Gare à la « laïcité intransigeante »

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Ruth Dreifuss, dans son allocution du 1er Août, a exprimé parmi ses trois voeux celui d’une Suisse respectueuse des minorités. Elle fut acclamée par la foule.

Ces jolis mots font rêver trois jeunes Suissesses musulmanes. Elles sont étudiantes en médecine. Elles n’ont pas pu faire leur stage obligatoire à l’Hôpital cantonal. La cause ? Le foulard. Quand Genève se veut laïque avant d’être tolérante, il devient difficile d’être respectueux de certaines minorités.

Le port du voile est un choix éminemment personnel, que chaque musulmane est libre de faire. Toute contrainte, dans un sens comme dans l’autre, est une atteinte à la liberté, tant du point de vue du droit islamique, comme du point de vue du droit international. Admettre le port du voile dans le pays hôte des Nations Unies serait une contribution très concrète à la réalisation du voeu de la présidente de la république. Le contraire ne fait malheureusement qu’attiser des sentiments racistes latents.

Une interprétation moins extrémiste de la laïcité, cela doit être possible. Une information honnête et non biaisée sur la religion musulmane, sans la mélanger avec la politique, cela doit être possible. La femme voilée, respectablement respectée, dans le paysage quotidien professionnel et non professionnel, cela doit être possible. Au moins, en Grande-Bretagne, c’est le cas et cela ne pose aucun problème.

L’Etat suisse, en ratifiant la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, s’est engagé à éliminer toute forme de discrimination. Nous, femmes musulmanes concernées, sommes prêtes à contribuer à réaliser ce noble but.

Latifa Benhattat-Camfferman

Collectif de femmes musulmanes

Le Courrier du 20 août 1999