Les musulmans d’Europe, entre intégration et assimilation

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La Ligue des musulmans de Suisse organise son congrès de septembre 2000 autour du thème :  » La famille musulmane en Occident, entre la perspective d’une intégration positive et le défi de l’assimilation « . Le choix du sujet est judicieux, et cela pour deux raisons :

Premièrement, parce que les musulmans vivant en Europe sont inquiets : leur sera-t-il possible de vivre en parfaite harmonie avec les sociétés modernes, tout en préservant et transmettant aux nouvelles générations leur foi et leurs traditions ? Est-il envisageable pour un musulman d’être un citoyen suisse à part entière sans perdre son identité religieuse et culturelle, sans voir sa famille se dissoudre dans la collectivité ? Ces questions appellent des réponses qui concernent un grand nombre d’acteurs sociaux, et qui permettraient de tenir une ligne de conduite cohérente dans le domaine de l’intégration.

Deuxièmement, parce que la présence musulmane en Suisse a plus que décuplé en 30 ans. On comptait en effet 20 mille musulmans en 1970. Ce chiffre est passé à 57 mille en 1980, 152 mille en 1990 et 250 mille en 1999. Un pays qui accueille une si importante minorité, dont 40% sont des Suisses ou possèdent un permis de résidence, ne peut se contenter d’avoir de l’islam une image reposant sur des clichés et des généralisations, oscillant entre la figure masquée du terroriste qui massacre ou retient des touristes à l’étranger, et la générosité excessive du prince richissime venant dilapider sa fortune à Genève dans une ambiance de conte des Mille et Une Nuits.

Dans un excellent bulletin de la Commission fédérale contre le racisme (Tangram 7, octobre 1999), M. Thomas Facchinetti, délégué aux étrangers dans le canton de Neuchâtel, énonce le problème en termes concis avec beaucoup de lucidité :  » Les collectivités musulmanes et islamiques vivront-elles à l’avenir en Suisse et en Europe comme une société parallèle et séparée des autres groupes de populations, ou au contraire intégrées ? « 

Cette intégration est possible. Et l’on est même en droit d’affirmer qu’un Suisse musulman n’a pas à se poser cette question, pas plus qu’un Suisse juif ou libre penseur. Pas plus qu’un autre Suisse, il n’a à prouver son intégration.

En outre, si l’on définit la citoyenneté comme se fondant sur trois critères : le respect des lois et des réglementations dont un pays s’est doté, l’égalité de tous ses citoyens en ce qui concerne leurs droits et leurs devoirs, et la défense de l’intérêt général de la nation, on peut affirmer que l’islam est non seulement en plein accord avec ces principes, mais qu’il impose à tout musulman de les appliquer du fait même de son appartenance religieuse. Cela d’autant plus que nos Constitutions, helvétique ou européennes, prévoient sans exception la défense de l’identité religieuse de tout citoyen, ainsi que la liberté de l’exercice du culte.

Cette vision idyllique ne doit pas cacher cependant une autre réalité : la confusion qui existe dans bien des esprits entre l’intégration et l’assimilation. Etre citoyen suisse de religion musulmane n’implique pas la renonciation à une identité qui se fonde sur des conceptions étrangères à la culture européenne. La civilisation de l’islam est porteuse de valeurs qui ne recoupent pas nécessairement les valeurs dites modernes de l’Occident. La place qu’occupe la femme musulmane, dans les familles et dans la société, n’est pas forcément celle qu’occupe la femme dite  » émancipée « . L’éducation des enfants musulmans obéit à des principes et des mœurs dont les Occidentaux, dans leur grande majorité, se sont depuis longtemps débarrassés, notamment aux niveaux de la transmission du savoir religieux, de la sexualité et des interdits.

Avoir une conception claire de ce que représente la famille musulmane dans un contexte occidental est donc un jalon essentiel nous engageant, au-delà de tout repli communautaire, sur le vaste terrain d’un authentique dialogue des civilisations.

Hani Ramadan

Directeur du Centre Islamique

Congrès de la Ligue des musulmans de Suisse

Les 8,9 et 10 septembre 2000

au Camp du Lac-Noir, Fribourg