La Tchétchénie abandonnée par le Conseil de l’Europe

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Un grand merci à MM. Pierre-André Stauffer et Denis Etienne pour leur remarquable dossier sur la Tchétchénie abandonnée dans l’étau russe (Hebdo 11 nov.1999). Ils ont bien souligné le caractère indigne de la prise de position du Conseil de l’Europe, donnant le feu vert aux armées russes pour poursuivre la guerre impitoyable menée contre les civils tchétchènes. Le Suisse Ernst Mühlemann s’est particulièrement distingué en rédigeant le texte de la honte adopté par les députés européens, dénonçant entre autre : « tous les actes terroristes à l’intérieur et à l’extérieur du territoire tchétchène, les violations des droits de l’homme résultant de l’application de la charia (loi islamique) ainsi que les prises d’otages. »Déclaration acceptée à l’unanimité !

Ce qui est révoltant pour au moins deux raisons :

1) Si M. Mühlemann se montre si sensible devant l’application des peines prévues par la loi islamique &endash; mains coupées, peine de mort, etc.- il ne ressent absolument rien pour les Tchétchènes que l’on massacre par milliers sans états d’âme , dont on mutile les femmes et les enfants, et qui sont chassés de par les routes dans le froid et la neige dans des conditions atroces.

2) L’ignorance des députés européens sur le sens de la sharî’a, révèle l’absence d’un véritable dialogue des civilisations, qui aurait au moins l’avantage de mettre en évidence que la religion musulmane n’est pas l’ennemie du genre humain. En 1953, l’Institut de Droit Comparé de l’Université de Paris, sous la présidence du célèbre Professeur Milliot, publiait la résolution suivante concernant cette  » charia  » tant décriée que certains rejettent sans en connaître la réalité : « …il est résulté clairement que les principes du Droit musulman ont une valeur indiscutable et que la variété des Ecoles à l’intérieur de ce grand système juridique implique une richesse de notions juridiques et de techniques remarquables, qui permet à ce droit de répondre à tous les besoins d’adaptation exigés par la vie moderne. » (Travaux de la Semaine Internationale du Droit Musulman, Section des Lois Orientales, 7 juillet 1951).

Il n’est pas concevable qu’à l’aube de ce nouveau millénaire, alors que la présence des musulmans européens se manifeste avec de plus en plus d’évidence, des responsables politiques appuient leurs argumentations sur des clichés et des idées reçues qui ne justifient en aucune manière la persécution de populations civiles. En observant sans réagir le drame humanitaire qui se déroule sous ses yeux, c’est l’ensemble de la communauté internationale qui glisse vers une barbarie autrement plus évidente que les prétendus excès de l’islam dont on ignore tout.

Hani RAMADAN

Directeur du Centre Islamique de Genève

l’Hebdo du 25 novembre 1999