Centre Islamique de Genève

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Catégorie : Archives

  • Palestine occupée: les colons doivent s’en aller

    Quelqu’un est-il encore capable de résister à la politique agressive d’Israël? L’ONU, nous l’observons depuis des décennies, n’est jamais parvenue à soumettre l’Etat hébreu à ses différentes résolutions. Le 11 décembre 1948, son Assemblée générale, après avoir examiné la situation en Palestine,  » décide qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible. » (Résolution 194, No 11)
    On compte aujourd’hui 3 700 000 réfugiés palestiniens. Parmi eux, 1 200 000 vivent dans une soixantaine de camps, cinquante ans après leur expulsion. A Gaza, 729 000 d’entre eux dépendent de l’autorité de Yasser Arafat. Ils sont 600 000 en Cisjordanie, 400 000 au Liban, 460 000 en Syrie. Beaucoup n’ont pas été recensés.
    Récemment, René Kosirnik, chef de la délégation du CICR en Israël, qualifiait ouvertement de « crime de guerre » la colonisation israélienne dans les territoires occupés. Sous la pression malsaine des Etats-Unis, Jakob Kellenberger, le Président du Comité international du CICR, a immédiatement désavoué son représentant. Ladite colonisation ne peut être un « crime de guerre », car l’Etat hébreu n’a pas signé le Protocole de 1977 qu’il est accusé de violer. Bien que tous s’accordent à souligner que l’armée israélienne ne respecte pas les Conventions de Genève, ces nuances casuistiques révèlent la déchéance profonde de nos institutions censées défendre les droits humains. Depuis quand demande-t-on aux coupables d’adhérer aux lois qui unanimement les condamnent? Ni l’ONU, ni le CICR ne peuvent désormais appeler un crime un crime, parce que ces organisations dépendent politiquement ou financièrement des Etats-Unis. Le Sénat, fortement influencé par les lobbies sionistes, peut adopter ou refuser une contribution de plus de 700 millions de dollars au CICR. C’est pourquoi il convient de rester prudent.
    Prudence nauséabonde et écoeurante : Dans son dernier rapport sur l’année 2000, Amnesty international dénonce de façon explicite les nombreuses violations dont s’est rendu coupable Israël, par  » un usage excessif de la force (…..) l’armée a utilisé des armes lourdes pour tirer aveuglément sur des zones palestiniennes. » On comptera bientôt, victimes de cette répression sanglante, six cents tués, dont plus des quatre cinquièmes sont des Palestiniens, civils dans leur majorité.
    Et la colonisation, cause de tous ces malheurs et en toute impunité, se poursuit inlassablement. Dans un ouvrage récent, Marwan Bishara, qui soutient qu’un accord de paix est possible, montre que depuis les accords d’Oslo, le processus engagé n’a été qu’un leurre qui a servi les colons juifs plus que les intérêts des Palestiniens et des Israéliens: « De 1993 à 2000, l’augmentation annuelle du nombre de colons en Cisjordanie et dans la bande de Gaza a été près de quatre fois supérieure à celle de la population en Israël. » (Palestine/Israël: la paix ou l’apartheid, éd. La Découverte, Paris, 2001) Selon Don Peretz, expert américain au Moyen-Orient,  » si l’Etat palestinien était établi dans les circonstances actuelles, ce serait une masse territoriale dispersée, discontinue et trouée de toutes parts par les implantations israéliennes, ses villes et villages encerclés par les routes et les forces de sécurité israéliennes. » ( Wye River Memorandum, Washington, 29 juillet 1999) Quel espoir reste-t-il aux Palestiniens dans ces « bantoustans » écrasés par les colonies? Malgré le rapport de la Commission Mitchell, affirmant la nécessité d’arrêter l’extension de l’occupation israélienne, principale cause de l’Intifada, le ministre Nathan Sharansky vient de donner son aval à un projet comprenant la construction de 700 nouvelles maisons dans les territoires palestiniens! Il s’en explique et s’en tire avec une mauvaise foi caractéristique :  » Il n’y a pas de raison de débattre de la question des colonies tant qu’Israël ne sait pas s’il a un partenaire palestinien de l’autre côté. » Et d’ajouter que selon lui, il est « évident » que l’accroissement ou non des colonies « n’influence pas Arafat lorsqu’il décide ses actes de terreurs. » Peut-on réduire ainsi la lutte des Palestiniens au terrorisme? Le gouvernement israélien n’est pas crédible lorsqu’il demande à Arafat de maîtriser ses kamikazes qui n’ont rien à perdre, alors que lui-même encourage ses fanatiques à s’implanter en territoire palestinien.
    Vraiment, qui donc aujourd’hui est susceptible de mettre fin à une telle arrogance? Les Palestiniens n’ont visiblement plus rien à attendre de la communauté internationale, incapable de faire respecter ses propres lois. L’injustice qu’ils subissent est trop évidente, et la mascarade a assez duré. Les colons doivent s’en aller. 

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Le Tribune de Genève, L’invité, 20 juin 2001

  • Le voile islamique : une autre vérité

    Lorsque l’on observe l’évolution de nos mœurs, on s’interroge parfois sur le degré de notre civilisation, et l’on reste interdit. Ce qui, il y a quelques décennies, était considéré comme une forme de débauche extrême et de comportement contre nature, est aujourd’hui admis comme entrant dans la norme. L’homosexualité n’est plus une perversion. Les relations hors mariage ne constituent plus un délit. La nudité du corps humain peut être exposée de toutes les façons, au théâtre, au cinéma et même dans les défilés de rue. L’érotisme est un élément clef de notre culture, dit-on, et les scènes d’amour défilent sur les écrans.
    Est-ce vraiment cela, la liberté ? La « libération des mœurs » est-elle un signe de réel progrès ? Certes, on ne peut omettre de mentionner un argument qui souligne que ces nouveaux modes de vie mettent fin à des siècles d’hypocrisie. L’homme moderne ne serait pas moins sage, dans ses pratiques sexuelles et ses excès, que ses ancêtres. Il se serait seulement affranchi d’un moralisme puritain et d’un rigorisme affecté pesant lourdement sur la conscience de ses prédécesseurs. Il aurait simplement le courage de s’exposer tel qu’il est, de ne plus avoir honte de son animalité et de ses instincts. Bref, la modernité nous aurait ainsi débarrassés de la duplicité dans laquelle nous tenaient les obsessions du péché de la chair et la tentation des démons imaginaires.
    On comprend que dans ce nouvel élan, l’Islam fasse parfois figure de revenant inquiétant. Le voile, synonyme de contrainte et d’oppression, et le corps de la femme que l’on cache, comme s’il fallait en avoir honte, nous rappellent un passé lourd de faux-semblants où la dissimulation l’emportait sur la franche et naturelle joie de vivre sans tabous. Si nous avons mille raisons d’être effarés devant la condition des femmes afghanes, prisonnières d’un régime qui est cependant loin de représenter les véritables enseignements du Prophète de l’Islam, nous ne nous étonnons plus guère du sort qui est fait en Occident à celles dont on achète la chair, ou dont on vend les charmes pour satisfaire les appétits de la gent masculine.
    Pourtant, il y a une autre vérité. Combien de mères et pères, à l’heure actuelle, sont inquiets lorsqu’ils voient leurs filles grandir au sein de groupes sociaux qui ne connaissent aucune limite ? A cette adolescente qui vit sa première aventure, on recommande d’utiliser un préservatif. Le temps des premières amours est éphémère, et très rares sont les couples qui restent liés par fidélité. Il est admis que les jeunes filles rencontrent plusieurs partenaires avant de trouver un conjoint véritable. Ce qui est valable aussi pour les garçons.
    Cette banalisation de la relation sexuelle, en regard de civilisations qui insistent sur l’importance de la virginité et sur l’institution du mariage, dévalorise complètement les notions de la famille et de la stabilité du couple. Dans une authentique tradition religieuse, le mariage signifie que les époux s’engagent à préserver les liens qui unissent leur petite communauté destinée à grandir dans l’harmonie et le respect mutuel. Le Coran définit d’une très belle façon l’amour conjugal :
    « Parmi Ses signes (les signes de Dieu) est qu’Il a créé à partir de vous-mêmes, pour vous, des épouses, pour que vous trouviez auprès d’elles le calme et le gîte, et qu’Il a établi entre vous des liens de tendresse et de miséricorde. Il y a en cela des signes certains pour des gens qui méditent » (30:21)
    La tradition juive insiste également sur le caractère essentiel des liens conjugaux, sur le port du voile et les règles de la pudeur. Le fameux Rabbin Yossef ‘Haïm affirme ainsi : » La pudeur est très importante pour la femme. D’abord au niveau de la tenue vestimentaire : il est interdit de porter un habit qui laisse découverte une partie de son corps, à l’exception du visage, du cou et des mains. » ( Les Lois des Femmes, ouvrage recommandé par le grand Rabbin de Jérusalem, Shalom Messas, éd. Salem Yshua, Jérusalem.)
    Peut-on dire que nos sociétés modernes offrent aux jeunes la garantie de cette stabilité dans le couple? Devant l’étalage perpétuel de la chair qu’elles autorisent au prix de la dignité humaine, n’incitent-elles pas les nouvelles générations à ne rien se refuser?
    Ce sont les femmes qui sont les premières victimes d’un tel système. Les hommes se servent en toute impunité. Combien de jeunes filles en font la triste expérience ? Livrées à des partenaires occasionnels avides de jouissance, elles sont ensuite écartées pour d’autres conquêtes. Bien sûr, certains affirmeront qu’elles ne sont pas à plaindre, puisqu’elles en retirent, elles aussi et librement, leur part d’agrément. Il faut bien que jeunesse se passe. Mais avec le temps, beaucoup d’entre elles finissent par en payer le prix. Le commerce du plaisir se termine toujours par une surenchère de méfiance réciproque. Combien de femmes aujourd’hui souffrent en silence de l’absence de fidélité de leurs maris ! A ces derniers en effet, notre société permissive donne des occasions faciles de vivre des aventures extraconjugales.

    Il y a certes une autre vérité. Des cultures orientales nous enseignent que lorsque l’on possède une perle précieuse, il faut la conserver avec attention. Une perle précieuse, cela s’enveloppe dans du velours. Et l’écrin où soigneusement et délicatement on la pose n’a pas pour fonction de la briser, mais bien d’en protéger l’éclat et la splendeur. Plus une perle a de la valeur, plus on la tient à l’abri des regards indiscrets. Elle n’a pas de prix ; elle est inestimable. Et la maisonnée qui la possède voit en elle se refléter la jeunesse, la famille et l’avenir de la communauté. Elle ne se découvre que dans la stricte intimité du couple où elle brille et resplendit de mille feux. Ce qui n’est pas interdit. La pudeur favorise ainsi un réel épanouissement sur le plan sexuel, qui n’a rien à voir avec la morne lassitude de gens gavés par le grand déballage de l’érotisme contemporain…
    On exhibe au contraire une pièce de cent sous sans trop y songer. Elle passe de mains en mains et l’on finit par n’en ressentir aucune gêne. Ternie par ce commerce, elle perd hélas, de façon si précoce, la grâce de l’innocence.

    Evidemment, toute femme voilée n’est pas forcément un parangon de vertu. Pas plus qu’une femme plus ou moins habillée n’est nécessairement un démon. Il reste que la modernité ne protège plus le sentiment de la pudeur, valeur essentielle qui est aux origines de notre humanité.


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Le Temps, 9 avril 2001, Opinions

  • Lettre ouverte au Rabbin François Garaï

    Cher Cousin,

    Car vous me permettrez de vous appeler cousin, étant donné que selon nos traditions religieuses respectives, Ismaël et Isaac étaient des frères…

    Vous avez écrit dans ces pages un article visant à déculpabiliser Ariel Sharon en particulier et la politique de l’Etat hébreu en général. Sharon, selon vous, ne serait pas plus responsable du drame de Sabra et Chatila, que l’ONU de celui de Srebrenica. Cette comparaison est astucieuse, mais ne repose malheureusement sur aucun fondement.

    Bien que coupable d’avoir livré les musulmans bosniaques, l’ONU n’a pas bombardé la Bosnie. En 1982, les forces de l’Etat hébreu entraient au Liban et assiégeaient Beyrouth. Le 16 septembre 1982 eut lieu l’horrible massacre de Sabra et Chatila. Le rapport Kahane a démontré que  » le Mossad était l’organisme qui traitait en pratique les rapports entre les phalangistes et Israël ». Les milices ont agi directement sous les ordres de Sharon, qui a donné lui-même accès au camp des malheureux réfugiés, lesquels furent massacrés dans des circonstances insoutenables, et ce pendant 40 heures sans interruption! A la Knesset, quelques jours plus tard, Shimon Pérès s’en prenait violemment à Sharon, dont il soulignait l’implication directe et évidente dans ce drame. Sharon lui répondit :  » Où étaient les officiers israéliens lorsque les Palestiniens étaient massacrés à Tell el Zaatar? Vous étiez ministre de la Défense, à l’époque. » Les commissions d’enquêtes qui suivirent établirent sans l’ombre d’un doute la culpabilité de Sharon. L’écrivain israélien Amos Oz écrivit:  » Celui qui invite l’éventreur du Yorkshire à passer deux nuits dans un orphelinat de jeunes filles ne peut ensuite prétendre, en voyant les amoncellements de cadavres, qu’il s’était entendu avec lui pour qu’il se contente de laver la tête des enfants… » ( Israël, de la terreur au massacre d’Etat, par Ilan Halevi, citoyen israélien,p.31, Paris 1984).

    Vous évoquez d’autre part l’Algérie, observant que là-bas aussi des tueries sont perpétrées. Dans ce cas comme dans le précédent, il est possible de ramener votre argumentation à ceci : « C’est vrai que l’armée israélienne commet des horreurs, mais voyez la responsabilité de l’ONU à Srebrenica, voyez les crimes en Algérie…nous ne sommes pas les seuls… » Vous avez parfaitement raison. Il y a des barbares partout. Chez les Arabes aussi, et pas seulement chez les Juifs. Mais cette généralisation intempestive, comme pour se soulager la conscience, ne justifie en aucune manière la barbarie. Et cela fait depuis longtemps, depuis 1991 exactement, que nous réclamons qu’en Algérie on arrête de tuer et qu’on respecte la volonté populaire.

    Faut-il faire preuve d’autocritique et avouer des fautes ? Là aussi, vous avez raison : la plus grande erreur de l’Autorité palestinienne est d’avoir cru une seconde que l’Etat hébreu livrerait aux Palestiniens un pouce de Jérusalem, finirait par admettre le retour des réfugiés en se pliant au droit international, et arrêterait l’accroissement des colonies selon les résolutions de l’ONU. Par contre, les agissements d’une armée qui assassine depuis des mois des civils et des enfants relèvent incontestablement de la barbarie, comme le soulignait le chef de l’Autorité palestinienne à Davos(1). Il est étonnant que vous reprochiez à Yasser Arafat d’avoir recours à « l’incantation et l’affabulation » au moment même où il se montre le plus lucide.

    Au lieu de défendre ce qui est, à toutes les échelles où l’on mesure l’humanisme, indéfendable, nous aimerions vous voir condamner fermement la duplicité des gouvernants israéliens, qui poursuivent une politique d’expansion en Palestine.

    Le silence de la plupart des intellectuels juifs et des rabbins, dont vous faites partie, est éloquent en ce sens. Permettez-moi de vous dire qu’il me paraît odieux, et qu’il bafoue et salit la mémoire de celles et de ceux qui ont subi les atrocités nazies.

    Et je vous interdis, Cher Cousin, de me soupçonner d’antisémitisme.

     

    (1)Yasser Arafat a accusé le gouvernement israélien d’être  » l’auteur de l’agression la plus barbare de l’époque contemporaine. »


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève, le 5 avril 2001, l’invité

  • À propos d’une guerre annoncée

    N’existe-t-il vraiment aucune solution aux divergences qui opposent Palestiniens et Israéliens ? L’élection d’Ariel Sharon a été ressentie par le peuple palestinien comme une véritable déclaration de guerre, et tout le monde peut prédire aujourd’hui que le gouvernement d’union nationale va s’engager résolument vers la répression que les électeurs israéliens, dans leur majorité, attendent comme la seule issue possible du conflit.

    De leur côté, les Palestiniens n’auront guère le souci de voir venir ce changement d’attitude. La répression, ils la subissent depuis le début de la seconde Intifada, dont le bilan ne cesse de s’alourdir : Près de 400 Palestiniens sont morts, dont 106 enfants. On compte 12 000 blessés, dont 3 000 handicapés à vie. On a assisté à la destruction de 3 449 maisons, et plus de 67 000 arbres ont été arrachés. On précise encore que 66,26 % des Palestiniens tués avaient entre 16 et 30 ans et que 15,95 % avaient moins de 15 ans (chiffres diffusés par le Centre des droits de l’homme à Gaza, le 10 janvier 2001). Le rapport de Mary Robinson évoque de façon éloquente les dommages subis par le peuple palestinien.

    À moins de considérer, comme certains colons racistes, que la vie d’un Juif a plus de valeur que celle de centaines d’Arabes, on ne peut décemment comparer ces chiffres avec les pertes subies par l’armée israélienne.

    Ajoutant l’arrogance à l’agressivité, l’État hébreu vient de déclarer ce 15 février qu’il refuse de recevoir la commission d’enquête de l’ONU qui avait été décidée en octobre dernier à Genève par la Commission des droits de l’homme, accusant Israël de « crime de guerre contre l’humanité ».

    Pourtant, l’État d’Israël a systématiquement recours à la communauté internationale pour se tirer d’affaire lorsqu’il est pris en défaut. Les organisations internationales juives, qui ne cessent de réclamer les biens qui ont été injustement volés par les nazis et les pays européens qui les ont soutenus, directement ou indirectement, se lavent les mains quand il s’agit de rendre des comptes aux Palestiniens.

    N’insistons pas sur la duplicité des différents dirigeants israéliens, qui se suivent et se ressemblent tellement. Barak a poursuivi les colonies juives en Cisjordanie « à un rythme plus rapide que sous le gouvernement de M. Netanyahou » (Henry Siegman, Directeur de recherches au Council on Foreign Relations, New York, in Le Monde diplomatique, février 2001).

    Il y avait 40 000 Palestiniens à Hébron il y a quelques mois. L’armée israélienne, pour protéger 400 colons juifs installés illégitimement sur un territoire qui ne leur appartient pas, n’a pas hésité à faire de la vie des Arabes un enfer : leur nombre est passé à 30 000. Et cela continue.

    Le comble, c’est que toute forme de résistance palestinienne est aussitôt interprétée par la presse et les médias, qui prennent le relais d’une propagande honteuse, comme des actes « terroristes » ou « extrémistes ».

    Mais qu’attend-on au juste des Palestiniens ? Qu’ils se laissent égorger comme un troupeau de moutons ?

    Une fois de plus, la communauté internationale va assister sans réagir à un scénario dont les victimes sont la proie d’injustices flagrantes. En décrétant un embargo contre Israël, elle pourrait en quelques heures affirmer qu’il existe des limites à ne pas franchir. En imposant le retrait immédiat des territoires occupés, elle pourrait signifier qu’il existe un droit international que tout le monde, sans exception, doit respecter. En interdisant les colonies et en protégeant les innocents par une force d’intervention internationale, elle pourrait souligner que les droits de l’homme sont une réalité.

    Mais non. Rien de tout cela ne se fera.

    • Parce que l’ONU et le Conseil de sécurité dépendent du bon vouloir de l’administration américaine, laquelle subit les pressions de puissants lobbies sionistes à New York et à Washington.
    • Parce que le Conseil de l’Europe a montré depuis plus d’une décennie sa parfaite incompétence lorsqu’il s’agit de condamner des dirigeants sanguinaires et de venir en aide aux populations martyrisées.
    • Parce que les gouvernements arabes se comportent avec une lâcheté inexcusable, fuyant leurs responsabilités et acceptant les humiliations constantes.

    Face à tant d’injustices, la foi seule des Palestiniens constitue un rempart insurmontable contre la barbarie. Et le soleil se lève tous les jours entre les minarets indéracinables de l’Esplanade des Mosquées.

    Hani Ramadan
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    Le Courrier, 9 mars 2001

  • Sharon, le vrai visage du sionisme

    A quelques jours du scrutin, Ariel Sharon, le candidat du Likoud, est donné comme gagnant et se trouve en tête de tous les sondages. Selon le Yediot Ahronot , 49% des voix lui sont favorables, contre 32% revenant à son adversaire sortant, Ehoud Barak.

    Ces intentions de votes révélées au gré des sondages, bien que prévisibles depuis des mois, sont plus qu’inquiétantes lorsque l’on connaît le passé d’Ariel Sharon. Ministre de la Défense, il est chargé en 1953 par Moshé Dayan de former une unité spéciale pour faire fuir les habitants arabes de nombreux villages. Un premier raid, mené dans la nuit du 14 au 15 août 1954 dans le village palestinien de Qibya, entraîne le massacre de 66 habitants, dont les trois quarts sont des femmes et des enfants. Sharon dirige personnellement dans la nuit du 31 août 1955, en territoire égyptien, les massacres de Khan Yunia et Bani Suheila. Le 19 janvier 1956, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies condamne les raids successifs qu’il entreprend en territoire syrien contre des populations civiles.

    Le faucon est-il devenu colombe? Le 26 juillet 1973, Ariel Sharon écrivait dans le Yediot Aharonot :  » Israël est maintenant une superpuissance militaire. Toutes les forces rassemblées des pays européens sont moins grandes que les nôtres. Israël pourrait conquérir, en une semaine, la région qui va de Karthoum à Bagdad et à l’Algérie. »

    Lorsque Shimon Pérès accuse à la Knesset le ministre de la Défense Ariel Sharon d’être rester le témoin passif des massacres de Sabra et Chatila, Sharon lui répond aussitôt :  » Où étaient les officiers israéliens lorsque les Palestiniens étaient massacrés à Tell el Zaatar? Vous étiez ministre de la Défense, à l’époque. »

    Malheur à ceux qui ont la naïveté de penser que Sharon s’est assagi et s’est repenti depuis! La ligne qui a été la sienne depuis des décennies, caractérisée par le terrorisme d’Etat et un mépris souverain du droit des Palestiniens, est restée la même. Et c’est cet homme, véritable incarnation d’une volonté de puissance écrasant sans états d’âme tout un peuple, qu’aujourd’hui beaucoup d’Israéliens appellent au pouvoir! Pourtant, Juifs orthodoxes ou laïcs convaincus, , la plupart connaissent le triste passé d’Ariel Sharon et mesurent les conséquences de sa provocation sur l’Esplanade des Mosquées. La peur, le sentiment de l’insécurité n’expliquent pas tout. Si l’opinion publique israélienne cherche ses repères dans un pouvoir qui s’imposerait par la force, plutôt que par le dialogue, cela n’est pas l’effet d’un sentiment de lassitude passagère, mais bien plutôt l’expression même d’une volonté populaire formée selon la doctrine sioniste, qui ne reconnaît aucun droit aux Palestiniens sur leurs propres terres. Depuis la création de l’Etat d’Israël jusqu’à nos jours, il est frappant de constater que les différents ministres de l’éducation nationale furent la plupart du temps des chefs de partis religieux. On a jugé ainsi que le projet sioniste n’était pas viable sans une formation qui justifie la politique expansionniste d’Israël. Le psychologue G. Tamarin, de l’Université de Tel-Aviv se livra à une enquête en posant à des écoliers et des enfants israéliens la question suivante :  » Supposons que l’armée israélienne occupe un village arabe pendant la guerre, devrait-elle, oui ou non, faire subir à ses habitants le sort que Josué a réservé aux habitants de Jéricho (c’est-à-dire un massacre complet)? » Entre 66% et 95% des jeunes enfants répondirent par un « oui » selon l’école, le Kibboutz ou la ville.( Liban Palestine, Ouvrage collectif émanant du « Centre protestant de l’Ouest « .Ed. L’Harmattan, Paris 1977.) Ces enfants sont aujourd’hui des adultes d’âge mur. Pourquoi donc s’étonner qu’un Ariel Sharon, qui dans tout Etat de droit se retrouverait en prison ou finirait sur le banc des accusés au Tribunal de La Haye, soit considéré comme un héros susceptible de dompter les rebelles palestiniens?

    Pourtant, nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour dénoncer les violations du droit international en Palestine, et parmi elles on peut relever celle d’une journaliste israélienne, qui avec lucidité et courage, écrivit au plus fort de la seconde Intifada :  » Ah! Qu’il est naturel, pour nous Israéliens, que 40000 personnes soient soumises au couvre-feu intégral durant plus d’un mois à Hébron pour protéger la vie et le confort de 500 Juifs. Que les écoliers y soient enfermés nuit et jour quand les enfants juifs se promènent librement. Qu’une mère palestinienne doive supplier le soldat de l’autoriser à aller chercher un médicament pour son fils asthmatique. Qu’il est évident que les snipers israéliens ouvrent parfois le feu sur des habitations (…). Qu’en été l’eau soit rationnée pour les Palestiniens, quand les colons en ont à satiété. » (Amina Hass, correspondante permanente du quotidien Ha’Artz , publié dans le Monde du 22 novembre 2000).

    Depuis des décennies, défiant les résolutions de la communauté internationale et de l’ONU, étendant ses colonies dans l’illégitimité la plus totale, tuant des civils désarmés comme s’il s’agissait de bétail, humiliant des populations asservies au « peuple élu », Israël est un Etat de non-droit.

    Imagine-t-on qu’un individu ayant commis les crimes de Sharon, crimes revendiqués ouvertement et connus de tous, puisse un jour envisager une carrière politique en Suisse ou dans un pays voisin ? La chose est impensable et montre bien quel est le vrai visage du sionisme.

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique

    Tribune de Genève, l’invité, 6 février 2001

  • Le plus beau geste

    Adieu, vieux siècle

    Alors que le chaos du XXe siècle résonne encore à ses oreilles, elle prie. Prisonnière de ses habits, de sa condition. Les premiers jours du millénaire vont pointer leur museau sur une terre épuisée. Comme cette femme musulmane. Humblement,elle relèvera la tête et le monde avec. Au siècle prochain, c’est promis.

    David Huc : l’Hebdo n° 52, 28 décembre 2000

    L’Hebdo N° 52 L’Hebdo a publié une très belle image prise par M. Darren Whiteside où l’on voit une Indonésienne musulmane en prière, prosternée et entièrement couverte et voilée.

    Pour toute musulmane et tout musulman, ce geste est le plus beau : il témoigine de la soumission de l’homme à son Créateur, de l’amour qu’il lui porte et par là même de la volonté de ne se soumettre qu’à Dieu seul. Un geste de liberté contre toutes les tyrannies et les fausses divinités humaines.

    Or, le commentame du journaliste David Huc qui accompagne cette image est tout à fait consternant : « Adieu, vieux siècle ». Il veut signifier certainement par ce titre que cette représentation de la prière appartient au passé. Cette femme est « prisonnière de ses habits, de sa condition ». C’est du moins ce que se figurent ceux qui ne comprennent pas le sens du voile en Islam, qui ne voient dans la foi et le respect de la loi divine que contrainte et souffrance, et qui associent sans transition cette oppression religieuse à la condition des femmes. Car « les premiers jours du millénaire, continue le commentateur inspiré, vont pointer leur museau sur une terre épuisée. Comme cette femme musulmane. » Mettre en rapport de cette façon un acte de foi et les misères du XXe siècle, c’est insulter la religion de plus d’un milliard d’êtres humains sur cette planète, c’est déverser sur une image le flot d’innombrables préjugés qui révèlent une perception inquiétante de l’Islam et de ses valeurs. Mais le journaliste en question se veut optimiste : « Humblement, cette musulmane relèvera la tête et le monde avec. Au siècle prochain, c’est promis. » Comprenez : elle relèvera la tête lorsqu’elle se sera enfin libérée du carcan de la loi islamique. Et le monde s’en trouvera mieux, débarrassé de l’intégrisme.

    Non, vraiment, ce genre de commentaires est tout simplement scandaleux et écoeurant ! Autant l’image est belle, autant les clichés qui l’accompagnent montrent une incompréhension totale, un aveuglement certain, et une superficialité inexcusable.

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique

    L’Hebdo, 11 janvier 2001

  • Courrier des lecteurs

    Il a beaucoup été question  » d’appel au djihad  » ces derniers temps dans la presse et les médias, et cela a engendré des confusions qu’il est essentiel d’éviter en Suisse et en Europe, où les communautés juives et musulmanes ne sont pas ennemies. Dans le Temps du 14 octobre, M. Antoine Menusier a publié un article (Genève, cohabitation et méfiance) où il interviewe au Centre Islamique un musulman de passage qui tient des propos très virulents. Ce dernier aurait déclaré notamment :  » Un verset du Coran dit :  » Tuez ceux qui vous tuent.  » « 

    Or, cette citation ne figure nulle part dans le Coran. On y trouve plutôt ce verset : « Combattez dans la voie de Dieu ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Dieu n’aime pas ceux qui transgressent. » (Coran, 2, 190) En d’autres termes, il est légitime de se défendre contre les agresseurs, mais il n’est pas permis d’aller au-delà.

    Il importe donc d’être clair sur cette question du  » djihad « . Ce mot arabe signifie  » lutte « . Il comprend plusieurs degrés, allant du combat intérieur contre les mauvais penchants et le mal qui habitent chaque individu &endash; une façon de lutter contre son ego -, au combat que l’on entreprend sur le plan familial pour préserver et éduquer selon les bonnes mœurs ses propres enfants, au combat qu’on livre pour plus de justice sociale, au combat armé que l’on engage pour protéger un pays contre ses assaillants, pour défendre la justice contre la tyrannie.

    Dans ce dernier cas, le djihad est une guerre défensive, admise comme légitime par tous les Etats de droit.

    En ce sens, la lutte armée des Palestiniens en Palestine est parfaitement légale. La  » communauté internationale « , qui laisse mourir des enfants sous les balles de l’armée israélienne sans réagir fermement, n’a de leçon à donner à personne. On ne peut éternellement tromper l’opinion publique. Chacun a pu être le témoin de la barbarie des méthodes sionistes pour écraser et humilier tout un peuple. Et cela suffit.

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique

    Le Temps, 24 octobre 2000

  • Qu’entend-on nous par le mot « djihad »?

    La Tribune de Genève ainsi que Le Courrier sont revenus sur l’ « appel au djihad » lancé lors de la manifestation du 6 octobre 2000, qui a réuni quelque mille musulmans devant le Palais des Nations. Le 10 octobre suivant, près de 300 membres de la Communauté israélite de Genève se regroupaient sur le même lieu pour lancer un appel à la paix (!), et dénoncer notre prise de position. La TSR, qui n’a pas jugé bon de faire le moindre compte rendu sur le rassemblement des musulmans, a par contre donné la parole aux juifs exprimant leurs revendications à notre encontre.

    M. Manuel Grandjean a aussitôt repris cette information en affirmant en première page du Courrier :  » Cette incitation à la guerre sainte est intolérable ».

    Il serait grand temps que les journalistes s’appliquent, au lieu de jeter de l’huile sur le feu, à rester les témoins fidèles des événements, et surtout, à ne pas tronquer nos propos par des gros titres qui ne peuvent avoir pour conséquence que de noyer le débat dans des généralités qui n’éclairent personne.

    M. Manuel Grandjean, que je respecte par ailleurs pour les opinions parfois très pertinentes et fort courageuses qu’il exprime dans le Courrier, et M. André Allemand, qui essaie de montrer le plus d’objectivité possible dans ses reportages, auraient dû, en tant que journalistes, témoigner de nos revendications réelles, avant de commenter ou de livrer à leurs lecteurs un éclairage partiel de nos propos.

    En premier lieu, nous avons remis aux journalistes présents une déclaration commune au nom de la communauté musulmane de Genève et de Suisse, dont voici l’essentiel :

    Nous dénonçons :

    • la passivité de la communauté internationale et de l’ONU qui n’exerce aucune réelle pression sur le gouvernement israélien pour arrêter ces massacres.
    • l’action criminelle de l’Etat d’Israël qui s’est rendu coupable du meurtre de plus de 60 Palestiniens, dont des enfants, et qui a blessé plus de mille civils.(A l’heure actuelle, on compte plus de 100 morts et plusieurs milliers de blessés).
    • la violation des lieux saints de l’Islam, les humiliations et les brimades que subissent les responsables des communautés musulmanes et chrétiennes, ainsi que la population civile.
    • le non-respect des résolutions de l’ONU concernant le retour des réfugiés palestiniens, le statut des territoires occupés et le partage de Jérusalem.
    • le système d’  » apartheid  » imposé aux Palestiniens, qui les prive de tout droit civil.

    Nous demandons :

    • l’inculpation de l’Etat d’Israël pour ses crimes et l’engagement d’une enquête internationale pour désigner les coupables et les assassins.
    • l’arrêt immédiat de l’usage des armes lourdes, des missiles et des hélicoptères par les forces d’occupation.
    • l’évacuation immédiate des militaires israéliens de l’ensemble des territoires occupés.
    • la protection des populations civiles par une force d’intervention internationale.
    • la protection des lieux saints de l’Islam, et une prise de conscience générale sur la nécessité d’empêcher l’extension de l’agression sioniste.

    Cette déclaration, comme on le voit, montre bien notre intention d’utiliser toutes les voies légales en Suisse et en Europe pour faire entendre notre voix. Jamais il n’a été question pour nous d’appeler au meurtre et à la « guerre sainte », expression qui n’a aucun équivalent dans le Coran et la Sunnah du Prophète Muhammad. Nous rejetons et dénonçons pareillement toute action qui vise les juifs en tant que juifs et la destruction de leurs synagogues comme étant contraire aux principes mêmes de l’Islam.

    En second lieu, le sermon que nous avons prononcé ce vendredi 6 octobre devant le Palais des Nations comprend deux passages très explicites sur la notion de « djihad » : « A une armée qui tue des enfants et des civils qui n’ont que des pierres, on ne répond pas avec des discours et des négociations, mais par le djihad. A ceux qui accusent les Palestiniens d’être des terroristes, nous disons : ce sont des résistants qui défendent leurs familles, leurs maisons, leurs biens et leur honneur (….) Mes frères et sœurs en Islam, souvenez-vous que le djihad est une obligation pour chacune et chacun d’entre vous. Si nous ne pouvons l’entreprendre avec des armes, nous pouvons le soutenir avec nos biens, pour soulager le détresse des Palestiniens. Après la prière, nous ferons une collecte dont le bénéfice sera remis à une organisation humanitaire palestinienne. « 

    En d’autres termes, le « djihad » que nous pouvons entreprendre, en Suisse ou en Europe, consiste strictement en une aide humanitaire destinée à soulager les souffrances des victimes palestiniennes. Tel est le message que nous ne cessons d’adresser à notre communauté, afin de calmer les esprits sans renoncer pourtant à notre combat légitime. Il est à noter que la copie de ce sermon a été remise aux journalistes et transmise aux agences de presse, qui malheureusement, résistent difficilement à la « tentation du sensationnel »

    Ceci étant, il importe d’être clair sur cette question du « djihad ». Ce mot arabe signifie « lutte ». Il comprend plusieurs degrés ( et cela a été expliqué également lors du sermon) allant du combat intérieur contre les mauvais penchants et le mal qui habitent chaque individu &endash; une façon de lutter contre son ego -, au combat que l’on entreprend sur le plan familial pour préserver et éduquer selon les bonnes mœurs ses propres enfants, au combat qu’on livre pour plus de justice sociale, au combat armé que l’on engage pour protéger un pays contre ses assaillants, pour défendre la justice contre la tyrannie.

    Dans ce dernier cas, le djihad est une guerre défensive, admise comme légitime par tous les Etats de droit.

    Or, ce que j’ai dit, et ce que je répète, c’est que la communauté internationale et l’ONU n’ont rien fait et ne font rien, comme à leur habitude quand il s’agit de musulmans, pour assister une population civile livrée à des militaires et à leur artillerie. Face à cette armée qui n’hésite pas à tuer des enfants, le seul recours pour les Palestiniens est le combat par tous les moyens. Et je ne pense pas qu’il se trouve un être assez abject et assez vil, pour reprocher aux Palestiniens le choix de la résistance.

    Cette résistance, c’est précisément ce que nous appelons le « djihad ».

    Enfin, si comme l’affirme M. Manuel Grandjean , « on n’a jamais vu la haine engendrer la justice », il faut savoir que seule la justice, en Palestine, permettra de dissiper la haine.

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique

    Le Courrier, 21 octobre 2000

  • Les vraies questions sont éludées

    Réponse à Mme Brigitte Sion, secrétaire générale de la CICAD, Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation.

    J’ai lu avec intérêt les propos de Madame Brigitte Sion sur la question du dialogue entre juifs et musulmans ( le Courrier du 29 septembre 2000) et dans le même numéro, les remarques qu’elle a formulées à mon encontre sur la notion de  » race élue « .

    Comme toujours en pareil cas, nos interlocuteurs sionistes s’arrangent pour éluder les vraies questions et mettre en avant les dangers représentés par l’antisémitisme. Soyons clairs et donnons tout de suite le ton : les crimes du nazisme – innommables et universellement réprouvés – ne justifieront jamais les crimes du sionisme, de Deir Yassin au massacre de l’esplanade des mosquées à Jérusalem en ce début du mois d’octobre 2000. Condamner l’arrogance de ceux qui prétendent disposer d’un droit divin à commettre les pires injustices ne fait pas de nous des nazis.

    Les vraies questions, les voici :

    1. Plus de trois millions de Palestiniens vivent en exil. L’Etat sioniste refuse d’appliquer la résolution 194 de l’ONU sur le droit de retour des réfugiés. Qu’en pense Madame Brigitte Sion ?
    2. L’Etat sioniste refuse d’appliquer les décisions du Conseil de sécurité : retrait complet de la bande de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Les juifs de tous les partis déclarent solennellement qu’ils ne céderont jamais Jérusalem, une et indivisible. Seul Etat au monde à bénéficier de frontières d’une élasticité dangereuse, Israël, aidé des différents lobbies juifs de New York et de Washington, continue à exercer des pressions sur l’administration américaine qui exécute et soutient ouvertement ses projets, même lorsqu’ils contredisent les règles élémentaires du droit international. Qu’en pense Madame Brigitte Sion ?
    3. Enfin, étant moi-même d’origine arabe, et donc sémite, je propose mon adhésion à la Coordination Intercommunautaire contre l’Antisémitisme et la Diffamation (CICAD). Je ne demande pas le poste de Directeur. Non . Un poste de simple observateur me suffira. Je m’engage à payer toutes les cotisations que l’on voudra. A condition, bien entendu, que Madame Sion montre autant de véhémence à critiquer les agressions sionistes contre les sémites palestiniens, qu’elle ne le fait quand il s’agit de défendre, à grands traits de plume, le  » peuple élu « 

    (Il est à noter que Mme Brigitte Sion n’a pas répondu à nos questions.)

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique

    Le Courrier, 10 octobre 2000

  • Non à l’humiliation du peuple Palestinien

    Près d’ un millier de musulmans et de musulmanes se sont réunis ce vendredi 6 octobre 2000 devant le Palais des Nations à Genève pour défendre la cause des Palestiniens.

    La déclaration et le sermon suivants ont été faits à l’occasion de la prière du Vendredi.


    Rassemblement pacifique en faveur de la Palestine

    Déclaration commune


    La communauté musulmane de Genève et de Suisse est réunie en ce jour afin de dénoncer les nombreux abus dont est victime le peuple palestinien.

    Nous observons que la communauté internationale ainsi que l’ONU ne font rien pour arrêter les tueries et les violations des droits de l’homme perpétrées par l’armée israélienne, qui vise sciemment les civils, réprimant dans des bains de sang leurs légitimes protestations.

    Nous dénonçons :

    • la passivité de la communauté internationale et de l’ONU qui n’exerce aucune réelle pression sur le gouvernement israélien pour arrêter ces massacres.
    • l’action criminelle de l’Etat d’Israël qui s’est rendu coupable du meurtre de plus de 60 Palestiniens, dont des enfants, et qui a blessé plus de mille civils.
    • la violation des lieux saints de l’Islam, les humiliations et les brimades que subissent les responsables des communautés musulmanes et chrétiennes, ainsi que la population civile.
    • le non-respect des résolutions de l’ONU concernant le retour des réfugiés palestiniens, le statut des territoires occupés et de Jérusalem.
    • le système d’  » apartheid  » imposé aux Palestiniens, qui les prive de tout droit civil.

    Nous demandons :

    • l’inculpation de l’Etat d’Israël pour ses crimes et l’engagement d’une enquête internationale pour désigner les coupables et les assassins.
    • l’arrêt immédiat de l’usage des armes lourdes, des missiles et des hélicoptères par les forces d’occupation.
    • l’évacuation immédiate des militaires israéliens de l’ensemble des territoires occupés.
    • la protection des populations civiles par une force d’intervention internationale.
    • la protection des lieux saints de l’Islam, et une prise de conscience générale sur la nécessité d’empêcher l’extension de l’agression sioniste.

    Comité organisateur de la manifestation.

    Pour la communauté musulmane de Genève et de Suisse

    Vendredi 6 octobre 2000, Place des Nations

    La Ligue des Musulmans de Suisse, L’Association culturelle des Musulmans de Neuchâtel, Le Centre Islamique culturel des Musulmans de La Chaux-de-Fonds, L’Association culturelle des Femmes Musulmanes de Suisse, La Fondation Entre-Connaissance, L’Association-Fondation Islamique de Zürich, L’Union des Organisations Islamiques du canton de Berne, L’Association Vérité-Action, L’Association des Musulmans à Vevey, le Centre Islamique de Sion.

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