Centre Islamique de Genève

104, rue des Eaux-Vives 1207 Genève – SUISSE –

Catégorie : Archives

  • La faute de l’Etat sioniste

    Les agressions programmées par Israël contre la bande de Gaza et contre le Liban permettent aujourd’hui de relever un certain nombre de points qu’il est utile de souligner :


    1. Israël n’a pas saisi l’occasion historique que lui proposait le gouvernement palestinien : la reconnaissance des frontières de 1967 et la perspective d’une paix durable. En s’engageant dans cette voie, il aurait été possible d’amener les partis à une reconnaissance mutuelle sur la base d’une partition bien définie.
    2. Les agresseurs, dans ce dernier conflit, sont les Israéliens. Cela a toujours été ainsi depuis le début de l’aventure sioniste. Cette logique a fonctionné et elle fonctionne encore. L’ONU, soumise au veto américain, ne dispose d’aucune marge de manœuvre efficace. La diplomatie européenne au Proche-Orient demande hypocritement au Liban, par la bouche de Javier Solana, de tout faire pour « mettre un terme à la violence ». Les 25 réitéreront leur appel à la fin de l’escalade militaire, sans exercer la moindre pression pour arrêter les crimes perpétrés contre les populations civiles et la destruction volontaire de l’infrastructure d’un pays dit « ami ». Quant aux représentants du G8, ils déclarent qu’Israël « a le droit de se défendre », en appelant toutefois poliment l’Etat belliqueux à la retenue !
    3. Plus désolante encore est la réaction du monde arabe qui observe lâchement cette ingérence sans réagir et sans porter secours à ceux qui sont bombardés. L’armée sioniste peut ainsi poursuivre son élan en toute impunité : les pays démocratiques libres étaient occupés hier par la coupe du monde, aujourd’hui par les vacances d’été et les plages dorées.


    Seuls résistent et résisteront ceux qui sont animés par une foi et une conviction plus fortes que le fer et le feu. En montrant une telle arrogance, en agissant au mépris des vies humaines, l’Etat sioniste dévoile une fois de plus à l’univers quel est son vrai visage. Dignes enfants du général Sharon, il ne vous en coûte rien de détruire des maisons, de décimer des familles entières, de mutiler des enfants alors même qu’une proposition vous avait été faite de mettre fin à tant de souffrance. L’histoire vous montrera qu’il faudra tôt ou tard payer la facture de vos agissements.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Juillet 2006

  • Affaire de la « taupe » genevoise

    Le Conseil fédéral va-t-il enfin agir ?

    Le 15 mars 2006, le Conseil fédéral a répondu à mes questions ayant trait aux activités du Service d’analyse et de prévention (SAP) en rapport avec l’infiltration des mosquées en Suisse et l’utilisation d’un agent provocateur contre le Centre islamique de Genève.

    Dans sa réponse, le Conseil fédéral a nié l’utilisation d’agents provocateurs par le SAP et est resté vague sur l’utilisation d’informateurs.

    Entretemps, de nombreuses informations ont été publiées dans la presse et l’interpellant est en possession d’informations et de documents prouvant clairement l’utilisation d’un agent provocateur par le SAP au Centre islamique à Genève. Le même agent a été également parallèlement employé par le Service de renseignement stratégique (SRS). Par l’intermédiaire de la presse l’agent en question, M. Claude Covassi, qui suite à des agressions et menaces contre lui, s’est réfugié à l’étranger, demande, depuis plus de deux mois, à être entendu par les autorités de notre pays et en particulier par la Délégation de la commission de gestion du Parlement. Poussé à bout, il divulgue via la presse régulièrement des informations supplémentaires pour prouver sa bonne foi. Il menace actuellement de publier des informations hautement sensibles ayant trait aux services de renseignements suisses. Certaines de ces informations pourraient causer un préjudice important à notre pays. Au vu de l’urgence de ces problèmes, je prie le Conseil fédéral de répondre aux questions suivantes :

    1. Est-il prêt à tout entreprendre pour faire toute la lumière sur l’action que le SAP a menée contre le Centre islamique de Genève ?
    2. Est-il prêt à faire toute la lumière sur l’action du SAP et du SRS dans l’affaire Covassi ?
    3. Est-il prêt à organiser le rapatriement de Monsieur Claude Covassi pour qu’il puisse témoigner devant la Délégation de la commission de gestion du Parlement ?
    4. Peut-il expliquer pourquoi le SRS refuse de faciliter le rapatriement de M. Covassi, bien que ce soit ce service qui l’ait expatrié en le conduisant à l’aéroport et en finançant son voyage ?
    5. Est-il prêt à accorder la protection adéquate à M. Covassi pour que sa vie ne soit pas mise en danger par des services ou individus ?
    6. Est-il prêt à répondre au directeur du Centre islamique de Genève qui a interpellé le Conseil fédéral récemment par lettre concernant l’action dont ce centre a été la cible ?

    Monsieur Ueli Leuenberger

    Conseiller national

    Berne, le 8 mai 2006

  • Lettre à Christoph Blocher (affaire Covassi)

    Genève, le 5 mai 2006

    Monsieur Christoph BLOCHER
    Conseiller fédéral


    Département fédéral de justice et police (DFJP)
    Palais fédéral ouest
    CH-3003 Berne


    Monsieur le Conseiller fédéral,


    J’ai attendu en vain un démenti provenant du Département que vous dirigez concernant les déclarations faites à la presse par M. Claude COVASSI : ce dernier a affirmé être un agent fédéral, travaillant pour le Service d’analyse et de prévention (SAP) et le Service de renseignements stratégiques (SRS). Il a répété que sa mission était non seulement d’infiltrer le Centre Islamique de Genève que je dirige, mais encore d’agir en tant qu’agent provocateur, dans le but de me compromettre. Toujours par voie de presse, M. Claude COVASSI demande à présent à être entendu par la délégation de la Commission de gestion parlementaire sur les services secrets, afin de donner des explications.

    Par ailleurs, confiant dans les institutions de notre pays, des démarches parlementaires ont été entreprises dans le but de comprendre ce qui s’est passé. M. Ueli LEUENBERGER, Conseiller national, vous a interpellé à deux reprises. Aucun éclaircissement n’a été réellement donné.

    Etant donné la tournure prise par cette affaire, et les nombreux articles parus dans la presse, il nous semble dès lors impossible de ne pas faire toute la lumière sur la mission qui a été confiée à M. Claude COVASSI. Par ailleurs, ce dernier, ayant pris la fuite depuis le 20 février dernier, se dit être prêt, toujours par voie de presse, à revenir en Suisse immédiatement, si la Commission parlementaire accepte de le recevoir. Il dit avoir été agressé et être en danger. Il nous semble donc impératif que M. Claude COVASSI soit entendu, et que de cette façon sa protection soit assurée.

    Monsieur Christoph BLOCHER,
    Nous vivons, grâce à Dieu, dans une démocratie reconnue pour les valeurs qu’elle défend : le respect du citoyen et de la sphère privée, le rejet des infiltrations abusives et l’application de la justice. Le refus de recevoir M. Claude COVASSI et de lui permettre de s’exprimer ouvertement ne pourrait être interprété que comme un aveu d’autant plus inquiétant, qu’il nous conduirait à vivre dans un climat malsain de suspicion et de doute vis-à-vis de nos autorités, ce dont personne ne veut en Suisse.

    Nous attendons donc des réponses claires et définitives nous assurant que de telles erreurs ne se reproduiront plus. Soyez cependant certain qu’en aucun cas, les citoyens de ce pays, respectueux de sa longue tradition humaniste et de ses valeurs, ne se satisferont désormais d’un « no comment ».
    Veuillez agréer, Monsieur le Conseiller fédéral, mes salutations les meilleures.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    5 mai 2006

    Copie : à Monsieur Ueli LEUENBERGER, Conseiller national

  • Manifester pour la paix

    Le Manifeste – Mouvement pour une paix juste et durable au Proche-Orient – organise à la Comédie cinq journées de rencontres autour du thème : « Vers un art de la paix ? » Concerts, débats et manifestations artistiques en tous genres devraient s’y succéder.


    Rachel Babecoff et Alain Bitar, membres du Manifeste, affirment : « Notre volonté n’est pas d’aborder ici la non-reconnaissance d’Israël par le Hamas ou la fixation unilatérale des frontières par Israël. » Mais alors, de quoi s’agit-il ? Les enfants de Palestine qui souffrent derrière le mur ont-ils vraiment besoin de nos discussions de salon et de ces manifestations artistiques ? Certes, de la rencontre entre les protagonistes d’un conflit peuvent naître d’autres formes de compréhensions et de nouveaux espoirs. Mais n’y a-t-il pas un contraste saisissant entre l’atmosphère feutrée des parterres théâtraux et la dure réalité du terrain ? Le 3 avril 2006, la presse annonçait : « Huit enfants palestiniens ont été blessés hier par des tirs à balles caoutchoutées de militaires israéliens qui ripostaient à des jets de pierres dans le nord de la Cisjordanie. » Voilà ce qui se passe aujourd’hui, aux yeux de tous. Et la réponse que la communauté internationale devrait donner à de tels agissements, pour autant qu’elle tienne aux valeurs humanistes qu’elle prétend imposer aux autres, devrait être claire : le sionisme doit reconnaître les frontières de 1967. Il doit négocier avec les représentants élus par le peuple palestinien, et sans conditions. Tout comme les Palestiniens eux-mêmes ont accepté d’entrer en dialogue avec l’élu Ariel Sharon et son administration, malgré son passé militaire peu reluisant.


    Aujourd’hui, l’unilatérisme d’Olmert consacre le mépris le plus total et le rejet de la volonté du peuple palestinien. Ce peuple souffre, est assiégé, dépossédé de ses droits les plus élémentaires. Washington et les Nations européennes n’opposent aucune réaction à cet unilatérisme qui viole pourtant le droit international. Ils ne sont pas en mesure de faire respecter la justice, en prétextant la non-reconnaissance par le Hamas de l’Etat d’Israël. Mais comment reconnaître seulement un Etat dont les frontières ne sont pas définies, et qui occupe le territoire de ses voisins ? Comment renoncer, sans perdre sa dignité, à la légitime défense quand les militaires de cet Etat continuent à agresser les civils et à détruire des maisons ? Le 31 mars dernier, The Guardian publiait le discours du Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Ismaïl Haniyeh. Ce dernier déclarait : « Les décideurs à Washington et en Europe ont-ils jamais éprouvé la moindre honte pour leur scandaleuse application du « deux poids, deux mesures » ? Avant et après les élections palestiniennes de janvier, ils ont en permanence insisté pour que le Hamas satisfasse à certaines exigences. Ils veulent que nous reconnaissions Israël, que nous cessions notre résistance et que nous nous engagions à respecter tous les accords conclus entre Israël et la direction palestinienne dans le passé (….). Aucun plan ne fonctionnera sans une garantie, en échange d’une cessation des hostilités par les deux parties, d’un retrait israélien total de tous les territoires occupés en 1967, Jérusalem-Est inclus, de la libération de tous nos prisonniers, du départ de tous les colons de toutes les colonies, et de la reconnaissance du droit au retour pour tous les réfugiés. Sur ces points, il règne un accord entre toutes les factions palestiniennes et tous les Palestiniens, y compris l’OLP (….) Le message du Hamas et de l’Autorité palestinienne aux puissances mondiales est le suivant : ne nous parlez plus de reconnaissance du droit à l’existence d’Israël ou de terme mis à la résistance tant que vous n’aurez pas obtenu des Israéliens un engagement à se retirer de notre terre et à reconnaître nos droits. »


    Ce discours est-il celui d’un fanatique ? N’y a-t-il pas là un accent de vérité permettant d’entrevoir une paix durable fondée sur la justice, et non sur le déni ?


    Les sionistes devraient en vérité se saisir de cette occasion et renoncer à s’octroyer tous les droits sur Jérusalem et sur l’avenir du peuple palestinien. Pour les convaincre, il conviendrait que la communauté internationale réagisse fermement en exigeant l’application de ses résolutions. Quant aux manifestations artistiques, elles ne sont jamais aussi essentielles que lorsqu’elles expriment la rébellion contre l’oppression, sous toutes ses formes !

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève – La lettre du jour, 7 avril 2006

  • Communiqué de presse

    Suite aux informations relatées par la presse et les médias autour de l’infiltration d’un agent au Centre Islamique de Genève, je tiens à faire part des observations suivantes :


    1. Expérience faite par le passé, il me semble nécessaire d’éviter toute surmédiatisation polémique et de privilégier le dialogue en toute circonstance. Je me limiterai dès lors à préciser ce qui suit :
    2. Comme je l’ai toujours dit, le Centre Islamique de Genève n’a rien à cacher et préconise, au niveau de l’ensemble de ses activités, la transparence et l’ouverture. Les deux années d’investigations secrètes menées par un agent recruté par le Département fédéral de justice et police le confirment d’ailleurs, puisqu’elles n’ont entraîné aucune enquête officielle ou sanction à l’encontre du Centre Islamique de Genève.
    3. J’ai reçu une confession écrite sous forme d’excuses de l’agent en question le jour même où il a décidé de s’exprimer par voie de presse. Par égard pour cette personne qui a déjà été manipulée, je préfère ne pas la rendre publique.
    4. Enfin, en ma qualité de citoyen suisse, et sans exclure une réflexion sur une éventuelle démarche judiciaire, j’ai pleinement confiance dans le fonctionnement de nos institutions. Je suis ainsi convaincu que notre Parlement saura faire toute la lumière sur cette affaire, afin d’éviter à l’avenir de tels dérapages, qui ternissent la réputation de notre pays.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    9 mars 2006

  • Infiltration d’un agent au Centre Islamique de Genève

    Communiqué de presse

    Suite aux informations relatées par la presse et les médias autour de l’infiltration d’un agent au Centre Islamique de Genève, je tiens à faire part des observations suivantes :

    1. Expérience faite par le passé, il me semble nécessaire d’éviter toute surmédiatisation polémique et de privilégier le dialogue en toute circonstance. Je me limiterai dès lors à préciser ce qui suit :
    2. Comme je l’ai toujours dit, le Centre Islamique de Genève n’a rien à cacher et préconise, au niveau de l’ensemble de ses activités, la transparence et l’ouverture. Les deux années d’investigations secrètes menées par un agent recruté par le Département fédéral de justice et police le confirment d’ailleurs, puisqu’elles n’ont entraîné aucune enquête officielle ou sanction à l’encontre du Centre Islamique de Genève.
    3. J’ai reçu une confession écrite sous forme d’excuses de l’agent en question le jour même où il a décidé de s’exprimer par voie de presse. Par égard pour cette personne qui a déjà été manipulée, je préfère ne pas la rendre publique.
    4. Enfin, en ma qualité de citoyen suisse, et sans exclure une réflexion sur une éventuelle démarche judiciaire, j’ai pleinement confiance dans le fonctionnement de nos institutions. Je suis ainsi convaincu que notre Parlement saura faire toute la lumière sur cette affaire, afin d’éviter à l’avenir de tels dérapages, qui ternissent la réputation de notre pays.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    9 mars 2006

  • Yvonne Ridley, journaliste féministe et voilée

    Yvonne Ridley a fondé le parti politique Respect. Amalgame de gauchistes et de fervents musulmans, Respect s’est fermement opposé à la guerre en Irak. Candidate à trois reprises depuis 2004, Mme Ridley n’a toutefois jamais réussi à se faire élire.

    Emprisonnée par les talibans en 2001, la journaliste britannique Yvonne Ridley s’est depuis convertie à l’islam et anime une émission d’information sur Islam Channel. La féministe convaincue a un parcours pour le moins atypique.

    Elle ne connaît le Coran que depuis quatre ans, mais Yvonne Ridley est déjà la vedette d’Islam Channel. Et pour cause: ce n’est pas tous les jours que la petite chaîne de télévision londonienne peut recruter une journaliste occidentale reconnue, qui s’est de surcroît convertie à l’islam après avoir été arrêtée par des talibans!

    Encore novice en matière de sourates, Yvonne Ridley possède par contre un sérieux bagage journalistique. En 30 ans de carrière, la journaliste qui frise la cinquantaine a travaillé dans presque toutes les salles de rédaction importantes d’Angleterre (Daily Mirror, News of the World, The Observer, Sunday Express…).

    Sa conversion à l’islam, elle la doit à un étrange concours de circonstances. Après le 11 septembre, elle s’envole vers le Pakistan dans le but d’aller faire un reportage en Afghanistan pour le Sunday Express. Après trois demandes de visa rejetées, elle décide de traverser la frontière illégalement, incognito sous une burqa. 

    Malchanceuse, elle échappe sa caméra sous le regard d’un taliban. Elle passera 10 jours en cellule. 

    «Autant de jours à me dire que ce jour sera le dernier», se rappelle la journaliste, aujourd’hui toute vêtue de noir et couverte d’un hidjab surmonté d’un foulard abricot.

    Invitée à se convertir par un religieux alors qu’elle est en détention, la mère de famille trois fois divorcée refuse, tout en promettant de prendre le temps de lire le Coran si elle est libérée. 

    Chose promise, chose due: à son retour en Angleterre, elle se plonge dans le livre sacré. Chrétienne pratiquante, elle découvre une religion ,plus moderne, plus à jour». Et deux ans et demi après son séjour dans les cellules afghanes, elle décide d’embrasser la religion de Mahomet.

    Féministe convaincue

    Féministe convaincue, elle dit s’être notamment convertie parce que le Coran est plus libéral que la Bible pour les femmes. «Les femmes musulmanes ne connaissent pas leurs droits. Ce n’est pas islamique d’opprimer les femmes comme cela se fait dans certains pays musulmans», s’emporte-t-elle.

    Et le port du voile? «C’est inscrit dans le Coran, c’est une obligation pour toutes les femmes musulmanes. On ne peut pas ne prendre que ce que l’on veut dans une religion. Mais je ne juge ni ne critique les femmes qui ne le portent pas. C’est leur choix.»

    Outre les valeurs du Coran, Yvonne Ridley a également fait siennes les causes qui tiennent à coeur à nombre de musulmans. Après avoir travaillé six mois pour le site Web d’Al-Jazira au Qatar en 2003 (elle a été renvoyée pour syndicalisme et, d’après elle, parce que Washington n’aurait pas apprécié une de ses enquêtes), elle revient en Angleterre et fonde avec d’autres le parti politique Respect.

    Amalgame de gauchistes et de fervents musulmans, Respect s’est fermement opposé à la guerre en Irak. Candidate à trois reprises depuis 2004, Mme Ridley n’a toutefois jamais réussi à se faire élire.

    Depuis janvier 2004, elle est également responsable des questions politiques pour la chaîne Islam Channel. À la barre d’Agenda -une quotidienne d’information-, elle accueille chaque jour des invités qui discutent généralement de sujets touchant de près les musulmans.

    Syndrome de Stockholm

    Si elle se défend d’avoir été victime du syndrome de Stockholm -qui pousse les otages à défendre les idées de leurs ravisseurs-, la journaliste condamne aujourd’hui l’invasion de l’Afghanistan. «C’était juste pour des questions pétrolières», soutient-elle.

    Mieux, elle défend l’héritage des talibans. «Ils étaient en train d’éradiquer la culture de l’opium. Et qu’est-ce que l’on voit depuis l’invasion? La culture de l’opium a repris de plus belle, l’industrie pornographique est en pleine effervescence, les viols ont augmenté…»

    Critiquant la publication des caricatures de Mahomet par certains médias occidentaux- qu’elle compare aux caricatures de juifs par les nazis avant la Deuxième Guerre mondiale-, elle considère également que les musulmans sont les «nouveaux juifs». «Quand on diabolise les gens par des caricatures, c’est qu’on est au début d’une pente glissante.» À ses yeux, Guantanamo s’apparente d’ailleurs à un camp de concentration des temps modernes.


    Bien que surpris par son parcours, ses anciens collègues du Sunday Express continuent à avoir beaucoup de respect pour elle. «Elle a fait des choix inhabituels, mais ce sont ses choix. Je suis convaincu qu’elle est aussi compétente aujourd’hui qu’elle l’était dans le passé», conclut son ancien collègue, Jim Murray, aujourd’hui responsable de l’actualité au Sunday Express.

    Yves Schaëffner,

    La Presse, Collaboration spéciale

    Mars 2006 – Londres

  • La démocratie en faveur de l’islam

    Il peut être utile de faire quelques réflexions sur la façon dont se sont déroulées les dernières élections législatives en Egypte, ainsi que sur celles qui sont annoncées en Palestine.

    En rappelant d’abord que les procédures d’intimidation en vue d’empêcher un réel suffrage en Egypte ne date pas d’hier. Déjà en mai 2001, Amnesty international dénonçait sur son site ces manœuvres gouvernementales: «Amnesty International pense que la vague d’arrestations de militants politiques qui a eu lieu avant l’élection du Maglis al Shura (Conseil consultatif), la Chambre haute du Parlement, constitue une violation grave du droit de tout citoyen à la liberté d’expression. »

    La presse a par ailleurs largement divulgué ces entorses à la démocratie. On pouvait lire ainsi dans Le Monde du 16 novembre 2005: «La première phase des élections législatives en Egypte a été marquée, mardi 15 novembre, par une large fraude en faveur du parti au pouvoir, selon des ONG locales, et par des violences ayant fait plusieurs blessés.»

    Pourtant, rien n’a pu étouffer la progression du mouvement islamique : Barah Mikaïl, chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste du Proche et Moyen-Orient, affirmait sur le site de l’Institut au lendemain des élections: «Les Frères musulmans viennent en effet de rafler 88 des 444 sièges parlementaires concernés par ces élections. Cela constitue bel et bien une percée majeure pour leur formation (…) Ce qui est nouveau, c’est le fait que les électeurs aient osé aujourd’hui traduire leurs pensées en actes.»

    Or, l’on sait que les élections législatives en Palestine risquent de donner une large victoire au Hamas. Tout sera entrepris par le gouvernement israélien pour interdire cette nouvelle reconnaissance. D’ailleurs, les mesures restrictives adoptées ne touchent pas seulement les organisations jugées terroristes. Hanane Achrawi, députée sortante, a été empêchée le 3 janvier 2006 de faire campagne à Jérusalem, et elle a affirmé : «Nous rejetons les conditions posées par le gouvernement israélien, comme l’obtention d’un permis par la police ou l’exclusion des candidats du Hamas.» Exclure en effet la participation des principales forces d’opposition dans une campagne de cette envergure, c’est proprement réduire à néant la démocratie. L’Etat d’Israël ne cesse de répéter qu’il est contraint d’adopter des mesures répressives pour contrer le terrorisme, comme l’édification du mur ou la ghettoïsation des populations sans ressources. En amenant cependant à la table des négociations politiques les leaders du Hamas, on pourrait désamorcer la violence. Mais le vrai problème est qu’Israël, en position de force, ne veut pas démilitariser le conflit, afin de conserver Jérusalem et poursuivre sa logique de colonisation.

    Ce qui s’est passé en Egypte et ce qui risque d’arriver en Palestine devraient en outre nous conduire à adopter de nouvelles dispositions vis-à-vis du monde musulman. Il est incontestable que le sentiment démocratique gagne progressivement l’ensemble de la planète, et l’on ne pourra éternellement le déjouer par des fraudes purement policières. Faut-il s’en inquiéter en terre d’islam?

    Oui, si l’on demande aux musulmans de s’aligner sur une pensée unique qui conduit le monde moderne à n’admettre qu’une forme d’évolution des sociétés humaines, calquée sur le modèle de la pensée occidentale. Car l’islam, incontestablement, comprend des zones irréductibles au sécularisme outrancier d’un univers désacralisé.

    Mais non – il n’y a pas lieu de s’inquiéter – s’il se trouve venant des deux bords des volontaires au dialogue des cultures. Aux uns de reconnaître les acquis d’une civilisation qui a su renverser les pouvoirs illégitimes, en forgeant un concept de citoyenneté dont on ne saurait aujourd’hui nier la portée universelle. Les meilleurs aspects de la démocratie et des droits humains devraient ainsi être pris en compte par le monde musulman. Aux autres d’admettre cependant que l’islam reste l’une des seules civilisations qui soient encore capables de rappeler les hommes à une dimension transcendante. Bien sûr, une crainte légitime s’empare des Occidentaux : dans un Etat islamique, quelle garantie subsisterait de voir maintenues la possibilité de l’alternance et les libertés fondamentales d’expression et de croyance ? Interrogés sur la chaîne arabe Al-Jazira, les Frères ont souligné que le respect de la volonté populaire est un principe reconnu de l’islam. Chaque parti, qu’il soit de gauche ou de droite, doit conserver sa liberté d’action.

    En outre, en dehors des réglementations élémentaires assurant la cohérence sociale, les populations de confessions ou de cultures différentes peuvent faire valoir leur droit à l’application d’une législation correspondant à leurs références respectives. C’est ainsi qu’à Médine, le Prophète Muhammad avait non seulement autorisé une délégation chrétienne à prier dans sa mosquée, mais qu’il avait invité les juifs à se tenir aux préceptes de la Tora pour trancher leurs différends !

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    La Tribune de Genève, L’invité, 20 janvier 2006

  • Retrait de Gaza : Ariel Sharon est-il digne de confiance ?

    Peut-on aujourd’hui faire confiance à Ariel Sharon et à son cabinet ? Après tout, quelles que soient les erreurs commises par un homme dans le passé, une porte reste toujours ouverte pour le pardon et le retour à plus d’humanité. Le retrait annoncé de la bande de Gaza offre au dirigeant israélien une occasion en or pour démontrer qu’Israël est prêt désormais à faire d’importantes concessions.

    Le fait que des colons juifs s’apprêtent à opposer à leur exclusion une résistance farouche permettra aussi à Sharon de mettre en avant son image d’homme modéré, de démocrate épris de justice malgré le fanatisme religieux qui sévit autour de lui, tant du côté palestinien que du côté israélien. Ce retrait conduira en outre à criminaliser aux yeux de l’opinion publique tout acte de résistance palestinien indépendamment de ses motivations précises.

    Nul doute que la presse et les médias focaliseront leur attention sur l’événement, en insistant particulièrement sur l’espoir qu’est censée représenter cette nouvelle démarche. La tragédie palestinienne a trop duré. Chacun en éprouve une lassitude et veut trouver une solution. La voici tombée du ciel grâce à la sagesse du père de la nation.

    De nos jours d’ailleurs, il n’est pas si difficile de rendre fréquentables des chefs d’Etat qui se sont engagés dans l’illégalité par des actions militaires entraînant la mort d’hommes, de femmes et d’enfants. L’Iraq souffre. A qui la faute ? La Tchétchénie saigne. Qui se soucie de ses blessures ? La Palestine est gorgée du sang de ses martyrs. Qui donc poursuivra les assassins ? Bush, Blair, Poutine et Sharon soutiennent tous à l’unisson la « guerre contre le terrorisme ». Mais qui sont les guerriers et qui sont les terroristes ? Lorsqu’une ingérence illégitime est menée par un Etat, on parle de guerre, et ceux qui tuent, qui bombardent des villes et terrorisent leurs habitants ne sont que de courageux soldats, accueillis en héros. Il n’en ira pas de même de ceux qui s’organisent en réseaux pour perpétrer dans les capitales européennes des crimes tout aussi odieux, mais à une moindre échelle. Ceux-là seuls sont considérés comme de dangereux terroristes.

    Les médias sont là pour faire la différence entre les bons et les méchants : il en va du « journalistiquement correct » comme du « politiquement correct ». Nous cherchons des justifications à des actes de guerre iniques en diabolisant les autres. Nous excusons le bon Poutine et nous croyons discerner sur les traits du visage de Sharon des marques de bonhomie. Nous fermons les yeux sur le caractère excessif des déclarations de Bush. Nous avons en effet besoin de donner de la crédibilité aux situations les plus fausses. Sinon, il serait particulièrement douloureux pour nous de voir la vérité en face : par le seul fait d’être élus et portés au pouvoir, des démocraties en viennent aujourd’hui à rendre des menteurs ou des assassins parfaitement respectables !

    D’aucuns jugeront le propos outrancier : qu’ils considèrent seulement avec courage ce que représente actuellement la souffrance des Palestiniens : malnutrition, humiliation, construction du mur, torture, démolition et prison ! Il ne se passe pas une semaine sans que les chaînes de télévisions arabes ne présentent des situations dramatiques : maisons détruites, assassinats, femmes palestiniennes pleurant leurs enfants morts. Mais ces images ne passent plus, ou très rarement, sur les écrans occidentaux.

    En réalité, Sharon ne s’est pas assagi le moins du monde. Pareil à lui-même, ce stratège se sert des effets médiatiques et cache la vérité : la colonisation se poursuit. Jamais la politique d’expansion n’a été abandonnée. On apprend ce début du mois d’août, selon la presse canadienne que « le ministère israélien du Logement autorise la construction de 72 maisons nouvelles dans une colonie de Cisjordanie située près de Jérusalem. Cette décision devrait provoquer une vive réaction à Washington opposée à toute extension des colonies juives de peuplement en Cisjordanie parce qu’elle viole les principes de la « feuille de route » voulue par le président américain George W. Bush. Kobi Bleich, le porte-parole du ministère israélien du Logement, a précisé qu’il y a eu un consensus au sein du cabinet israélien sur la construction de ces nouvelles maisons dans la colonie de Betar Illit, située dans les faubourgs de Jérusalem. Il a ajouté qu’il n’était pas autorisé à commenter la question de l’opposition américaine à cette extension. Depuis le début de l’année, le gouvernement a autorisé la construction de 235 maisons nouvelles dans les colonies juives de peuplement de Cisjordanie, la plupart dans le secteur de Jérusalem, a précisé Bleich. » (source : 4 août 2005, http://www.cp.org/french/hp.htm)

    Il est certes bon de montrer à son voisin que l’on est déterminé à évacuer le sous-sol encombré de sa maison. Mais cela n’a pas de sens si l’on s’installe à l’étage. Décidément non. On ne peut pas faire confiance à Sharon.


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    La Tribune de Genève, L’invité, 11 août 2005

  • Dixième anniversaire des massacres de Srebrenica

    MY´ TE NY´SMO ZABORAVY´LY´ BOSNO
    Nous ne t’avons pas oublié chère Bosnie

    Le 11 juillet 2005 marque le 10e anniversaire des massacres de Srebrenica. Au cours de cette célébration, six cents corps qui ont été identifiés depuis un an seront inhumés. Pour la première fois, le président de la Serbie a demandé officiellement à participer à la commémoration de ce triste anniversaire. La présidente des « Mères de Srebrenica », Munira Subasic, est particulièrement révoltée. Elle, qui a perdu lors de ce massacre 22 membres de sa famille, nous affirme que « c’est une insulte, une provocation, un affront ! »
    Je rentre de Bosnie le cœur rempli d’émotions. Un pays merveilleux, riche d’une grande histoire, peuplé d’habitants chaleureux et accueillants, mais également un pays meurtri où les traces de la guerre sont visibles à la fois, sur les façades des bâtiments et dans les cœurs et les esprits.

    Jamais un voyage ne m’avait tant marqué. Un séjour de cinq jours et des cauchemars pendant dix nuits. J’ai promis aux personnes rencontrées que je relaterais en Europe occidentale, ce que j’ai vu, entendu, vécu, et senti sur place. C est leur vœu le plus cher « Ne nous oubliez pas ! Ne faites pas semblant d’ignorer ce qui s’est passé ici et tout ce qui s’y passe encore ! Ils ont enterré nos proches et aujourd’hui ils veulent enterrer nos sentiments, nos souvenirs, nos cauchemars. Non ! Nous voulons que le monde entier sache notre souffrance, nos blessures, nos plaies qui ne sont pas guéries… »
    C’est pour Medina, Niymet, Nusreta, Souada, Munira, J., Alamina… que je rédige ce témoignage. En hommage à leur courage, leur persévérance, leur résistance. Des femmes extraordinaires de 14 ans à 83 ans, que j’ai eu l’honneur de connaître. Militante associative, directrice d’orphelinat, journaliste, professeur, étudiante, juriste, architecte, femmes victimes de viols, femmes au seuil de la misère… mais qui tentent chacune dans leur domaine de construire un monde meilleur, avec un brin d’espoir, pour ne plus jamais connaître les atrocités du passé.

    Nous étions un groupe de 30 personnes dont quatre hommes. Nous avons été accueillis à l’aéroport de Sarajevo par la présidente de l’association « Mladi Muslimani » (Jeunes Musulmans) qui était notre hôte. Une femme de 53 ans, belle, raffinée, et particulièrement dynamique. Militante depuis son adolescence, emprisonnée à l’âge de 17 ans, condamnée aux travaux forcés sous le régime communiste de Tito, résistante pendant la guerre de Bosnie, cette héroïne des temps modernes continue à mener son combat et à panser les plaies. Elle accueille avec une hospitalité incroyable ses invités auxquels elle a tant de chose à raconter. Une architecte l’accompagne. Elle est arrivée de Turquie il y a six ans afin de contribuer à la reconstruction et à la restauration des monuments datant de l’époque ottomane. Le chantier est immense, car les dégâts sont inconcevables.

    Notre bus pénètre dans la ville, nous sommes ébahis par les traces d’obus, d’incendies, des bâtiments criblés de balles, des ruines et des cimetières… Des cimetières à tout bout de champ ! Des espaces verts, des parcs transformés en cimetières, remplis de pierres tombales blanches sur un fond vert ! « Un stade de football destiné aux jeunes et où reposent désormais des jeunes » nous explique, la voix tremblante, notre interprète et guide bosniaque. Je m’étais préparée à tout, mais pas à cela. Nous arrivons à notre bel hôtel, et là encore un cimetière, juste en face de nous. Les habitants de Bosnie vivent « nez à nez » avec la mort. « Non, pas avec les morts ! » nous confient-ils. « Ce sont des shahids, des martyrs, ils ne sont pas morts, ils sont vivants ! », en référence à la sourate coranique Bakara (2) verset 154, Al-i Imran (3) verset 169. Nous apercevons plus tard sur un flanc de colline, aussi grand qu’un quartier de Sarajevo, un gigantesque cimetière, le plus grand de la ville dénommé « Baré » proche du stade olympique ! Autant de morts ! C’est inimaginable !

    Notre première visite se déroule au cimetière de Kovaci où reposent plus de 850 martyrs dont Alija Izzet Begovic, président de la Bosnie, membre de « Mladi Muslimani ». Cet homme de conviction s’est battu toute sa vie pour le bien de son pays. Sa tombe est aussi humble que sa personne. Selon son souhait, ni mausolée, ni grande cérémonie. Sa seule volonté être enterré parmi les martyrs. Sur sa pierre tombale, ni « bla-bla », ni titre honorifique, mais uniquement son nom et prénom. On y lit également « Abdullah » ! Serviteur d’Allah ! En toute simplicité ! Il n’est en rien précisé qu’il a été président, ni qu’il a combattu pour son pays, mais seulement « Abdullah » ! Une grande leçon d’humilité pour qui saura l’entendre.
    Nous traversons ensuite la ville pour passer devant le marché de Merkalé, qui fut bombardé à deux reprises en 1993 et 1995, et où plus de 200 civils ont trouvé la mort. Plus loin, cinquante personnes effectuant la queue devant une boulangerie, périrent sous le lancement d’une fusée. Par là, des civils transportant de l’eau… Au grand parc de Sarajevo, 14 enfants moururent sous les bombardements alors qu’ils étaient entrain de jouer. Ils seront enterrés sur place.

    Et les images me reviennent ceux des journaux télévisés, à l’époque des évènements. La guerre me semblait irréelle et lointaine. Et voilà que dix ans après, je suis sur place ! Mes sentiments sont confus. Ayant participé à des collectes de médicaments, de vêtements, et envoyé des dons… j’avais la conscience tranquille. Mais aujourd’hui, je ne suis plus sûre d’avoir fait le nécessaire au cours des mes années estudiantines. Je suis saisi d’un sentiment de honte celui de n’avoir pu faire davantage.

    Puis, nous longeons le fleuve qui traverse Sarajevo, Miljacka, avant de passer devant le pont Vrbanya rebaptisé « pont Souada Dilberovic », du nom de la première shahid, martyre de Bosnie, une jeune femme de 24 ans, étudiante à la Faculté de Médecine. Encore une fois, la première victime est une femme ! Souada participait à une manifestation contre les check points serbes qui se développaient à Sarajevo, comme en Palestine. Nous apprenons d’ailleurs que la capitale de la Bosnie a un slogan, « Sarajevo, Jérusalem d’Europe ». Ici cohabitent sans frontière, chrétiens catholiques, orthodoxes, juifs et musulmans.
    Grand-mère Niymet, du haut de ses 83 printemps, fille d’un pacha ottoman, nous explique que « les bosniaques ont veillé à ce que les édifices religieux des autres cultes ne soient pas pillés, dévastés, car c’est notre morale musulmane qui nous l’impose ». « Même en temps de guerre, ne touchez ni aux femmes, ni aux enfants, ni aux vieillards, ni aux civils, ne détériorez ni l’environnement, ni les arbres, ni les plantes nous recommande notre prophète Mouhammed (sav) ». « Mais les serbes et les croates ont spécialement visé nos mosquées, nos minarets, nos symboles religieux, notre histoire. En effet, ils ont brûlé plus de trois millions d’ouvrages dans la grande et prestigieuse bibliothèque de Sarajevo entre 1992-1993. Ce sont toutes nos archives, notre passé, notre identité qu’ils ont voulus ainsi détruire » fustige-t-elle avec amertume.

    Je précise à mes congénères bosniaques que les femmes croates, serbes, musulmanes devraient essayer de panser ensemble les plaies. Elles sont plus sensibles, et en tant que mères, elles sont plus à même de comprendre la perte d’un enfant, d’un conjoint. Grâce à elles, une paix durable peut être envisageable. Certaines partagent ce sentiment, d’autres plus méfiantes restent perplexes « Nous avons perdu lorsque nous avons eu de la pitié, de la compassion. Désormais plus de pitié, plus de compassion ! ». Nous espérons ardemment que Madame le Maire de Sarajevo, bosniaque, et son adjoint croate, qui ont reçu une délégation de notre groupe, saurons, avec une équipe mixte, gérer au mieux cette situation si fragile.
    Nous empruntons ensuite l’enclave serbe de la Bosnie, sur les hauteurs de Sarajevo, pour mieux observer la ville et une partie des infrastructures du village des jeux olympiques d’hiver de 1984, ou plutôt ce qu’il en reste. Une désolation totale. Tout est en ruine ! Durant le trajet en bus, nous apercevons des maisons isolées qui ont été brûlées, dévastées. « Les propriétaires bosniaques refusent de regagner leurs habitations dans cette enclave serbe, car ils savent de toute façon qu’ils ne sont pas désirés et risquent à tout moment d’être exterminés » nous précise notre guide. Il nous décrit la manière dont la ville a été assiégée, tout en nous mettant en garde contre les mines anti-personnelles qui n’ont pas encore été désamorcées sur les flans des collines, placées à cet endroit pour bien séparer la capitale des chars à canons qui l’ont bombardée. De ces sommets, l’artillerie lourde, de la quatrième armée d’Europe, confisquée par les serbes, passée secrètement au service de Milosevic au lendemain du démantèlement de la Yougoslavie, a servi à mettre à feu et à sang la ville pendant mille jours. De là, ils l’ont pilonnée, touchant des écoles, des hôpitaux, des maternités et d’autres points vitaux de Sarajevo. 12000 personnes, dont 1600 enfants, ont été tuées. Ses 400 000 habitants ont été privés d’eau, d’électricité, de gaz, de vivres, et de médicaments… jusqu’ à ce que le tunnel que nous avons également visité, sous l’aéroport, soit construit.

    Certains pays occidentaux auraient garanti aux Serbes qu’ils n’interviendraient pas si ces derniers terminaient l’offensive en un mois. En effet, en un mois, 70% de la Bosnie était envahie. Ils estimaient alors que Sarajevo tomberait rapidement. Mais grand-mère Niymet nous relate que depuis des siècles, les célèbres hafiz de Sarajevo, ceux qui connaissent par cœur le Coran, ont pour habitude de réciter intégralement les textes sacrés, de la Fatiha à la sourate Nas, pendant le mois de Ramadan sur les collines de la capitale, comme pour l’encercler et la protéger spirituellement. Elle nous conte, avec sa foi fervente, que cela relève du miracle malgré le manque d’armes des bosniaques et le sur-armement des serbes, la foi l’avait remportée sur les armes !

    Des célèbres snipers, aux criminels en liberté, des trafiquants en passant par les milieux mafieux serbes, des volontaires et des mercenaires seraient venus de plusieurs pays, de Russie, de Roumanie, d’Ukraine, de Grèce… pour prêter main forte à leurs « cousins » criminels. Parmi eux, un certain Limonov, professeur à Moscou, toujours en liberté malgré des preuves accablantes. Cet « intellectuel » qui prétendait venir à Sarajevo « pour couvrir la guerre », chassait des civils bosniaques, des êtres humains, à partir des vestiges du village olympique. Il y avait également cette femme sniper, championne d’Europe de tirs, venue de Roumanie, et payée pour tuer des civils ! Tout ceci s’est passé à 1h30 de la France ! Et qui plus est, en présence de l’ONU ! A quand le jugement de ces criminels ? A quand la reconnaissance des responsabilités ?
    En Bosnie, nous voyageons dans le temps, depuis le moyen-âge jusqu’à nos jours, un périple riche en histoire mais aussi en sentiments. Nous passons des larmes aux rires, de la joie à l’effroi, de l’émerveillement à la peur. Nous éprouvions de la honte, de la pitié, de la compassion, de la haine, de la révolte, tout à la fois, et en peu de temps.

    Nous visitons Sarajevo et ses alentours, Mostar, Pocitelj, Travnik, Ahmetci,…, villes historiques, mais aussi villes et villages de tragédies, de massacres, de meurtres, de génocides, d’exterminations. Au sujet de chaque ville, j’ai tant de choses à raconter, à rapporter, mais je préfère m’attarder sur un autre volet de ce séjour. Sans ces nombreuses rencontres avec les associations, je n’aurais pas éprouvé le besoin d’écrire cet article et de témoigner.

    A l’association « Mladi Muslimani » (Jeunes Musulmans), nous rencontrons et écoutons de nombreuses personnalités des légendes, des héroïnes, des septénaires, des octogénaires, qui toute leur vie ont combattu tantôt des communistes, tantôt des oustachis, des tchetniks… Ces personnes qui ont vécu presque un siècle de bouleversements, relatent l’époque où serbes, croates, juifs et musulmans cohabitaient en paix. Les plus jeunes évoquaient leur musique, des chants empreints de patriotisme, en l’honneur des héros, mais également des chants religieux.

    L’épouse du « Reisi Cumhur », président du conseil religieux, nous rejoint pour une petite heure « J’emmène des vivres, vêtements, médicaments… au camp de Gorazde où vivent encore beaucoup de réfugiés », nous précise-t-elle. J’étais particulièrement stupéfaite comment, dix ans après, des populations dispersées, déplacées pouvaient encore vivre dans des camps !? « Le chantier est immense, il ne faut pas arrêter les aides » insiste cette femme, élégante dont l’allure ressemble à celle de Lady D.
    Le matin suivant, nous rendons visite à l’association « Sumeyya », qui pendant la guerre a aidé les blessés, les orphelins, les femmes notamment violées, et fournit de la nourriture aussi bien aux civils qu’aux résistants bosniaques. Sa présidente Souada Koço, nous informe qu’elle accompagne toujours des femmes violées pendant la guerre, en leur apportant un soutien psychologique, et un refuge pour les démunis, mais aussi de la nourriture, des vêtements, des jouets, une éducation… Elle gère un orphelinat et accompagne les enfants des rues. Elle édite une revue mensuelle de grande qualité, du même nom que l’association, dont l’une des responsables est journaliste. Medina me communique plusieurs informations en français. Une langue, qu’elle a apprise dans un camp près de Tuzla grâce à des soldats français de l’ONU. Elle leur en est très reconnaissante et affirme avoir reçu des cours ainsi que des crayons, des cahiers, des livres, ce qui lui a permis de connaître notre belle langue. Une jeune femme remarquable, souriante, les yeux rieurs, pleine d’espoir, mais qui s’inquiète du manque de production intellectuelle de son pays et des nombreuses archives détruites volontairement par les serbes, afin d’effacer cette mémoire collective où diverses communautés coexistaient.

    Le soir, nous avons rendez-vous avec une association de femmes violées, dont plus d’une dizaine étaient présentes. Ce fut la rencontre la plus pénible. Leurs histoires sont aussi terribles les unes que les autres. Nous les écoutons à tour de rôle. Plusieurs d’entre nous, ont des malaises, dont deux parmi les victimes. Alors que les atrocités subies étaient relatées par les unes, les autres, se remémoraient leurs cauchemars survenus il y a dix ans. Notre interprète qui ne parvient plus à traduire, commence à trembler de tout son corps, et finit par éclater en sanglots avant de s’évanouir.

    La plus âgée des victimes a 69 ans. Elle nous montre les nombreuses traces de couteaux, de machettes, de balles, qui figurent sur son torse, sur ses bras, ses jambes, son dos… pas une partie de son corps n’a été épargnée ! Elle a été violée maintes et maintes fois, par des centaines de soldats et battue jusqu’à en perdre connaissance. Et lorsqu’elle revenait à elle, ces mêmes soldats serbes recommençaient.
    Selon ces témoignages, des milliers de femmes, des bébés de 6 mois jusqu’à des personnes âgées de 70 ans, auraient subi des viols entre 1992 et 1995. Les hommes quant à eux, ont été exterminés, selon la « logique » de la purification ethnique. Les femmes, auraient également pu être tuées, mais il y avait un autre « plan », encore plus diabolique, pire que la mort, réservé spécialement à celles-ci. Les tuer dans leur âme. Une arme de guerre spécialement conçue contre les femmes. De nombreuses associations se battent aujourd’hui pour faire reconnaître ces viols, en tant que crimes de guerre.

    J. a 19 ans, quand la guerre éclate. A l’instar de nombreuses femmes des villages, elle a été séparée de son mari, et détenue dans des camps avec son fils de 2 ans et sa fille de 6 mois, durant un an et dix jours. Tous les trois ont été systématiquement violés et battus. Subissant plusieurs chocs, et autres paralysies, elle perd la mémoire et l’usage de la parole. Et les viols insupportables sous ses yeux de ses petits enfants l’ont complètement anéantie.

    Comment l’Europe, à laquelle je crois beaucoup, comment et pourquoi l’ONU ont-elles mis tant de temps à réagir ? Pourquoi a-t-on fermé les yeux ? Qui réparera les erreurs, qui l’indemnisera ? Cette femme vit dans une misère totale. Malheureusement, son cas n’est pas isolé. Les témoignages des autres victimes sont tout aussi poignants. Au bout d’un an, J. a été sauvée des mains des tchetniks, grâce à son ancien voisin serbe, un vieux monsieur qui la connaissait depuis sa tendre enfance et qui a dû l’acheter avec ses enfants, en payant un prix élevé. Il l’emmène alors à une frontière, une zone minée, proche des résistants bosniaques et lui rend sa liberté. Nous rencontrons son fils désormais âgé de 14 ans. Victime de crises, il continue d’être suivi médicalement. D’autres femmes ont été détenues presque pendant toute la guerre, pour satisfaire les « exigences » des soldats serbes.

    Alors que nous proposons à ces femmes de mettre un terme à tous ces récits particulièrement douloureux, l’une des victimes, âgée de 62 ans, celle qui jusqu’à présent semblait être la plus calme, refuse aussitôt « Non ! Je veux que vous m’écoutiez, c’est la moindre des choses que vous puissiez faire. Ne vous fiez pas aux apparences, j’ai pris plusieurs cachets avant de venir pour rester calme. Je me drogue de médicaments, d’anti-dépresseur… Je veux que vous m’écoutiez et que vous rapportiez ce qu’on vous dit ici, à l’Europe Occidentale qui semble oublier sa responsabilité. J’ai été violée par des centaines de personnes, je ne sais plus le nombre, devant mes fils de 9 et 11 ans, qui eux-mêmes ont été violés sous mes yeux. J’ai été battu jusqu’à épuisement et puis ils recommençaient. Ils nous ont mis, mes fils et moi tous nus, et voulaient que l’on commette l’inceste. C’était affreux, ils en éprouvaient du plaisir. Je suis tombée enceinte. Je ne supportais plus rien, et ne pouvais garder cet enfant. J’ai tout fait pour provoquer une fausse-couche. Puis, vu mon âge avancé et les conditions sanitaires dans lesquelles je me trouvais, j’ai continué à perdre durant des semaines du sang jusqu’à épuisement. La guerre était finie mais moi, j’ai mis du temps à guérir. D’ailleurs, je ne suis pas sûre d’être guérie… » Nos interprètes qui s’épuisent, ne parviennent plus à suivre. Nous n’avons plus la force d’écouter.
    Nous avons également appris que la plupart des viols avaient été perpétrés dans les campagnes où les hommes et les femmes avaient été séparés. Ces victimes que nous avons rencontrées sont non seulement des « blessées » de guerre (le mot est trop faible), mais également des laissées-pour-compte de la société. Elles n’ont pu regagner leurs villages et vivent dans les taudis de la capitale bosniaque. La pauvreté, le chômage composent leur quotidien.

    Revenons à Srebrenica. Nous rendons visite à « l’association des Mères de Srebrenica » basée à Sarajevo. A notre arrivée, dans leur modeste local, elles étaient sur le point de boucler leur réunion, en vue de préparer le 10e anniversaire du massacre. Il n’y avait pas assez de chaises pour la trentaine de personnes que nous étions (elles, une dizaine), et il était préférable d’être assis pour entendre ce qu’elles avaient à nous dire. Les quatre hommes de notre groupe, par galanterie, refusent de s’asseoir et insistent pour que les mères, déjà d’un certain âge, prennent place. Elles refusent à leur tour « Vous savez, nous avons perdu tant d’hommes dans nos familles… Il y a des familles où il n’y a plus d’homme. Et donc, c’est notre devoir de bien vous recevoir… ». Elles invitent leurs invités à s’installer. Chacune d’entre elles a perdu mari, fils, père, frère, neveu ou cousin. Elles évoquent ces 22 hommes d’une même famille, assassinés en 5 jours, ou encore de ces 15 hommes, de ces 11…

    Au total, à Srebrenica, plus de 10 700 personnes de 7 à 70 ans, ont été exterminées en 5 jours, dans une zone « sous protection de l’ONU ». Les hommes et les femmes à peine séparés, les premiers furent exterminés. Les corps furent découpés en morceaux, puis éparpillés dans différentes fosses communes. Comment peut-on atteindre un tel degré de barbarie ? L’une des responsables nous explique que 200 fosses communes ont été jusqu’à présent découvertes et que dernièrement dans l’une d’entre elles, figuraient des squelettes de femmes sans aucune trace de vêtements ! « Je vous laisse deviner ! » dit-elle. « Il y avait parmi elles un squelette de femme qui serrait dans ses bras un squelette de bébé ». A quand le jugement de ces criminels Radovan Karadzic, le Général Mladic, Milosevic ?

    En Europe, des milliers de criminels vivent également en toute impunité, sans être inquiétés. Depuis la fin de la guerre, cette association se bat pour que justice soit faite afin que les familles de victimes puissent enterrer décemment leurs défunts. A partir des analyses d’ADN, on tente de procéder à l’identification des corps. Une tâche laborieuse et difficile. Ce 11 juillet 2005, les quelques 600 corps identifiés depuis un an, seront inhumés. La présence éventuelle du président de la Serbie risque de perturber cette commémoration. Avant de partir en Bosnie, j’étais convaincue de la fin de cette guerre. Mais à l’issue de ce séjour, j’ai ce terrible sentiment qu’elle est susceptible d’éclater à nouveau et à tout moment.
    Notre guide nous fait part de ses craintes. « Certains pays comme les USA ou l’Australie délivrent facilement des visas surtout aux bosniaques et ceci ne fait que renforcer la diaspora bosniaque. En effet, de ces pays si loin de l’Europe Centrale, il est difficile d’en revenir. Ainsi, au moins 20 000 personnes auraient émigré délaissant leur pays si fragile pour un confort personnel. »

    Espérons dans un esprit de justice que les criminels soient jugés… J’espère également avoir rapporté fidèlement le témoignage de toutes ces femmes héroïques, que j’ai eu l’immense honneur de rencontrer.
    Par Hatice Sahin
    http://www.oumma.com/

    Hatice Sahin

    11 juillet 2005 – Source: Oumma.com

⚠ SITE DE DÉVELOPPEMENT — cigdev.supor.me