Centre Islamique de Genève

104, rue des Eaux-Vives 1207 Genève – SUISSE –

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  • Eviter les amalgames, oui mais…

    J’applaudis au fait que M. Ramadan soutienne une nouvelle fois l’invitation de l’Office fédéral de la police aux représentants du monde musulman en Suisse. Cela montre qu’une volonté de dialogue existe et que M. Blocher et l’Office ne sont pas les vilains xénophobes que d’aucuns veulent décrire, puisqu’ils recherchent véritablement le dialogue avec les diverses communautés présentes dans notre pays.

    Je suis pratiquement d’accord avec M. Ramadan: «Les musulmans sont des citoyens comme les autres, qui aspirent à la paix sociale» (le plus élémentaire des comportements lorsque l’on vit dans un pays qui a su mettre en place une démocratie des plus performantes et une paix sociale enviée par beaucoup d’autres nations).

    Permettez-moi de donner quelques explications sur les craintes qu’une partie du peuple est en droit d’avoir, liées à certains événements ici ou là sur notre planète: on ne peut pas aborder l’intégration d’une communauté sans tenir compte de ce qui se passe à l’étranger dans ce domaine délicat.

    Vous voulez, M. Ramadan, éviter tout amalgame entre sécurité et islam, vous avez raison de dire que cette association est une discrimination. Mais comment voulez-vous qu’elle ne se fasse pas lorsque dans d’autres pays, des menaces sont émises et des actes violents commis par des représentants du monde islamique à l’encontre de communautés chrétiennes? Je sais que la religion musulmane est une religion pacifiste, j’ai lu des témoignages de musulmans qui l’affirment et je les crois. Ils se détachent totalement de certains milieux islamistes radicaux qui veulent imposer à tout prix leur croyance et leur culture. Comment, pour un peuple d’obédience chrétienne, qui ne connaît pas tous les détails des diverses communautés, distinguer les uns des autres?

    Si, par exemple, le dessinateur de 24 heures publiait une caricature de Mahomet, dans notre pays où la liberté d’expression est permise et où il est autorisé de publier des caricatures de Dieu ou du Christ, et que ce fait ait pour conséquence des menaces à son égard ou envers la communauté chrétienne, comment voulez-vous que les Suisses ne le ressentent pas comme une volonté de suppression de leur liberté d’expression?

    Lorsque l’on entend des représentants du monde musulman dire qu’il faut interdire aux filles et aux garçons des écoles de faire des cours de natation ensemble, comment ne pas avoir l’impression de se retrouver plus d’un siècle en arrière? Nous ne voulons juger en rien les pratiques musulmanes, mais nous demandons de ne pas juger nos pratiques, qui n’ont rien de dégradant et font partie de l’évolution normale d’une civilisation.

    Voilà une des faces du problème, et le pourquoi de certains amalgames malheureux. La communauté musulmane de Suisse a tout intérêt à poursuivre le dialogue avec nos autorités pour trouver des solutions, comme elle doit aussi faire entendre d’une voix forte qu’elle se désolidarise de ceux qui veulent imposer leur courant de pensée en contradiction avec nos libertés constitutionnelles. Car maintenir et garantir la paix est ce que je souhaite le plus pour l’ensemble des habitants de ce pays.

  • «In châ Allah», une formule pleine de sagesse et de secrets.

    «In châ Allah», si Dieu le veut. Cette formule est désormais célèbre en Occident pour symboliser le fatalisme qui freine le développement d’une grande partie du monde musulman. Et l’on ne peut nier que beaucoup confondent l’oisiveté et le fait de s’en remettre sincèrement à Dieu après avoir tout entrepris pour agir au mieux.

    «In châ Allah», qui impose une volonté qui heurte le rationalisme moderne engageant l’homme à devenir l’unique maître de sa destinée. Et pourtant, en dépit des clichés et des apparences, combien cette expression renferme-t-elle de secrets et de sagesses! En voici un exemple: l’évolution de l’homme. Ce qui caractérise en effet l’enfant qui vient de naître, ce sont ses cris qui sonnent comme une réclamation qui ne souffre aucune attente. Les regards, les gestes et les sanglots, bien avant les mots, sont là pour dire: «Je veux!» Et l’adulte répond naturellement, avec amour, à ses moindres caprices.

    Puis l’enfant grandit, et la sphère de sa perception s’élargit. Avec le temps, il se heurte à des obstacles qui lui font comprendre que sa liberté, sa volonté, ne sont pas sans limites. Au sein de sa famille, de sa fratrie, et des groupes sociaux dans lesquels il évolue, il se forge en apprenant à respecter les autres, à partager et aussi à sacrifier. 

    Une société sans interdits et sans principes moraux est incapable en ce sens de former d’authentiques citoyens du monde. Une société qui considère illusoirement que l’individu est roi — un roi quelque peu manipulé, puisqu’on lui commande de vouloir ce que l’on programme de lui faire consommer — s’inscrit dans le prolongement de la petite enfance qui ne cesse de crier: «Je veux!» Quand donc l’être humain devient-il un adulte? Lorsqu’il prend conscience que sa volonté est limitée, et lorsque, avec humilité, après avoir été servi, il choisit de servir les autres. Lorsqu’il prend conscience de tout ce qu’il doit à ceux qui l’ont éduqué, et lorsqu’il apprend à penser non pas de son seul point de vue qui est restreint, non pas en fonction de ses seuls intérêts, mais selon une sagesse qui fixe des normes supérieures. Normes qui s’appellent la bienfaisance, l’amour du prochain, la défense de la vérité et de la justice, l’engagement pour les nobles causes.

    Toute norme présente d’une façon ou d’une autre une restriction de la liberté. De l’enfant qui en fait l’expérience progressive à l’adulte qui choisit délibérément de vivre selon certaines contraintes, le chemin parcouru s’élève vers plus de compréhension des choses de la vie, vers plus de responsabilité.

    A l’adulte cependant, il est loisible de monter encore d’un degré, vers une sagesse supérieure qui lui permet enfin de se situer au sein de ce vaste univers: il ne peut rien par lui-même, et ce qu’il veut, ce qu’il entreprend dépend de la volonté de son Créateur. Lui qui le jour de sa naissance a manifesté ses exigences en criant: «Je veux», se tourne à présent vers son Seigneur et lui dit: «Si Tu le veux! Rien ne se réalise en dehors de Ta volonté». Le sage est celui-là même qui abdique toute volonté devant la volonté suprême. Attitude qui ne le conduit pas au fatalisme, mais à la patience lorsqu’il se trouve confronté aux épreuves de la vie. Lorsque l’individu l’a enfin compris, il cesse définitivement de se comporter comme un enfant.

    «In châ Allah»: quelles que soient ses prétentions modernistes, quelle civilisation digne de ce nom pourrait faire l’économie de cette évolution?

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève © Edipresse Publications SA

    L’invité, 13 septembre 2007

  • L’islam recèle-t-il, en ses sources, l’antisémitisme ?

    «Ô enfants d’Israël, rappelez-vous que Je vous avais préférés aux mondes»


    «Tu trouveras certainement que les Juifs et les associateurs (les polythéistes) sont les ennemis les plus acharnés des croyants.» (Coran, 5, 82)


    «Dis-leur (aux enfants d’Israël): Pourquoi donc avez-vous tué les Prophètes de Dieu auparavant, si vraiment vous êtes croyants?» (Coran, 2, 91).


    Ces passages coraniques nous interpellent et nous amènent à nous poser une importante question: l’islam recèle-t-il en ses sources l’antisémitisme? Rappelons d’abord que la Bible elle-même comprend des paroles d’une sévérité extrême à l’encontre des Juifs: «Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites!… Serpents, race de vipères! Comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne? C’est pourquoi, voici, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous battrez de verges les autres dans vos synagogues.» Selon l’Evangile, c’est Jésus qui parle ainsi! (Matthieu 23, 29-35)


    Certains seraient tentés de dire que la meilleure forme de pédagogie, pour mettre fin à l’antisémitisme, serait d’effacer de la mémoire collective des hommes ces références scripturaires. Il se peut que nos sociétés laïques aient délibérément fait le choix de cette mise à l’écart, assurant ainsi la paix confessionnelle à laquelle aspirent de façon légitime des générations qui ne connaissent rien de la Bible. Ce sera plus difficile avec l’islam: les musulmans sont attachés au Coran, qu’ils lisent et entendent soir et matin. L’autre voie qui s’offre à nous est au contraire d’interroger les textes avec lucidité, et de ne pas nous en tenir à une lecture superficielle. Remarquons d’abord que l’ascendance de Jésus, fils de Marie, remonte à Israël, c’est-à-dire Jacob. Lorsqu’il interpelle les Juifs, Jésus s’adresse aux pharisiens, qu’il considère comme des hypocrites parce qu’ils s’adonnent formellement à des pratiques rituelles en oubliant l’essentiel: le culte du cœur et la miséricorde.


    Le Coran est également explicite à ce niveau: «Ô vous qui avez la foi! Soyez des alliés de Dieu, à l’instar de ce que Jésus fils de Marie a dit aux apôtres: Qui sont mes alliés pour servir la cause de Dieu?» Les apôtres répondirent: «Nous sommes les alliés de Dieu.» Un groupe des enfants d’Israël crut, tandis qu’un groupe nia.» (Coran, 61, 14) En d’autres termes, ce ne sont pas tous les Israélites qui sont mis ici en cause, mais un groupe d’entre eux. De la même façon, le Prophète Muhammad sera soutenu par une partie des Arabes, alors qu’une autre partie le combattra dans le dessein de le faire mourir. Le destin des enfants d’Israël nous offre une illustration condensée de l’histoire de l’humanité, qui comprend, pour tous les peuples, des bons et des méchants, des tortionnaires et des hommes persécutés.


    Reste le statut particulier des fils d’Israël. Une noble ascendance évoquée dans le Coran: «Ô enfants d’Israël, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés. (Rappelez – vous) que Je vous avais préférés aux mondes.» (Coran, 2, 47 et 122)


    Que l’on traite en islam du statut de la femme, ou de la rigueur de la loi, ou du rapport des musulmans aux personnes de confession juive, il faut se garder de considérer une partie de ses sources sans tenir compte de l’éclairage que nous offre une autre partie. C’est l’erreur commune que font les musulmans qui ont une vision étroite de leur religion, aussi bien que tous ceux qui visent à dénigrer systématiquement la culture musulmane en la présentant comme rétrograde et dépassée. Mais universelle, aimante et tolérante, telle est en réalité la nature première de l’islam.


    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    Tribune de Genève © Edipresse Publications SA
    L’invité, 30 mars 2007

  • Nouvelles intrigues autour de l’affaire Covassi

    «Espionnage – La taupe infiltrée au Centre islamique déballe tout.»

    De mystérieux vols de documents, des filatures…
    Une odeur de soufre plane sur l’affaire de la taupe infiltrée au Centre islamique de Genève.

    Claude Covassi © Laurent Guiraud

    Le Genevois Claude Covassi, 37 ans, va être entendu demain par la justice fédérale «à titre de renseignement» à la suite de la plainte pénale déposée par Hani Ramadan.

    Auditionnée deux fois en décembre 2006, la taupe s’est mise au vert dans un endroit retiré de la campagne genevoise. Sa vie est-elle devenue plus calme? Pas du tout. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les motivations de cet espion depuis ses confessions. Lui, vit dans l’attente des résultats de son passage devant la délégation des Commissions de gestion des Chambres fédérales, l’organe parlementaire chargé de contrôler les services de renseignement et la protection de l’Etat. En dénonçant les dysfonctionnements au sein du Service d’analyse et de prévention (SAP), Claude Covassi jette le trouble.

    Devant les parlementaires fédéraux, le Genevois a raconté «l’obsession» de son officier traitant, un certain S., à piéger Hani Ramadan, le directeur du Centre islamique de Genève. «S. m’a affirmé que Hani Ramadan avait du sang sur les mains. Il était question d’introduire des documents dans son bureau: le manuel du combattant d’Al-Qaida devait se retrouver dans son PC», ajoute Claude Covassi. Selon lui, sa mission devait le conduire à établir un lien entre le directeur du Centre islamique et les réseaux salafistes impliqués dans les actes de terroristes.

    A l’appui de ses déclarations, l’ex-agent du SAP produit des enregistrements sonores réalisés à l’aide d’un micro miniature dissimulé dans un stylo. Il produit aussi des échanges de correspondance par mail qui témoignent d’une singulière imprudence de la part de son officier traitant.

    Grandes précisions

    Là où l’affaire embarrasse, c’est que Claude Covassi se montre extrêmement précis sur ses activités, produisant des comptes rendus complets de ses missions d’infiltration en Suisse, en Syrie et en Egypte. Dernièrement, S. a affirmé dans les colonnes du SonntagsZeitung, que Covassi avait travaillé pour le Mossad et les Frères musulmans. Ce qui fait bondir l’intéressé. «Je n’ai jamais entendu quelque chose d’aussi stupide. Jamais je n’ai collaboré avec un service étranger.»

    Vivant aujourd’hui de l’aide sociale, la taupe continue de focaliser l’attention des services secrets. Le Genevois est certain d’avoir été pris en filature. Devant la délégation, Claude Covassi a reconnu «ne pas avoir communiqué de la façon la plus intelligente possible» en orchestrant sa médiatisation. Mais sortir de l’anonymat lui a permis de garantir sa sécurité.


    Des vols de mallettes… aux agents de la CIA

    Mais il y a plus troublant que les filatures dont Claude Covassi prétend avoir été victime. Le 18 décembre 2006, quelques jours après la première audition de l’ancien agent infiltré, le conseiller national Ueli Leuenberger s’est fait voler sa mallette sur le quai de la gare, à Genève. A l’intérieur, son ordinateur portable, une pile de courriers à son nom et… les documents que lui avait remis Claude Covassi.

    Rencontre avec Dick Marty

    L’écologiste qui a été le premier à prendre cette affaire au sérieux ne veut pas céder à la psychose. «Il peut s’agir d’un simple voleur, comme cela se passe malheureusement quotidiennement.» Tout de même. «C’est vrai qu’il y a de quoi se poser des questions», consent Ueli Leuenberger. Le vol intervient six jours après que le parlementaire a organisé la rencontre secrète entre Claude Covassi et Dick Marty.

    Le parlementaire suisse a dirigé la commission d’enquête du Conseil de l’Europe sur l’affaire des enlèvements et des prisons secrètes de la CIA. Dick Marty a notamment dénoncé l’intervention des agents américains dans le kidnapping de l’ex-imam égyptien Abou Omar à Milan en février 2003. Lors de son rendez-vous secret avec le parlementaire tessinois, Claude Covassi a justement évoqué le dossier Abou Omar… L’ancien agent affirme que les services secrets suisses ont pris en filature courant janvier 2006 un agent de la CIA impliqué dans l’enlèvement.

    Bien que faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international, celui-ci a pu quitter le territoire helvétique. Dans le mémo qu’il a remis à Dick Marty, Claude Covassi fournit des détails sur les contacts qu’il a eus en Egypte avec un agent de la CIA qui lui a donné des précisions sur les enlèvements en Europe. Les noms de ses contacts, les lieux de rendez-vous, tout a été méticuleusement consigné. Il s’agit d’informations extrêmement sensibles.

    Curieusement, un autre parlementaire, qui suit également de très près le dossier, le conseiller national zurichois Daniel Vischer, président de la Commission de droit s’est lui aussi fait voler sa mallette…

    Valérie DUBY et Alain JOURDAN

    Tribune de Genève – 20 février 2007

  • Les Palestiniens face au terrorisme d’Etat

    «Pourquoi aucun Etat en Europe n’exige d’Israël qu’il se plie aux exigences du droit international ?»


    Alors que la brutalité et la violence israéliennes rencontrent aujourd’hui une condamnation quasi universelle, M. Uri Rothman, deuxième secrétaire de l’ambassade de l’Etat d’Israël, a tenu dans les colonnes de la Tribune de Genève un discours édifiant visant à nous convaincre que seul le gouvernement palestinien élu est responsable de la situation actuelle, et qu’il doit se résoudre à se conformer aux conditions posées par la communauté internationale.

    «Jusqu’à présent, affirme-t-il, les leaders du Hamas ont démontré leur rejet de tout accord de paix négocié». Ce qui est faux: ces leaders ont dit et répété qu’ils étaient prêts à s’engager dans un processus de paix durable sur la base de la partition décrétée en 1967 par la communauté internationale. Le rejet est venu de l’Etat d’Israël, qui en position de force militaire, peine à définir ses propres frontières qui semblent aujourd’hui encore extensibles. Comment reconnaître un Etat qui dans les faits, n’a jamais abandonné le processus d’une colonisation progressive ?


    M. Uri Rothman parle d’une organisation terroriste et extrémiste. Cela alors qu’une majorité de députés et de ministres israéliens viennent d’élire un vice-premier ministre, Avigdor Lieberman, qui appelle à chasser les Arabes d’Israël, à assassiner les Palestiniens emprisonnés (10 000, dont plus de 300 enfants) et qui propose de transformer les villes et les villages palestiniens en ruines et cimetières selon la méthode de Poutine en Tchétchénie.

    Et puis, il y a l’épreuve des faits, terrible depuis des décennies, et qui démontre sans détour la culpabilité d’un Etat assassin. Oui, assassin. Je le dis en rappelant simplement la férocité de l’occupation israélienne et son agression démesurée contre le Liban l’été dernier. Israël n’a pas entendu alors les voix qui se sont élevées pour appeler à la résolution définitive du conflit.


    Tout se passe comme si un nouveau massacre devait survenir pour nous faire oublier le massacre précédent. Des cris d’une jeune fille sur la plage de Gaza à la sanglante bavure de Beit Hanoun, l’horreur reste indiciblement la même. Et de tels actes ne sauraient être qualifiés de terroristes parce qu’ils émanent d’une «armée régulière» ? Cependant, le devoir de mémoire, Monsieur Rothman, ne constitue pas le monopole des victimes de la shoah. Des milliers, des millions de musulmans observent ce que fait votre gouvernement. Et ils n’oublieront pas.


    Et puis il y a encore toutes ces questions: Pourquoi aucun gouvernement européen ne sanctionne Israël et exige de cet Etat qu’il se plie aux exigences du droit international, particulièrement la Quatrième Convention de Genève qui stipule sans équivoque la protection des populations civiles en temps de guerre? Cela dure depuis des années. Les Palestiniens ont faim. Ils sont emprisonnés, encerclés par des chars, privés de toute ressource et cibles des missiles dans la bande de Gaza. Une terreur ignoble leur est imposée, et les grands décideurs qui ergotent dans les salons internationaux voudraient de surcroît qu’ils rendent les armes ? Pourquoi les relations diplomatiques avec l’Etat israélien sont-elles maintenues par l’Union européenne quand de telles exactions se produisent ?


    Et comment se fait-il que les représentants de cet Etat osent défendre publiquement une politique d’agression militaire systématique, quand celle-ci se traduit par le massacre des innocents ?


    Ne nous parlez pas, Monsieur le secrétaire de l’ambassade de l’Etat d’Israël, des attentats contre les Israéliens. Votre gouvernement a non seulement refusé de mettre un terme au cycle de la violence, mais tout indique au contraire que se considérant comme une grande puissance militaire, il a choisi la logique de confrontation plutôt qu’une paix équitable fondée sur un humanisme universel qui respecte tous les peuples. Parce que tous les peuples se valent, n’est-ce pas ?


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève – L’invité, 16 novembre 2006

  • Du christianisme, de l’islam violent et de l’usage de la raison

    «L’intégrité des personnes de confession non musulmane ainsi que les Eglises doivent être protégées en terre d’islam.»

    La vaste polémique engendrée par les propos du pape Benoît XVI nous invite à une réflexion permettant de poser les fondements d’un débat authentique entre le christianisme et l’islam. Benoît XVI n’a pas hésité à citer les propos d’un empereur byzantin du XIVe siècle: «Montrez-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau.


    Vous ne trouverez que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l’épée la foi qu’il prêchait». Autre élément essentiel qui ressort de son discours: la foi musulmane serait en rupture avec la raison, alors que «le pape se fait, comme l’a souligné Henri Tincq dans l’édition du Monde du 14 septembre, l’avocat d’un christianisme qui, héritier à la fois de la loi juive et de la pensée grecque, retiendrait le meilleur de la religion – sa capacité à aimer – et le meilleur de la raison.»

    A cela, il faut d’abord répondre en soulignant que l’islam est avant tout une religion de paix et d’amour. Le Coran montre clairement dans quel sens le combat armé peut être prescrit. Pendant des années, le Prophète avait ordonné aux croyants de subir les persécutions des idolâtres sans répondre par la violence. Plus tard, lorsqu’après l’hégire fut fondé l’Etat de Médine, il fallait mettre un terme à la domination idolâtre. L’ordre fut alors donné aux musulmans de combattre:


    «Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) – parce que vraiment ils sont lésés; et Dieu a certes en Son pouvoir de les secourir. Ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, contre toute justice, simplement parce qu’ils disaient: «Notre Seigneur est Dieu»» (Coran, 22, 39-40) Ces versets comprennent de façon évidente l’idée de légitime défense.

    L’islam comporte des règles bien précises que les soldats se doivent d’observer. Le Prophète disait aux chefs de ses troupes: «Allez au Nom de Dieu, et par Dieu, et selon la voie de Son Prophète. Ne tuez ni vieillard hors d’âge, ni enfant, ni bébé, ni femme. Ne fraudez pas sur le butin conquis, rassemblez-le, et dirigez vos affaires au mieux. Et soyez bienfaisants. Dieu en vérité aime ceux qui sont bienfaisants.»
    Ailleurs, le Prophète ordonnait de ne pas s’en prendre aux moines et de protéger les lieux de culte. Ce qui nous amène à condamner toute réaction disproportionnée au discours du pape: l’intégrité des personnes de confession non musulmane ainsi que les Eglises doivent être protégées en terre d’islam.

    Pour venir à bout d’un agresseur, il est strictement interdit en islam de se servir du feu, le Prophète ayant dit: «Il ne convient à personne de châtier par le feu, sinon le Maître du feu.» Cela signifie que l’islam rejette par principe toutes les armes pouvant occasionner des brûlures, et à plus forte raison les mines, les explosifs et le matériel nucléaire dans son ensemble. Les guerres modernes, dans leur cruauté, sont le produit de la civilisation occidentale, et s’il est demandé aux Etats musulmans de s’armer dans des proportions équivalentes, ce ne peut être qu’à titre dissuasif, pour arrêter la folie meurtrière de leurs adversaires avides de pétrole et de domination.

    Le savant ‘Alî Jum‘a, actuel Mufti d’Egypte, s’est livré à une étude précise sur le thème des guerres du Prophète Muhammad. En dix ans, le Messager de Dieu entreprit quatre-vingt-deux expéditions. Ce chiffre pourrait nous conduire à penser que l’Islam encourage ses adeptes à verser continuellement le sang. Mais en réalité, soixante de ses expéditions se déroulèrent sans combat. Il s’agissait surtout de reconnaître le terrain, ou de dissuader l’ennemi.

    Pour le reste des batailles, 752 polythéistes furent tués contre 252 musulmans. En tout, ces guerres firent donc 1004 morts, et cela en l’espace d’une décennie pendant laquelle l’Islam luttait en climat païen pour assurer sa survie. Comparons ces chiffres à ceux d’une guerre moderne: en six années (1939-1945), les pertes humaines ont été estimées à plus de 40 millions d’individus. Les 6 et 9 août 1945 les jets de deux bombes atomiques détruisirent en quelques secondes Hiroshima et Nagasaki. Pour cette seule guerre, le Japon devaient compter deux millions de morts, dont 700 000 civils.


    Tous ses enseignements nous conduisent à souligner qu’il ne faut en aucun cas confondre la doctrine musulmane et les agissements combien condamnables de ceux qui se livrent à des actes de terreur au nom de l’islam. Les musulmans devraient garder à l’esprit que les violences perpétrées par leurs coreligionnaires ne justifient certes pas les amalgames, mais sont une réalité cinglante qui effare l’Occident, et ne favorise certes pas le dialogue.

    En ce qui concerne ensuite le rapport de la foi et de la raison. Il est étonnant de voir l’un des dignitaires les plus imminents du christianisme s’en prendre au caractère absolu de la conviction musulmane! Si dans l’histoire des hommes, il y a eu distorsion entre l’œuvre de la foi et le travail de la raison, cela était dû aux dogmes irrationnels et aux notions indéchiffrables qui ont hanté la pensée chrétienne. La Trinité est dans le thomisme – la doctrine officielle de l’Eglise catholique romaine – un mystère que ne peut comprendre l’intellect humain.

    Raison pour laquelle deux voies ont été ainsi tracées, qui dans l’histoire occidentale se sont bientôt opposées: la voie de la grâce et celle de l’investigation rationnelle. Le cartésianisme a accentué cette rupture, les Lumières et la laïcité ont fait le reste.
    L’islam n’a pas vécu le même parcours historique: l’unicité de Dieu est une notion acceptable pour la raison naturelle tout comme elle l’est pour la foi. Pas de rupture non plus entre les sciences et la religion: l’islam n’a pas vu défiler le long cortège des savants et des sorcières persécutés par l’Inquisition. Il serait donc bon que le pape s’engage à entretenir un dialogue plus subtil avec l’islam, en se gardant des références qui datent d’un autre âge.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève – L’invité, 21 septembre 2006

  • Sciences et Révélation

    Le Temps a publié un long article traitant du combat des Lumières, sous le titre: Voltaire, un déiste face au silence de Dieu (21 août 2006). L’auteur commence et termine son propos en relevant le danger représenté par les «théocrates» et les islamistes. Son argumentaire repose sur un postulat assez réducteur: l’homme n’est libre que s’il refuse de se soumettre à la Révélation, en la réduisant si possible au silence.

    La pensée occidentale a connu en effet une longue lutte entre deux points de vue: celui des dogmes extraits des Ecritures saintes et celui des sciences. Longtemps l’interprétation des théologiens s’est heurtée aux progrès de l’humanité en matière de découvertes. Des savants furent traités comme des démons.


    Or, l’islam n’a pas connu ce genre de persécutions. Au contraire, le Coran comprend de multiples versets encourageant les croyants à observer la création: «Dis «Regardez ce qui est dans les cieux et sur la terre.»» (Coran, 10, 101)


    L’islam proclamait ainsi, au VIIe siècle, qu’il n’est pas contradictoire de lire à la fois dans le grand Livre de l’univers et dans le Livre de la Révélation. Les savants musulmans se sont illustrés dans tous les domaines de la connaissance: astronomie, mathématiques, physique, chimie, sciences naturelles, médecine, philosophie, littérature, géographie, histoire, sciences politiques et sociologie, architecture et arts… Leurs contributions furent immenses, et fait remarquable, jamais elles ne furent perçues comme représentant une menace pour la foi.

    Les manuels d’histoire situent généralement le début des découvertes et de l’essor des sciences à l’époque de la Renaissance. Le savoir moderne serait né de la rupture avec les valeurs médiévales, et du retour aux valeurs de l’Antiquité. Mais il est aujourd’hui impossible d’occulter l’apport des musulmans à la civilisation, bien avant son rayonnement en Occident. Une telle progression a été d’ailleurs rendue possible en climat islamique, justement parce que la Révélation a été un facteur de renouveau. Le premier mot du Coran révélé à Muhammad est «iqra’», c’est-à-dire: «Lis!». Le premier ordre reçu par le prophète de l’islam relève de la connaissance et du savoir. Alors que la poésie arabe préislamique se caractérise par la pauvreté de ses thèmes, le Coran stimule l’intelligence humaine en déployant dans ses versets la richesse colorée de tous les éléments de la création:


    «N’as-tu pas vu que, du ciel, Dieu fait descendre l’eau ? Puis Nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des strates blanches et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires. Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Dieu. Dieu est certes Puissant et Son pardon est immense.» (Coran, 35,27-28)


    Botanique, géologie, anthropologie, zoologie… le verset touche l’ensemble de ces domaines, mais dans un langage allusif qui reste accessible au lecteur profane. Ces savants, qui craignent Dieu plus que quiconque, ce sont aussi bien ceux qui sont versés dans les sciences religieuses que ceux qui s’adonnent à la recherche expérimentale et à l’exploration de l’univers, pour y trouver de façon constante les Signes (en arabe: âyât) de la grandeur et de l’unicité de Dieu.


    Du point de vue de l’islam donc, l’idée que l’esprit religieux et l’esprit scientifique s’affrontent nécessairement est l’un des nombreux contresens de l’histoire de l’Occident. Cette épouvantable aberration a conduit de part et d’autre aux pires excès. Si hier l’homme condamnait les hérétiques au bûcher pour deux ou trois vérités scientifiques, aujourd’hui, il rejette trop fréquemment la vérité révélée pour s’adonner à un véritable culte de la science et de ses réalisations matérielles.


    A ce niveau, l’islam rejette les extrêmes et respecte le juste milieu. La science s’est développée en climat musulman animée par l’esprit de la Révélation. Ce souffle a réveillé la conscience humaine. Le monothéisme lui a permis de récuser les superstitions anciennes, en découvrant les lois de l’univers. Pour autant que l’on fasse preuve d’objectivité historique, la grande rénovation astronomique n’a pas commencé avec Copernic, Kepler et Galilée: «Quant à la célèbre théorie de Copernic sur la rotation de la Terre autour de son axe et autour du Soleil, elle avait déjà été conçue vers l’an 1000 par Al-Birouni (973-1048). (…) Et ce que le génial Copernic redécouvrit à l’époque de la Renaissance, l’Arabe Al-Birouni l’avait déjà affirmé cinq cents ans plus tôt.» (1)


    C’est moins l’extrême précocité des découvertes arabes qui doit retenir ici notre attention que le fait qu’un demi-millénaire après Al-Birouni, Copernic n’ait pu énoncer le résultat de ses recherches sans s’exposer à la condamnation de l’Eglise(2) .

    Donc, ne pas aborder la civilisation musulmane selon une conceptualisation relative à l’histoire de l’Occident: pas d’opposition entre la foi et la raison en islam. Pas de distorsion entre l’autonomie responsable du sujet humain, et la reconnaissance de l’ordre divin. Pas de conflit entre la science et la religion. Pas de théocratie non plus: l’idée qu’un homme ou qu’un groupe d’hommes s’érigent en représentants de Dieu sur terre est considérée comme une forme d’idolâtrie inacceptable.

    1. Sigrid Hunke, Le soleil d’Allah brille sur l’Occident, Le ciel au-dessus de nos têtes, , éd. Albin Michel, Paris, 1963, p. 101. Lire aussi : Apport des musulmans à la civilisation, par Haïdar Bammate, publié par le Centre islamique de Genève, éd. Tawhîd, Lyon 1998.
    2. Sigrid Hunke remarque en effet que la théorie de Copernic avait déjà été entrevue par Aristarque de Samos, trois siècles avant Jésus-Christ, et cent ans plus tard par le Chaldéen Sileucos de Babylone.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Le Temps – Eclairages et Opinions, 19 septembre 2006

  • Communiqué N°1 de l’UOMG

    Annonce de la fondation de l’UOMG

    Ce jeudi 14 septembre 2006 s’est tenue l’Assemblée constituante de l’Union des organisations musulmanes de Genève. L’UOMG s’est donnée pour but de favoriser, coordonner et développer les activités des organisations membres de son association. Elle incitera ainsi la communauté musulmane à participer à l’effort de la collectivité suisse. Son souci sera de concilier traditions, religion et citoyenneté.

    Ces membres fondateurs sont :

    • Fondation culturelle islamique de Genève
    • Centre Islamique de Genève
    • Fondation Communauté Musulmane – Genève
    • Association Islamique d’Ahl-El-Beit de Suisse – Genève
    • Association Culturelle Bosniaque de Genève
    • Association des Somaliens de Genève
    • Ligue des Musulmans de Suisse – Genève
    • Club sportif Salsabil
    • Association Aumônerie musulmane
    • Espace Culturiel

    M. Yahia Basalamah a été élu en tant que premier Président de l’UOMG.

    Genève le 17 septembre 2006

  • Communiqué N°2 de l’UOMG

    Sur les propos tenus par Benoît XVI


    L’UOMG (Union des organisations musulmanes de Genève) tient à faire part de sa profonde tristesse et de sa déception suite au discours tenu par le pape Benoît XVI. Elle précise ce qui suit :


    1. L’Islam n’est pas une religion qui s’est propagée par la force et par l’épée. Une étude historique objective et minutieuse permet de le prouver sans difficulté. L’usage des armes n’est envisageable en droit musulman qu’en cas de légitime défense. Toutes les nations reconnaissent que le fait de protéger son territoire est un droit inaliénable.
    2. Le djihad est un terme qui signifie « effort », et il ne peut en aucun cas être traduit par l’expression « guerre sainte », que l’on ne rencontre ni dans le Coran, ni dans les paroles du Prophète Muhammad. Le djihad, c’est d’abord l’effort que l’on fait contre soi-même pour se rendre meilleur sur le plan moral et au niveau spirituel. C’est ensuite la lutte que l’on entreprend pour réprimer toutes les formes d’injustices et de violations des droits de l’homme. C’est également le combat que l’on engage pour défendre les personnes et les biens.
    3. Les enseignements du Prophète Muhammad sont d’une richesse incomparable, et ils ont permis d’édifier une immense civilisation favorisant le progrès humain dans tous les domaines : l’éthique, la spiritualité, les sciences, les arts et les techniques. Les propos cités par le pape Benoît XVI tendant à déprécier cet apport considérable de l’Islam à la culture mondiale ne sont pas dignes de l’un des plus hauts représentants de l’Eglise chrétienne. Comment admettre que le pape Benoît XVI reprenne à son compte les propos réducteurs d’un empereur byzantin du XIVe siècle qui affirme : « Montrez-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau. Vous ne trouverez que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l’épée la foi qu’il prêchait » ? Cela est extrêmement grave.
    4. Le pape vient certes d’exprimer ses regrets. Il ne l’a pas fait cependant par rapport à la teneur de son discours, mais en se désolant de ne pas avoir été compris par les musulmans. Cela est d’autant plus inadmissible.
    5. Il est utile de rappeler enfin que l’Islam est une religion qui place la raison au cœur de sa doctrine. Religion qui n’est jamais entrée en contradiction avec la science, contrairement à ce qui s’est passé dans l’Europe chrétienne, où de nombreux savants furent persécutés pour avoir énoncé des vérités scientifiques.


    Nous encourageons donc le pape Benoît XVI, en cette période où nous avons besoin d’apaiser les esprits, à tenir un discours plus nuancé sur les rapports de l’Islam et du Christianisme, et à prendre en considération le mauvais impact que peuvent avoir des propos qui non seulement blessent profondément les musulmans, mais encore ne contribuent en aucun cas à nourrir un dialogue qui pourrait être par ailleurs si riche !


    Genève le 17 septembre 2006

  • Logique de confrontation ou dialogue de civilisations ?

    À l’heure où la mondialisation se décline sur le mode d’une grande agitation sportive, on voudrait espérer que l’avenir de notre humanité dépasse enfin les clivages et les tensions qui sont aujourd’hui encore une source de guerres fratricides. Chaque semaine nous apporte son lot d’horreurs et d’atrocités commises par des armées qui ne sont pas chez elles.


    Il y a ceux qui ont décrété de façon définitive et péremptoire que le dialogue entre l’islam et l’Occident ne peut aboutir, ni même se concevoir. Position d’autant plus regrettable qu’elle repose le plus souvent sur une représentation grossière et caricaturale de la religion musulmane. Porte-parole de l’islamophobie rampante qui interdit toute réflexion saine, ils trouvent un écho favorable dans une certaine presse qui a parfaitement compris le caractère rentable du tapage médiatique.

    Les lobbies militaro-industriels

    Ce qui vaut pour le lectorat, vaut pareillement pour l’électorat: on voit des hommes politiques bâtir leur popularité sur la peur de l’islam et le danger que représentent les banlieues et la présence inquiétante des immigrés. L’Europe est envahie par des hordes qui mettent en péril ses valeurs. Le sentiment exacerbé des appartenances nationales, lié à celui d’une nouvelle identité européenne qui se veut résolument moderne, est incompatible avec les principes d’une foi moyenâgeuse.

    La dimension pécuniaire ne concerne pas seulement le champ de l’information. Il en est un autre, beaucoup plus vaste, qui explique bien des situations dramatiques que vivent des pays dominés: les lobbies militaro-industriels, concernés par les questions de l’énergie, exercent des pressions politiques constantes pour assurer leur pérennité.

    Grossir constamment la menace terroriste, en s’aidant de surcroît d’éléments dits islamistes aisément manipulables, est une stratégie des plus rentables: elle permet de justifier le terrorisme d’Etat présenté comme une «guerre légitime». Il en va de même aussi bien à grande échelle – voyez le chaos dans lequel vivent à présent les Afghans et les Irakiens – qu’à moindre échelle – voyez les raids israéliens auxquels des civils palestiniens et libanais sont soumis actuellement.

    Le moindre prétexte est bon pour enclencher la machine de guerre. Le rapt de militaires israéliens permet à une armée de prendre en otage toute la bande de Gaza, et d’agresser une nation dans son ensemble. Mais que dire des milliers de prisonniers palestiniens qui depuis de longues années attendent dans leurs geôles d’être équitablement jugés ?

    Ne pas renoncer au dialogue

    Aux niveaux de leurs stratégies gouvernementales, ni les Etats-Unis, ni Israël ne veulent en réalité la paix. La paix signifie l’abolition de la suprématie militaire dans les faits. Elle élève notre faible voisin, dont la propriété est définie, au rang d’un égal avec lequel il convient précisément de dialoguer. Elle nous rappelle des valeurs essentielles: la grandeur des hommes ne se mesure pas à leur capacité de nuire militairement, mais à la profondeur des qualités morales qui animent leur engagement en faveur de tous. De tous, et non pas d’une nation suprême au-dessus des nations.


    D’autre part, les enjeux de la domination économique du monde musulman, qui regorge des ressources énergétiques que l’on connaît, sont tels que l’on voit mal par quel sursaut de conscience on arrêtera les massacres à venir.


    Faut-il pour autant renoncer au dialogue? Ce ne sont pas deux mondes qui s’affrontent en réalité. L’Occident n’est pas l’ennemi. Il ne constitue pas un bloc uniforme. Et l’islam recèle des trésors d’humanisme permettant de préserver et consolider les ponts que d’autres aimeraient voir détruits. Enrichir ce dialogue, comprendre l’autre dans sa spécificité, rejeter les amalgames et la superficialité des discours, c’est marquer avec vigueur notre refus de la logique de confrontation, qui ne sert qu’un unilatéralisme borgne et inhumain. Le dialogue contre les armes, donc. Lutte inégale. Le bruit des canons couvre nos voix. Qui gagnera?

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    14 juillet 2006

    Source : http://www.saphirnews.com

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