le cadre de référence traditionnel, caractérisé par une forte empreinte de la tradition chrétienne, semble brisé, sans avoir été remplacé par un autre. »

    En d’autres termes, c’est cette absence de valeurs, qui autrefois se fondaient sur la religion, qui nous invite à une réflexion sur la responsabilité de l’école et sur son rôle dans la transmission des connaissances qui dépassent le niveau de la seule réussite scolaire.

    La philosophie matérialiste a toujours estimé que l’homme ne pouvait retrouver sa liberté de pensée s’il ne commençait par se débarrasser de toute idée de transcendance divine. La présence de Dieu constitue pour elle l’obstacle majeur à l’autonomie du sujet humain.

    Même si l’on ne peut réduire la civilisation occidentale à cette seule perspective, il faut bien reconnaître que dans les faits, l’homme moderne pense et agit concrètement sur le terrain social, communautaire et politique, en fonction de ce principe même. La voix de Dieu n’est plus qu’un murmure à peine perceptible dans les cités laïques. La foi, quand elle existe, se terre au fond des consciences individuelles, se cache devant l’appareil monstrueux des nécessités matérielles de la vie active.

    Ce que la religion dit, et qu’on retrouve aussi bien dans les spiritualités juive, chrétienne ou musulmane, c’est que l’homme dispose, en plus de la faculté des sens et de la faculté rationnelle, d’un troisième niveau de perception de l’univers, qui l’appelle à se dépasser lui-même pour tendre vers Dieu. On observe que dans le courant des Lumières, l’école laïque a estimé qu’elle ne pouvait en aucun cas être concernée par cette dimension supérieure. Elle n’a voulu – et c’est un choix idéologique – que retenir « l’explication rationnelle de l’homme et de l’univers ».

    Cela au détriment de notre rapport à Dieu et de la foi. Or, cette opération constitue une mutilation de la part qui est la plus essentielle en l’homme : la spiritualité. C’est parce que l’on s’est tellement acharné contre l’idée de la transcendance divine qu’on a fini par réduire l’homme à un animal doué d’une intelligence purement instrumentale. En prétendant le libérer de cette manière, on a étouffé en lui la voix de la sagesse.

    Le projet laïque constitue un réel appauvrissement. Il se traduit par un apprentissage purement mécanique et superficiel de notions. L’amour même, qui est la valeur fondamentale de toute civilisation respectable, est réduit à la seule forme de l’éducation sexuelle. Des enfants et des adolescents passent ainsi des années sur les bancs scolaires et même universitaires, sans jamais entendre parler d’amour filial, ou même de la valeur de l’amour conjugal. Interdit, à plus forte raison, de parler de l’amour de Dieu.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève, le 3 septembre 1999

  • Gare à la « laïcité intransigeante »

    Ruth Dreifuss, dans son allocution du 1er Août, a exprimé parmi ses trois voeux celui d’une Suisse respectueuse des minorités. Elle fut acclamée par la foule.

    Ces jolis mots font rêver trois jeunes Suissesses musulmanes. Elles sont étudiantes en médecine. Elles n’ont pas pu faire leur stage obligatoire à l’Hôpital cantonal. La cause ? Le foulard. Quand Genève se veut laïque avant d’être tolérante, il devient difficile d’être respectueux de certaines minorités.

    Le port du voile est un choix éminemment personnel, que chaque musulmane est libre de faire. Toute contrainte, dans un sens comme dans l’autre, est une atteinte à la liberté, tant du point de vue du droit islamique, comme du point de vue du droit international. Admettre le port du voile dans le pays hôte des Nations Unies serait une contribution très concrète à la réalisation du voeu de la présidente de la république. Le contraire ne fait malheureusement qu’attiser des sentiments racistes latents.

    Une interprétation moins extrémiste de la laïcité, cela doit être possible. Une information honnête et non biaisée sur la religion musulmane, sans la mélanger avec la politique, cela doit être possible. La femme voilée, respectablement respectée, dans le paysage quotidien professionnel et non professionnel, cela doit être possible. Au moins, en Grande-Bretagne, c’est le cas et cela ne pose aucun problème.

    L’Etat suisse, en ratifiant la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, s’est engagé à éliminer toute forme de discrimination. Nous, femmes musulmanes concernées, sommes prêtes à contribuer à réaliser ce noble but.

    Latifa Benhattat-Camfferman

    Collectif de femmes musulmanes

    Le Courrier du 20 août 1999

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