Centre Islamique de Genève

104, rue des Eaux-Vives 1207 Genève – SUISSE –

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  • Condamner Tsahal

    La moindre des choses est de condamner Tsahal 

    Dans ces mêmes colonnes, Monsieur Philippe A. Grumbach, président de la CICAD, s’en est pris avec véhémence à la Suisse, à travers l’attitude de son Ambassadeur Dante Martinelli, qui n’a pas quitté la salle où se tenait la Conférence sur le racisme, comme l’on fait les autres ambassadeurs.

    Il cite les propos du Président iranien, Ahmadinejad, qui selon lui devaient entraîner une telle réaction : « Le sionisme mondial personnifie le racisme en recourant fallacieusement à la religion et abuse des sentiments religieux afin de masquer sa haine et son visage hideux. » Il ajoute cet autre extrait : « Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils ont eu recours à l’agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive (….). Ils ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et du monde de l’Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée. »

    Une observation d’abord : le Centre islamique de Genève que je représente ne dépend ni de l’Iran, ni de l’Arabie Saoudite, ni d’un quelconque Etat. Il ne défend aucune thèse négationniste, et estime que la dénonciation de la barbarie nazie se justifie en raison de l’ampleur du génocide mené, en Europe, contre le peuple juif.

    Mais j’ai beau relire ces lignes prononcées par Monsieur Ahmadinejad, je n’y trouve aucune trace d’antisémitisme. Il serait grand temps, Monsieur Grumbach, de cesser de vouloir museler nos consciences. Car il est vrai qu’à l’heure actuelle, les sionistes font de la Shoah un usage qui est totalement pervers : le monde entier a vu les crimes perpétrés par Tsahal contre des populations civiles à Gaza. Et lorsque l’on est indigné par tant de souffrance, vite surgit un intellectuel de votre acabit pour nous dire : « Oui, mais il y a eu la Shoah ! »

    Jamais nous ne vous avons entendu faire la moindre critique contre l’Etat dit d’Israël, en relevant la spécificité de sa conception juive qui relègue de façon claire les Arabes à être, dans leur propre pays et sur leur propre terre, des citoyens de seconde zone. Allez donc vivre à Jérusalem Est, ou à Hébron, où de façon continue les colons volent les terres des Palestiniens. Parlez-nous donc de ce mur qui étouffe villes et villages et qui signifie clairement que jamais un Etat palestinien ne pourra être fondé. Dites-nous sans détour ce que vous pensez de Monsieur Lieberman, dont les thèses reposent sur la haine de tout ce qui est arabe.

    Aujourd’hui, le sionisme, qui dispose de l’arme nucléaire, poursuit une extension inquiétante dont personne ne peut déterminer les limites. L’Etat d’Israël, que l’on nous demande de reconnaître, est le seul pays dont les frontières sont indéfinies. Et la complicité des Nations européennes, comme des Etats-Unis, se fonde sur la volonté de retracer la carte du Proche et du Moyen-Orient, selon les intérêts d’une entreprise qui reste coloniale, qu’on le veuille ou non.

    Comment faire admettre cette agression ? A trois niveaux au moins :

    1) La souffrance des juifs et le sentiment de culpabilité qui poussent les Occidentaux à fermer les yeux sur les torts infligés aux Palestiniens.

    2) Le danger présumé de l’islamisme : le prétexte du terrorisme justifie ainsi la domination et l’ingérence des nations dites civilisées.

    3) La force des lobbies sionistes qui agissent dans les milieux politiques par d’habiles manœuvres, au point qu’un Président des Etats-Unis ne peut être aujourd’hui élu, à moins de déclarer que « Jérusalem est la capitale éternelle d’Israël » !

    Ce qui me semble ignoble, Monsieur Grumbach, c’est votre soutien indéfectible à tout ce qui vient de l’Etat sioniste –malgré le sang, les larmes et l’utilisation du phosphore blanc– et votre façon de parler de la Suisse comme d’un Etat lâche. Lequel n’a pourtant aucune leçon à recevoir de vos amis… 

    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    Tribune de Genève,  24 avril 2009
     

  • Si j’étais un Palestinien

    « Tzipi Livni, Netanyahou et Barak savent ce que l’électorat demande : l’extermination de voisins qui persistent à réclamer leurs droits ! » 

    Si j’étais Palestinien de Gaza, je n’aurais plus aucune considération pour les gouvernements arabes. Il me semblerait que tous ont parallèlement trahi ma cause, abandonnant un peuple à ses agresseurs sionistes, et se montrant incapables de se mettre d’accord sur une position commune et effective. 

    Quant à la communauté internationale – les Etats-Unis et l’Europe notamment -, il me paraîtrait évident qu’elle est entièrement dominée par les lobbies sionistes et le pouvoir de l’argent. Même le nouveau président américain noir, pourtant porteur de tant d’espoirs, n’a pu être élu sans avoir flatté d’abord l’opinion juive new-yorkaise en déclarant Jérusalem capitale éternelle d’Israël. 

    Cette communauté internationale a observé, entre ses beuveries du Nouvel An, un massacre perpétré de façon ignoble contre des civils, dont beaucoup d’enfants. Tués, mutilés, amputés. Sans réaction adéquate. 

    Au diable la déclaration des droits de l’homme. Au diable les conventions de Genève. Votre inertie est ignoble, parce que vous êtes complices d’un Etat ignoble. Vous parlez de légitime défense, lorsque, en réalité, les procédures militaires employées ne sont qu’une effroyable boucherie. 

    Rappelons que le 8 décembre 2008, 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont décidé de renforcer leurs liens avec Israël. L’Etat juif sera ainsi associé étroitement aux travaux et aux décisions de Bruxelles. Cela alors que le Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, avait exprimé son opposition à cette démarche, parce que, avait-il expliqué, « l’UE est un groupement fondé sur des valeurs et des idéaux incompatibles avec les violations du droit international et des droits de l’homme commises par Israël. » 

    Et quant à Israël et à son peuple, il me viendrait à l’esprit des certitudes : l’entité sioniste qui martyrise les Palestiniens ne mérite pas de porter le nom d’Israël. Israël ! Israël ! Cet autre nom de ce noble prophète appelé Jacob, fils d’Isaac, fils d’Abraham ! 

    Non. Ce peuple dans sa majorité n’est pas composé des fils d’Israël, mais des enfants de Sharon. En voyant ce que vous faites depuis des décennies, Jacob vous renierait. 

    Et quant au gouvernement israélien, je ne pourrais que prendre note du caractère abject de sa démocratie. Préparant les prochaines élections, chacun y va de sa guerre et de sa tuerie. Benyamin Netanyahou du Likoud, TzipiLivni de Kadima, et Ehud Barak du Parti travailliste, ont conscience de ce que l’électorat leur demande : l’extermination de voisins qui persistent à réclamer leurs droits ! 

    Et quant à l’armée israélienne, je serais persuadé qu’elle n’est composée que de lâches. Peut-on, en effet imaginer une stratégie de combat plus pitoyable ? Affamer un peuple. L’écraser sous les bombes. Puis s’engager au milieu des ruines et des décombres ? 

    Mais ces gens, en vérité, ont peur aussi des pierres de Gaza. 

    Est-ce une guerre, ou est-ce un massacre ? Si j’étais un Palestinien de Gaza, je dévoilerais chacun de vos mensonges. Mais je suis un Palestinien. Tous les musulmans dignes de ce nom sont des Palestiniens.

    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    24 Heures, l’Invité,  9 janvier 2009
     

  • Des Etats voyous

    Des Etats, des journalistes et des intellectuels voyous 

    Est-il possible, aujourd’hui, de voir se propager sous nos yeux des formes évidentes de barbarie, sans que des mesures concrètes soient prises pour empêcher les assassins d’agir ?

    Est-il possible de voir la bande de Gaza soumise depuis des mois à un embargo inhumain, ses enfants, ses femmes et ses vieillards souffrant de malnutrition et décimés par la maladie, refusant de mourir asphyxiés, se défendant par des armes rudimentaires, exposés à des ripostes sanglantes, qui touchent aussi bien les civils que les soldats, de voir ainsi Gaza sans que cela n’entraîne une réaction et une condamnation sans appel des crimes de guerre de Tsahal ?

    Tout cela est possible de nos jours parce que la communauté internationale est complètement démunie face aux abus des Etats voyous.

    Un Etat voyou est par exemple un Etat qui décide d’agresser l’Irak sous le prétexte mensonger de l’existence d’armes de destructions massives. Résultat : la terre d’origine du patriarche Abraham réduite à feu et à sang, des centaines de milliers de morts, et plus encore de blessés.

    Un Etat voyou est par exemple un Etat qui ne reconnaissant pas les résolutions des Nations unies, décide que Jérusalem-Est est sa capitale éternelle, et en exclut l’autorité palestinienne. Non au retour des réfugiés. Non à la partition décidée en 1967. Partage que le Hamas a finalement choisi de respecter. Le refus est venu des sionistes. Pourquoi? Parce que nul ne peut dire à l’heure actuelle quelles seront les frontières d’Israël.

    Il suffit pourtant d’observer la carte de la Palestine, de 1948 à 2008, pour observer qu’elle se réduit à une peau de chagrin, grignotée jour après jour. Si la Palestine était votre pays, et si de surcroît le colon s’arrangeait pour vous y affamer et vous y infliger une punition collective, vous n’auriez d’autre choix que de vous défendre et prendre les armes.

    Comment pourriez-vous reconnaître un Etat qui ne cesse de s’étendre chez vous à vos dépens ? Répondez donc à cette seule question avant de fustiger les prétendus extrémistes !

    Qu’on ne s’y trompe pas cependant : en niant la légitimité de la résistance palestinienne, Israël s’engage résolument dans une impasse. Et lorsque l’on érige avec arrogance un mur, on oublie que l’on s’y cloisonne autant que l’ennemi. Car les Etats voyous sont aussi fiers que stupides.

    Et comme il existe des Etats voyous, il existe aussi des intellectuels et des journalistes voyous. A l’heure où des images découvrent dans toute son horreur l’étendue de la cruauté des frappes sionistes, ils sont là pour nous expliquer qu’Israël – pays démocratique confronté aux fanatiques islamistes – ne pouvait pas faire autrement ! Ce sont des journalistes voyous, tout comme les intellectuels voyous en chemises blanches qu’il ne conviendrait plus désormais d’entarter, mais qui mériteraient plutôt de recevoir nos chaussures sur le nez ! 

    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    Tribune de Genève,  3-4 janvier 2009
     

  • Islam et engagement

    ET SI LES MUSULMANS AVAIENT RAISON ?

    Posez-vous la question.

    Et si finalement, malgré les nombreux préjugés qui habitent votre conscience, ce sont les musulmans qui avaient raison ?

    Raison de penser que cet univers n’est pas le fruit du hasard, mais qu’un Dieu unique en est le Créateur suprême . Un Dieu que l’on ne doit pas représenter sous forme humaine . Et dont il ne faut pas estimer qu’il proclame la supériorité d’une race élue sur les autres races.

    Raison de penser que l’homme n’est libre que s’il se soumet à Dieu, et à Dieu seul. Ou qu’autrement, il se tourne vers les idoles, qu’elles prennent la forme de la pierre, de l’or, d’une idéologie ou d’un idéal sur mesure.

    Raison de penser que Muhammad, cet homme illettré né dans une vallée désertique, à l’origine d’une civilisation qui marie la foi et la raison, la science et la religion, la vie et l’après vie, le spirituel et le temporel, l’amour du vrai et du beau, l’éthique et le plaisir légitime, – que Muhammad est bien l’ultime Messager de Dieu, après Abraham, Moïse et Jésus ?

    Raison d’être convaincus que l’Occident a fait fausse route lorsque s’étant saisi du prétexte des Lumières, il a prétendu se passer de la Loi divine, laquelle seule peut freiner les appétits humains, imposer des limites qui interdisent l’exploitation, la misère morale, l’asservissement des femmes.

    Raison de penser que pour elles, la pudeur vaut mieux que l’étalage tarifé de leurs charmes, et qu’une nation qui autorise la prostitution d’une partie de ses filles, est une nation qui perd de sa dignité.

    Raison de penser qu’il y a une belle hypocrisie dans la façon qu’ont certains de confondre, au nom de l’art et contre l’oppression, liberté et libertinage.

    Raison de penser que seul l’islam aujourd’hui offre une résistance concrète au processus évident d’une américanisation du monde à sens unique, et que partout où il y a ingérence inhumaine sur notre planète, le combat de légitime défense demeure un droit fondamental. D’autant plus qu’il est moins question d’exporter les valeurs démocratiques que de voler les ressources naturelles des pays dominés.

    Raison de penser que de ce fait, on ne doit pas confondre un résistant et un terroriste, pas plus que le terrorisme d’Etat et le droit à l’existence d’un Etat.

    Raison d’affirmer que Jérusalem appartient aussi aux Palestiniens, à qui il faudra bien rendre les biens et les terrains volés.

    Raison d’être convaincus que les symboles universels nous parlent aujourd’hui encore. A l’adoration du veau d’or, qui a pris la forme de la finance virtuelle, on n’oppose pas quelques modifications superficielles d’un système pourri à sa base, mais bien la Loi qui fut révélée à Moïse, Jésus et Muhammad, et qui interdit sans détour toutes les formes immondes de l’usure et de la spéculation. Si certains deviennent de plus en plus riches, et d’autres de plus en plus pauvres – que ce rapport s’inscrive entre des individus ou entre des nations – c’est parce qu’il est permis, dans la grande Amérique et l’Europe des Lumières, de faire de l’argent avec de l’argent, et d’écraser son voisin, alors que le Capital devrait être au service de l’homme, et non pas l’homme au service du Capital.

    Posez-vous la question, si vous en êtes encore capables : ai-je raison de croire à tout cela? Mais je vous comprends. Désorientés par tout le mal qui se dit de l’islam, par les médias qui se font le vecteur d’une pensée dominante unique dont vous êtes les victimes, par les idées reçues que confortent la supériorité matérielle de l’Occident et le nombrilisme actif des intellectuels en chemise blanche, il est bien difficile d’entendre la voix d’un homme qui fut un berger arabe, un simple berger, quelque part dans le désert d’Arabie !

    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    Tribune de Gnève, Blog, 6 décembre 2008
     

  • La charia islamique écarte le piège de la finance virtuelle

    Depuis le début de cette crise, on a pu constater chez les observateurs internationaux une tendance à relever les bienfaits de la finance islamique. 

    Dans la revue Challenges (No 135, septembre 2008), Vincent Beaufils n’hésite pas à déclarer : « Si nos banquiers, avides de rentabilité sur fonds propres, avaient respecté un tant soit peu la charia, nous n’en serions pas là. Il ne faut pourtant pas voir la finance islamique comme un exercice de troc moyenâgeux, car les pays du Golfe nous ont montré combien leur mentalité entrepreneuriale savait épouser le XXI e siècle. Simplement, leurs banquiers ne transigent pas sur un principe sacré : l’argent ne doit pas produire de l’argent. La traduction de cet engagement est simple : tout crédit doit avoir en face un actif bien identifié (….). Si les banques du Golf sont sorties indemnes de la crise du subprime, c’est qu’elles n’y sont pas entrées. » Et l’auteur de ces lignes de renchérir en soulignant qu’en appliquant l’éthique musulmane, le surendettement des personnes physiques est de facto écarté.

    Jean- Noël Cuénod, dans la Tribune de Genève du 2 octobre 2008, abonde dans le même sens, lorsqu’il suggère que la crise financière est avant tout une crise de foi. Il note : « Les confessions issues d’Abraham se sont tout particulièrement attachées à encadrer la puissance financière. « Croyants ! Ne pratiquez pas l’usure, doublant ainsi vos profits », ordonne le Coran (3 ; 130). Sur ce sage précepte, les banques musulmanes ont édifié un système de prêts et de financement original. » Et de conclure que la reconstruction de la finance internationale devrait nécessairement passer par une réactivation de la morale, qui elle-même se fonde sur la transcendance.

    Toute la presse et les médias témoignent du drame que vivent les victimes d’un système bancaire impitoyable. Ceux à qui l’on a annoncé qu’ils ont tout perdu, et les 700 000 foyers qui, Outre-Atlantique, se sont retrouvés à la rue. Cette crise mondiale révèle que le système capitaliste, lorsqu’il s’écarte de l’économie réelle, finit par tomber dans le piège de la finance virtuelle. Or, que dit l’islam en ses sources ?

    Premier principe : on ne peut vendre un produit inexistant ou dont la description n’est pas donnée avec précision, le Prophète Muhammad ayant interdit la vente dite à risque.

    Deuxième principe : seul le bien acquis peut être vendu, le Prophète (ﷺ) ayant dit : « Ne vends pas ce que tu ne possèdes pas ». Toute ambiguïté préjudiciable à la réalisation équitable des marchés est ainsi écartée.

    Troisième principe : on ne peut vendre une dette par une dette, ce qui équivaut à céder « rien pour rien ». Retenons un exemple original donné par les juristes : Quelqu’un vous doit un mouton à échéance déterminée. Le moment venu, il est incapable de s’acquitter de son obligation. Il vous dit alors : Vendez-moi ce mouton pour telle somme à crédit. Un tel marché est illégal.

    Quatrième principe : l’usure est dénoncée comme étant une pratique immorale. La vente à intérêt, à l’origine d’endettements exorbitants, est bannie en islam.

    Toute personne qui analyse objectivement ces principes sera convaincue de l’originalité et de l’actualité de la charia. C’est pourquoi, il faut le dire et le répéter sans détour : l’humanité gagnerait à mettre en pratique les principes de la Loi révélée. Sans elle, même dans la grande Amérique, même dans l’Europe des Lumières, l’homme devient un loup pour l’homme. 

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Gnève, L’invité, 30 octobre 2008

  • Initiative anti-minarets : Trois raisons de dire non

    Le Conseil fédéral a pris la décision de mettre rapidement un terme à la polémique sur l’initiative contre les minarets, annonçant que son message au Parlement serait remis le 15 septembre. Il faut effectivement en finir avec des prises de positions qui sont indignes des valeurs universelles que défend notre pays, et cela pour au moins trois raisons.

    D’abord, les arguments du « Comité d’Egerkingen », à l’origine de cette initiative, sont faibles et grossiers. Sur le site des contestataires, le minaret est présenté comme un symbole de guerre et de conquête. Il exprime « la volonté d’imposer un pouvoir politico-religieux ». Les initiateurs mettent en garde le peuple contre l’idée « d’ériger, au nom d’une prétendue liberté religieuse, des symboles du pouvoir qui rejettent toute tolérance religieuse. » Or, le minaret est un élément architectural qui fait partie de la culture islamique, sans pour autant relever d’une quelconque obligation religieuse. Vouloir en faire un symbole politique est une démarche intellectuellement malhonnête, qui prend moins en compte la réalité de l’islam, que la volonté de susciter la crainte.

    Ensuite, cette initiative entre en contradiction avec l’esprit de notre Constitution. L’ancien juge fédéral Giusep Nay est allé même jusqu’à appeler le Parlement à ne pas mettre le texte en votation populaire, le considérant comme anticonstitutionnel. Dans le cadre de l’Etat de droit, tous les lieux de cultes devraient être conditionnés par la même réglementation en ce qui concerne leur construction. On ne peut interdire le minaret, si l’on n’interdit pas du même coup le clocher, ou alors, on cautionne ouvertement une forme de discrimination religieuse inadmissible pour qui possède une once de citoyenneté.

    Enfin, cet initiative est mauvaise pour l’image de notre pays. La Suisse doit se donner l’ambition d’être un exemple de coexistence pacifique de toutes les cultures. Comment d’autres interpréteront-ils ce refus des minarets ? Comme une mesure qui vise l’humiliation d’une communauté qui dans sa grande majorité n’est pas assimilable à l’intégrisme. L’Albanais, comme le Turc, comme l’Iranien, comme le Pakistanais, comme le Sénégalais connaissent tous le minaret qui orne les mosquées du monde musulman. Tous seront pareillement choqués. Quelles réactions viendront par ailleurs de l’extérieur et du monde musulman ? Déjà en mai 2007, notre Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey avait déclaré que cette initiative « met la sécurité des intérêts suisses, des Suissesses et des Suisses en danger », en ajoutant que « la liberté de pratiquer une religion est garantie en Suisse. »

    Parce qu’il est essentiel de refuser les amalgames qui font d’un édifice de foi une arme de guerre, qui conduisent à une forme évidente de discrimination religieuse, et qui sont susceptibles d’alimenter les tensions dont personne ne veut – sauf ceux qui se déterminent politiquement par la peur et la haine – il faut donc résolument et démocratiquement rejeter cette malheureuse initiative. 

    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    L’invité 24 heures, 5 septembre 2008
     

  • Les droits de l’homme ont-ils leur origine dans la foi ?

    «Il ne faut pas que nos civilisations deviennent «borgnes», au point que nous jugions de tout par la seule lumière naturelle»

    Certains pensent que la Déclaration universelle des droits de l’homme a permis à l’humanité de dépasser l’étape moyenâgeuse d’une foi qui imposait à la raison des normes jugées barbares.

    Mais la vraie question à poser serait plutôt celle-ci: les hommes auraient-ils pu concevoir pareilles chartes sans l’apport de la Révélation divine ?

    Les notions de l’égalité de tous, de la liberté fondamentale de l’homme et de l’amour du prochain ne sont-elles pas inscrites à l’origine dans la Tora, l’Evangile et le Coran ?

    Il est incontestable que, comme le principe de la démocratie, celui des droits de l’homme représente un acquis considérable dans la progression des sociétés civiles.

    Or, bien avant la Déclaration universelle, l’islam a énoncé des règles qui rappellent de manière évidente que le respect de la personne humaine, de sa vie, de ses biens, de son honneur, fait partie des exigences de la loi divine qui place très haut les enfants d’Adam.

    Le Coran affirme ainsi : «Nous avons certes honoré les fils d’Adam.» (Coran, 17, 70).

    Bien sûr, il existe trop souvent un fossé entre l’idéal préconisé par ces préceptes et le comportement de ceux qui prétendent en être les dépositaires. Les musulmans n’échappent pas à cette réalité. Mais on reconnaît cependant l’arbre à ses fruits.

    Les compagnons du Prophète Muhammad ont eux-mêmes reçu une éducation qui les a amenés plus tard à défendre la dignité de tout individu, quelle que soit sa confession. Donnons-en un exemple historique édifiant :

    Il arriva ainsi, du temps du califat de ‘Umar Ibn al-Khattâb, que le fils du gouverneur d’Egypte alors en place frappât injustement un copte et l’emprisonnât.

    Ce dernier réussit à s’échapper et se rendit à Médine pour se plaindre à’Umar. Le Calife ordonna au copte chrétien de frapper publiquement le fils musulman de ce gouverneur, comme il avait été frappé. Puis’Umar prononça cette parole restée célèbre :

    «Depuis quand vous a-t-il été donné de réduire les hommes à l’esclavage alors que leurs mères les ont enfantés libres ?»

    Cela se passait plus de dix siècles avant que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, reprise par celle dite universelle de 1948, affirme en son article 1er : «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.»

    Les hommes auraient-ils donc été capables de concevoir des principes aussi nobles, s’ils n’avaient été orientés par la Révélation divine? Il y a ceux qui pensent que l’être humain peut se suffire à lui-même, et il y a ceux qui sont certains qu’au contraire, une orientation divine est nécessaire.

    C’est là une part essentielle du message que l’islam adresse aujourd’hui à l’humanité dans le dialogue des cultures: il ne faut pas que nos civilisations deviennent «borgnes», au point que nous jugions de tout par la seule lumière naturelle, et que nous refusions l’apport considérable de la lumière révélée.

    Car c’est précisément ce lien avec la transcendance qui a permis aux enfants d’Adam de se redresser et d’évoluer dans le sens de la dignité. Et celui qui en doute ne connaît ni les Prophètes, ni les Livres révélés. 

    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    Tribune de Genève – L’invité, 12 mai 2008
     

  • Palestine occupée


    Observez attentivement ces trois cartes :


    Tout peuple agressé de la sorte a droit à une résistance légitime qui ne relève aucunement du terrorisme.

    La communauté internationale, qui ne fait rien depuis des décennies pour arrêter cette violation continuelle des droits humains, est complice du sionisme international.

    Demander à un peuple, et notamment aux habitants de Gaza, de reconnaître la légitimité de l’entité de leur agresseur alors que ce dernier continue sa politique d’assassinats, de destruction et de colonisation ; alors que ses frontières ne sont pas définies et qu’il défie les résolutions de l’ONU depuis un demi-siècle;

    alors qu’il érige sans droit le mur de la honte !

    – est immoral et illégal.

    Genève 13 janvier 2008


  • L’islam n’est pas affaire de police

    A l’initiative de Monsieur Christoph Blocher, les musulmans sont une nouvelle fois invités par l’Office fédéral de la police (Fedpol), aujourd’hui même, pour une discussion consacrée à la sécurité et à un forum sur l’islam. Membre de l’Union des organisations musulmanes de Genève, le Centre Islamique a considéré qu’il était utile de répondre positivement à cette démarche. Toutefois, il est essentiel de mettre en évidence les points suivants.

    En premier lieu, la police fédérale a raison de souligner qu’elle regrette «que les médias et l’opinion publique associent la religion et la culture musulmanes aux préoccupations sécuritaires» (lettre aux organisations musulmanes datée du 20 août 2007). Par conséquent, il faut écarter les amalgames qui mêlent les questions de sécurité et de terrorisme avec l’islam en tant que tel.

    En Suisse, les musulmans sont des citoyens comme les autres, qui aspirent à la paix sociale, et toutes formes de discrimination consistant à faire d’eux des interlocuteurs distincts, sous-entendant qu’ils constituent une menace à court ou long terme, doivent être fermement rejetées.

    Un Forum Islam consacré à la sécurité serait donc un contresens, parce qu’il supposerait la stigmatisation des valeurs d’une religion et d’une culture en particulier.

    En second lieu, Monsieur Blocher devrait absolument réorienter la politique désastreuse de son parti: l’initiative sur les minarets et les malheureuses affiches qui ont terni l’image de la Suisse ne nous engagent pas dans un dialogue, mais plutôt dans une logique de confrontation.

    Le fait, pour certains, d’asseoir leur stratégie politique alarmiste sur l’islamophobie qui gagne incontestablement du terrain, autant d’ailleurs que sur le rejet de l’étranger qui vient manger notre pain, est indigne des valeurs de notre pays. Le nazisme a vu le jour parce qu’il a été porté par un élan incontrôlé de revendications identitaires désignant un bouc émissaire. A cet endroit, les partis d’extrême droite feraient bien de revisiter l’histoire pour prendre conscience du prix que coûtent à l’humanité les exaltations nationalistes étroites et bornées.

    Que dire d’un peuple qui fait de l’étranger un intrus et du mendiant un coupable? Par leur présence, et du fait de leurs valeurs qu’ils ont en commun avec les chrétiens, les musulmans feront en sorte que la Suisse reste ce qu’elle ne devra jamais cesser d’être: une terre de partage, non d’exclusion.

    En dernier lieu, le dialogue des autorités suisses avec l’islam ne relève pas de la seule compétence du Département fédéral de justice et police. C’est l’ensemble du Conseil fédéral, et non pas Monsieur Christoph Blocher seulement, qui est concerné par la question. L’islam ne peut être réduit en Suisse à une affaire de police réglée au niveau des services de renseignements. A l’avenir, les informateurs douteux ne seront pas bienvenus dans nos lieux de cultes. Privilégions, de part et d’autre, la transparence et la franchise. Et espérons que l’administration se gardera désormais de jouer les Yankees en territoire helvétique! Tant il est vrai que l’on ne sait pas toujours où s’arrête le devoir d’ingérence, ou d’infiltration !

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