Centre Islamique de Genève

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  • Les GI urinaient sur le Coran

    Les américains urinaient sur le Coran et abusaient de nous sexuellement.

    Mohamed Mazouz fait partie des cinq Marocains rescapés de Guantanamo.
    Après plus de trois ans et demi de détention entre le Pakistan, Kandahar, Bagram et Guantanamo, il vient d’être mis en liberté provisoire en attendant le verdict du 4 juillet 2005. Dans cet entretien exclusif avec LGM, il revient sur toutes les étapes de sa détention, sur la torture, le parallèle avec la prison d’Abou Ghrib et le sort des 12 autres Marocains qui sont toujours détenus par les Américains.


    LGM : Vous avez été arrêté au Pakistan, les accusations affirmaient que c’était en Afghanistan. Qu’en est-il réellement ?

    Mohamed Mazouz : La réalité que tout le monde connaît est que j’ai été arrêté au Pakistan. J’y suis allé pour me marier. C’était exactement le 26 août 2001. J’habitais alors à Londres depuis quelques années et je n’avais pas de papiers. Il fallait me marier avec une Anglaise de nationalité qu’elle soit d’origine pakistanaise, indienne ou marocaine. C’était le seul moyen pour avoir mon permis de résidence en toute légalité. Le destin a fait que je me suis lié d’amitié avec un Pakistanais. Avec le temps, j’ai su qu’il avait une sœur en âge de se marier et j’ai demandé sa main. La famille a accepté et nous avons décidé de partir au Pakistan pour célébrer cette union. Le mariage a eu lieu et les choses allaient normalement. Il faut préciser ici que j’avais un visa d’un mois. Quatre jours avant notre retour, j’ai été arrêté sur un boulevard de Karachi alors que je marchais avec mon beau-frère pakistanais. Aujourd’hui, je ne sais rien de cette femme qui était mon épouse, je n’ai pas où la contacter, j’ai perdu toute trace depuis ce jour où la police pakistanaise m’a arrêté.

    Avant de revenir sur les causes de votre arrestation, arrêtons-nous un peu sur votre passage par la Russie. Vrai ou faux ?

    Oui, c’est vrai. J’ai vécu quelque temps en Russie et exactement à Leningrad(Saint-Pétersbourg). J’étais inscrit à l’université navale avant de changer de branche pour prendre des cours à l’université d’architecture. Je suis arrivé en Russie le 8 mars 1998. Je m’en souviens toujours.

    Pour quelles raisons avez-vous été arrêté au Pakistan?

    Les choses sont simples. Je suis un homme arabe, mon aspect l’atteste fortement et l’époque était en effervescence dans la région. Ce jour-là, nous étions en train de nous promener, mon beau-frère et moi dans la rue à Karachi. Nous avons été abordés de façon inopinée par la police pakistanaise qui m’avait demandé mes pièces d’identité. Les policiers ont pris mes papiers et ayant compris d’où je venais, ils m’ont demandé de les accompagner pour un léger interrogatoire. Je me suis exécuté sans opposer la moindre résistance. On m’avait bien précisé que ce passage par leurs bureaux ne prendrait que 15 petites minutes. Les 15 minutes sont devenues 4 ans d’enfer entre Kandahar, Bagram et Guantanamo.

    Dans quelles conditions avez-vous été interrogé au Pakistan ?

    J’ai passé quatre jours au commissariat. Puis très vite, j’ai été transféré dans une prison où je suis resté 26 jours. Les questions étaient constamment les mêmes : pourquoi j’étais au Pakistan, quels livres je lisais, est-ce que ma famille est musulmane, est-ce que je faisais partie d’un groupe ou d’une organisation islamique… Pour moi, c’était la première fois de ma vie où la police m’interrogeait, j’étais à la fois choqué et surpris de tout ce qui se passait devant mes yeux. Une fois muté à une autre prison, j’ai rencontré d’autres Arabes dans cette geôle nommée Kohat. J’ai aussi rencontré des Ouzbeks, des Tadjiks et c’est là que la torture a commencé. Nous étions vers la fin de l’année 2001, en décembre exactement.

    Quels types de tortures avez-vous subi ?

    J’ai tout vécu de la part des autorités pakistanaises. Sans que la police m’ait adressé la moindre accusation. J’étais torturé et je ne savais même pas pour quelles raisons j’étais arrêté. Personne ne m’a dit quoi que ce soit sur le motif de ma présence dans cette prison horrible. Nous avons été frappés, foulés aux pieds, sans nourriture, sans eau, sans pouvoir nous laver, sans pouvoir nous couper la barbe et les cheveux, agglutinés les uns sur les autres dans des conditions inhumaines. Le plus important à soulever ici est que nous avons tous été enchaînés avec du fer à l’aide d’un bâton en acier qui liait nos pieds à notre ceinture. Ceci nous paralysait littéralement. Nous avions des pieux plantés au travers du corps. Nous mangions avec, nous faisions nos besoins avec et cela a duré pendant plusieurs semaines. On nous a enlevé ses barres de fer le dernier jour avant le départ vers Kandahar. Il faut dire aussi que là, durant cette période, je n’avais rencontré aucun marocain.

    Quand avez-vous été transféré à Kandahar ?

    Je me souviens du jour où la police pakistanaise nous avait dit qu’une délégation d’Amnesty International est venue nous voir. Etant donné que je parle Anglais, j’ai eu plusieurs fois à vérifier que les gens qui étaient là pour nous interroger n’étaient pas du tout les représentants d’une organisation humanitaire. C’étaient des agents du FBI et de la CIA qui venaient faire des vérifications avant l’étape ultérieure. Le même jour, vers dix heures du soir, ils nous ont pris un à un, nous ont donné d’autres habits, une espèce de combinaison bleue. Nous avons été parqués vers l’aéroport et une fois sur place, nous avons été livrés à d’autres hommes. À l’odeur que j’avais sentie sur l’homme qui m’avait pris, j’ai su que ce n’était pas un Pakistanais. Là, nous avons été encapuchonnés à l’aide de sacs en toile. Mais avant cela, laissez-moi vous expliquer comment ils avaient couvert nos yeux. Ils mettent un tissu au début sur lequel il passe une deuxième bande très serrée puis ils scotchent sur les deux bandes un rouleau de sparadrap avant de mettre le sac en toile sur nos têtes. Et là, ils serrent au niveau de la gorge avec un fil très résistant. Je n’arrivais plus à respirer et j’entendais la voix d’une femme nous ordonner de bien nous tenir et de ne rien tenter qui puisse les déranger. Dans l’avion, nous avons été mis les uns à côté des autres, attachés avec des fils de fer liés à nos bras avec force. Ligotés directement à l’avion par le bas, écartelés pour ne laisser aucune chance au moindre mouvement. Au bout de quelque temps, l’avion a atterri à Kandahar: la cité de la torture.

    Dans quelles conditions êtes-vous arrivé à Kandahar ?

    Nous sommes arrivés la nuit. Nous avons été traînés comme des bêtes, l’un tirant l’autre dans sa marche. On nous avait ôté nos sandales et nous avait jetés par terre, à plat ventre. Nous sommes restés plus de 4 heures dans cette position. C’était l’hiver, il faisait glacial et nous étions à poils sur le sol à grelotter. Et il ne fallait pas bouger ni trembler. Ils nous avaient bien précisé de ne pas esquisser le moindre mouvement. « Don’t Move » c’était l’ordre de ne pas bouger d’un poil. Evidemment, c’était impossible avec ce froid. C’était plus fort que nous tous. On tremblait tous de la tête aux pieds. Et là, les soldats nous sautaient littéralement dessus, les brodequins sur le visage ou sur le dos, nous écrasant sur le sol. J’ai bougé comme tout le monde et un soldat m’avait asséné un coup de brodequin entre les cuisses. J’ai bien vu qu’il voulait faire éclater mes testicules. Mais le coup a épargné mes organes génitaux de quelques centimètres. Dans toute cette panoplie de torture que j’ai vécue depuis quatre ans, ce coup-là, je ne l’oublierai jamais de ma vie. Après quatre heures sur le sol, ils nous ont jetés dans des cellules sans habits. Nous avons été fouillés à poils dans des conditions humiliantes et les soldats se marraient et nous provoquaient. Après, ils avaient entamé les interrogatoires. Ton nom, d’où viens-tu, ce que tu fais ici, fais-tu la prière, qui tu connais, que penses-tu des attaques, as-tu rencontré Cheikh Oussama…

    Avez-vous été visité par la Croix rouge à Kandahar ?

    Oui, c’était le lendemain de notre arrivée à Kandahar. Mais je tiens à souligner un point que vos lecteurs et l’opinion publique doivent savoir. La Croix rouge n’a rien fait du tout pour nous durant toute cette période de détention en Afghanistan ou à Guantanamo. Sa présence était inutile. La seule chose qu’elle ait réalisée, c’était de nous faire parvenir quelques lettres. Je suis même sûr qu’ils étaient là pour servir les Américains et leur apporter l’aide. En somme, la Croix rouge a rempli son rôle de facteur et c’était tout.
    Nous sommes restés là pendant de longs jours sans hygiène aucune à tel point que nous avions tous l’air de bêtes sauvages : les cheveux sales et longs, les corps noirs parce qu’on ne se lavait jamais, les ongles longs et sales, les barbes avaient envahi nos visages et nous donnaient des airs de fous. L’atmosphère était putride. Nous étions plus de vingt personnes, dans une petite cellule avec des couvertures fines et éculées dans un froid insupportable. Nous avions des seaux en ferraille sales pour boire et l’eau le matin était de la neige tellement l’air était glacial. Nous avions deux petits repas, un à midi, l’autre à minuit. Le vice était de nous laisser face à la faim depuis le réveil à l’aube jusqu’à midi. Et le soir, ils nous arrachaient au sommeil pour manger à minuit. Les appels étaient le moment le plus dur. Ils pouvaient nous appeler à n’importe quel moment. On restait là, sans couverture à trembler dans la neige pendant des heures. Puis, quand l’envie les reprenait, il y avait un autre appel.

    Et les interrogatoires ?

    Les interrogatoires étaient quotidiens, faits par des Américains avec la collaboration de traducteurs arabes. Cela avait lieu dans les tentes en présence de tous les autres détenus et souvent, nous étions frappés au début, face contre sol, par des soldats fous, avant de commencer à répondre aux questions. Il y avait une technique précise qui consistait à jeter le détenu par terre, lui sauter sur le dos, lui éclater l’épaule avant de le frapper. Beaucoup d’entre nous avaient les omoplates fracturées et ont dû faire face au froid et la faim, sans médication jusqu’au départ pour Guantanamo. Et l’interrogatoire pouvait durer des heures interminables. Et là, ils sortaient la grosse artillerie pour la torture. Il y avait d’abord les décharges électriques qui faisaient un mal sans pareil. Et ensuite, ils nous jetaient dans de gros barils d’eau pour nous étouffer. Ils avaient aussi le vice de nous mettre des torchons sales, pleins de tout ce que vous pouvez imaginer de dégoûtant sur la bouche et le visage. Pas de prière, pas de nourriture, pas d’eau, pas d’habits, sans couverture, pendant des jours.

    Après cela, vous avez été transféré à Bagram ?

    La prison de Bagram est la sœur jumelle d’Abou Ghrib en Irak. Sans donner trop de détails, nous avons vécu les mêmes tortures, les mêmes sévices physiques et psychologiques que les détenus en Irak. Vous savez, quand je suis entré au Maroc et que j’ai pu avoir accès aux journaux, j’ai découvert ce que les prisonniers irakiens avaient vécu à Abou Ghrib, c’étaient les mêmes techniques et les mêmes abus. Je pense aujourd’hui que Bagram a été le laboratoire qui a préparé Abou Ghrib. Nous étions dans des cellules individuelles et c’est là le plus grave puisqu’ils pouvaient tout essayer sur les prisonniers sans que personne ne sache ce qui se passait. Nous avons été humiliés dans nos corps, obligés à nous dénuder les uns devant les autres. Pire encore, on nous envoyait des femmes soldats qui provoquaient les détenus en les touchant sur leurs organes génitaux, en se mettant à poils devant eux ou alors en couchant avec d’autres soldats devant nous. Nous avons vu pire que cela et beaucoup de détenus ont été violés et faisaient tout pour le cacher. Mais nous savions ce qu’ils avaient subi de la part des soldats. D’autres techniques ont été employées comme de nous accrocher par des menottes sur des barres en fer accrochées aux murs. On pouvait rester suspendus pendant des nuits sans sommeil.
    Après, ils en sont venus à l’étape des injections. À tour de rôle, on nous administrait des produits qui nous rendaient fous. On a appris par la suite que c’étaient des injections pour provoquer l’hystérie. Beaucoup avaient perdu la tête. D’autres ont contracté des maladies de peaux, des infections dermiques, des maladies rénales, des complications au foie, des migraines…

    Quel traitement était réservé au Coran ?

    Ici, je tiens à faire savoir au monde entier à travers ce que je dis jusqu’où les Américains sont allés pour nous humilier et bafouer nos principes les plus élémentaires. Il s’agit du traitement infligé au Coran. Tout ce qui pouvait le réduire à néant était utilisé. Ils ont uriné dessus, ils l’ont déchiré, ils l’ont coupé aux ciseaux devant nous, ils ont déféqué dessus en badigeonnant nos visages avec. Oui, il faut dire tout ceci pour que le monde musulman réalise quel degré de haine ce livre sacré leur inspire. Parce que je ne vois pas pourquoi en arriver là. Un jour, et en présence de la Croix rouge, ils avaient pris tous les corans de la prison pour les déchirer devant nous tous. Ils se comportaient à l’égard du Livre sacré comme s’il s’agissait d’un vulgaire objet. Quand on protestait, nous étions torturés à mort. Et à chaque fois qu’ils agissaient de la sorte à l’égard du Coran, nous nous soulevions et évidemment nous étions punis en conséquence. C’était un cercle vicieux. L’autre forme de torture consistait à lâcher des chiens sur nous alors que nous sommes nus, dans des douches, en groupes. Ou alors au moment des interrogatoires. Les chiens sont rôdés pour ce type de travail et les prisonniers se faisaient parfois mordre violemment. C’était à en devenir fou, à la fois la peur, l’hystérie, les cris des uns et des autres, le froid, la faim et les fortes migraines. Pour ma part, je faisais partie des premiers arrivés et des derniers à partir. J’ai tout vécu.

    Après six mois entre Kandahar et Bagram, vous êtes transféré à nouveau à Guantanamo. Comment cela s’était-il déroulé ?

    Je peux dire qu’entre Kandahar et Bagram, j’ai vécu la glace de l’hiver et l’enfer de l’été. J’ai été appelé le 14 juin 2002 pour un interrogatoire et le 15 juin, nous avons été embarqués dans des avions vers Guantanamo. C’est le voyage que je ne pourrais jamais oublier de ma vie. D’abord, c’était un voyage de plus de 24 heures. Nous étions tous menottés, accrochés à la base de l’avion les uns liés aux autres. On nous avait mis des espèces de lunettes sur les bandages pour boucher la vue ainsi que d’autres gros écouteurs sur les oreilles pour ne rien entendre. Ils nous avaient mis du scotch sur la bouche et un tissu sur le nez avant de nous passer des espèces de cagoules qu’ils ont fini par serrer au niveau de la gorge comme lors du premier voyage vers Kandahar. On avait aussi des gants unis sur les mains pour ne pas bouger. En somme, ils avaient annihilé tous nos sens. Ni voir, ni entendre, ni parler, ni sentir, ni bouger les doigts.


    Comment avez-vous su que vous alliez être transférés à Guantanamo ?


    Les voyages avaient débuté à notre arrivée à Kandahar. On entendait parler de ces opérations. Après quelques mois, on a pu avoir quelques liens avec certains gardes à qui nous posions des questions sur ces voyages. C’est par eux que nous avons appris que la destination était Guantanamo à Cuba. Avant l’arrivée à Guantanamo, je n’avais encore rencontré aucun Marocain ni à Kandahar, ni à Bagram. Nous n’avons pas eu à manger durant ce voyage ni la possibilité d’aller faire nos besoins. Les soldats avaient obligé les détenus à mettre des couches pour bébés pour éviter tout incident. En cas de fatigue, les soldats venaient nous frapper pour que nous nous tenions droits.
    Nous avons appris que les interrogatoires ont eu lieu le même jour de votre arrivée à Guantanamo.
    Oui, c’est vrai. Une fois arrivés, ils nous avaient pris et jetés sous le soleil des Caraïbes. Sans habits, à poils. Nous y sommes restés pendant des heures. Après, nous avons été conduits aux interrogatoires. Une nuit en avion, attachés et sans nourritures, des heures sous le soleil et puis directement la torture et les questions. Pour ma part, ils n’ont eu en guise de réponse qu’un vomi tellement j’avais mal à la tête et j’avais le tournis. Ils m’ont reconduit dans ma cellule de deux mètres de long sur 1m 80 de large.


    Comment avez-vous vécu pendant plus de deux ans et demi à Guantanamo ?

    Nous étions chacun dans une cellule avec un bon de sortie pour promenade deux fois par semaine, à raison de 15 minutes à chaque fois. Complètement isolés les uns des autres. Même lors des promenades où il fallait marcher tout seul sur une distance de quelques mètres. On ne pouvait même pas courir ou faire du sport. Impossible de toucher un autre Marocain puisque nous étions isolés. Mais on savait par les dires des autres détenus qui arrivaient d’autres secteurs qu’il y avait un Marocain de Safi dans tel pavillon, un autre de Berkane dans tel autre. Et on demandait la description exacte du Marocain pour le reconnaître même de loin et lui faire un signe. C’est de cette façon que j’ai reconnu de loin Abdellah Tabarek, Ibrahim Benchekroun, Redouane Chekkouri et Mohamed Aouzar. En cachette, loin des regards des soldats qui nous gardaient, on tentait de se faire des signes, et on attendait le jour où la chance pouvait nous permettre de nous rencontrer dans le même pavillon pour échanger des bribes de mots. Il nous est arrivé d’être percés à jour et là, on était torturé à mort par les gardes qui nous interdisaient toute tentative de liaison entre nous.

    De quoi disposiez-vous comme objets pour vivre à Guantanamo ?

    Une couverture, un lit d’une épaisseur de 5 centimètres et le Coran. De temps à autre, une petite serviette et la douche quand les soldats le décidaient eux-mêmes. Une petite brosse à dent. En ce qui concerne le Coran, je dois préciser que j’ai regretté le fait qu’ils nous aient donné le Livre sacré à lire. Parce qu’ils l’ont utilisé comme moyen de torture après. De la même façon à Bagram pour nous pousser à la folie. C’était un jeu pour eux. Ils venaient le prendre un jour, ils nous le redonnaient un autre jour, puis venaient le reprendre et ce, pendant toute la durée de notre incarcération. Sans oublier tous les autres aspects que j’ai décrits plus haut. Evidemment, on ripostait par des grèves de la faim, des cris, des tentatives de suicide, des coups et à chaque fois, nous étions mâtés dans le sang. On pouvait aussi venir te raser le crâne et la barbe, te faire manger ce qu’ils voulaient, te faire des injections et te jeter dans un cachot en isolation. On leur disait de nous torturer physiquement, mais de ne pas toucher au Coran, mais il n’y avait rien à faire. Leur objectif était de nous toucher dans ce que nous avons de plus précieux.

    Avez-vous été victime d’injections forcées ?

    Nous acceptions tout de leur part. Je me disais que c’était mon destin et je patientais. Mais ce sont les maladies qui avaient le plus fait de mal. À cause de ces injections, beaucoup d’entre nous ont été malades. Qui souffrait du foie, d’autres des reins, d’autres sont devenus hystériques et d’autres asthmatiques comme je le suis depuis mon séjour là-bas. D’autres étaient constamment anémiés et à chaque injection, ils étaient au plus mal. Je ne vous parle même pas des problèmes de peaux dont presque tout le monde souffrait ainsi que le rhumatisme à cause du froid et de l’humidité.

    Et ce problème d’hémorroïdes. Est-il vrai que beaucoup ont eu des poussés hymorroïdales graves ?

    Absolument. Tous, nous avons eu ce type d’infections et je pense que c’était voulu pour nous humilier davantage. Certains ont eu des opérations pour éviter la douleur. Les Américains se moquaient de nous en parlant de la façon dont ils manipulaient les organes génitaux des détenus. Ils savaient que c’était la plus grande humiliation pour un musulman de se laisser toucher l’anus et faisaient tout pour que nous soyons tous malades. Certains ont eu des injections anales à l’aide de longs tubes que l’on introduisait par l’arrière. Nous avons tous eu des complications suite à ce type d’injections et jamais on n’a su pourquoi nous avons été les cobayes d’un tel laboratoire secret. Il est clair que nous étions tous au plus bas psychologiquement après de telles interventions et cela a même poussé certains d’entre nous à des tentatives de suicide. Pour eux, la torture physique fait partie du passé. Ils ont essayé sur nous d’autres formes de sévices qui nous affectaient plus que les coups. Pour ma part, j’ai ramené avec moi l’asthme. Et il a fallu que je retourne chez moi, pour me sentir mieux et respirer.

    Il y a eu des cas de folie et des tentatives de suicide…

    Bien sûr et on le savait et devant nos yeux, des hommes sont devenus fous. Ils ne pouvaient pas tenir le choc. Ici, je tiens à dire qu’il y a un Marocain qui a sombré dans la folie. Il faut que nous fassions quelque chose pour lui. Il faut que le monde sache qu’il est maltraité, mal soigné et qu’il est urgent de le sauver.

    par Abdelhak NAJIB

    La Gazette du Maroc, 11 avril 2005

    Paru aussi sur Webzinmaker

    Autres témoignages : http://www.stopusa.be/scripts/index.php?section=BDBGBC&langue=1

  • La démocratie imposée

    Ce n’est pas un moindre paradoxe : les élections irakiennes devraient entraîner une participation chiite majoritaire, et le futur régime élu démocratiquement viendrait à imposer, comme en Iran, la loi islamique tant redoutée par l’Occident. Bush, qui se vante de vouloir propager les libertés essentielles aux quatre coins de la planète, va une nouvelle fois perdre toute crédibilité. Mais nous le savions déjà : la démocratie ne se décrète pas, elle est le fruit d’un long processus auquel le peuple adhère par son histoire et ses révoltes légitimes. Elle est destinée à renverser les tyrannies sous toutes leurs formes. Comment admettre qu’elle puisse être défendue de la sorte par des forces d’occupation ?

    Le plus troublant, c’est que les musulmans eux-mêmes ont de bonnes raisons de douter de l’intégrité des régimes démocratiques. Bush lui-même a été réélu, au gré de la manipulation médiatique dont son peuple, dans sa faible majorité, a été l’objet. Le manichéisme opposant les forces du bien et du mal est ancré aujourd’hui dans bien des esprits, nourri par un messianisme qui apparaît avec de plus en plus d’évidence. Etant donné l’impact des médias et les coûts mis en jeu dans une campagne, le nombre n’est pas toujours en ce sens un critère de vérité, il ne garantit pas le choix du meilleur ou le meilleur choix.
    Là réside précisément le défaut de nos démocraties. Et nous ne sommes pas épargnés en Suisse : il suffit de se rappeler quels slogans avait utilisés l’UDC pour alimenter les craintes islamophobes, et gagner ainsi les dernières votations relatives aux naturalisations.
    Certes, la démocratie a des atouts majeurs : elle assure au moins la paix sociale, lorsque chacun se plie au suffrage. Mais précisément, nous savons qu’en Irak, le vote ne sera pas respecté, que la révolte continuera, que le nouveau régime en place sera accusé de collaboration, et surtout, qu’une telle ingérence en climat musulman ne fera que perpétuer le désordre.

    Il fallait, avant de coloniser cette région qui risque de devenir une poudrière à l’échelle internationale, prendre la résolution d’engager un réel dialogue de civilisations. Un dialogue fondé sur des considérations humanistes, et non pas sur le profit. Il aurait fallu que les faucons de l’administration américaine, au lieu d’entreprendre cette guerre inhumaine, aient l’humilité de considérer que le monde musulman a quelque chose à nous dire, qui ne se résume pas à des rapports de convenance avec les pétromonarchies. Il aurait fallu qu’ils se débarrassent de cette suffisance qui consiste à se persuader que la supériorité matérielle d’une civilisation prouve nécessairement son caractère supérieur en toute chose. Et d’autres administrations, d’autres gouvernements ont fini par rejoindre idéologiquement, politiquement et militairement, le camp de ceux qui préconisent une mondialisation unilatérale dans les faits, même s’ils se défendent d’en être théoriquement les partisans. Pourquoi ? Parce que l’Occident ne cherche pas à pacifier le monde, mais à préserver sa domination sur les peuples étrangers et sur leurs richesses naturelles.

    Ceux qui sont pressés par leurs industries de guerre rechercheront perpétuellement une politique de confrontation, stigmatisant le terrorisme, mais agissant au mépris de toutes les réglementations internationales. D’autres auront à cœur de comprendre que ceux qui sont dans l’autre camp, et notamment les musulmans, ne disparaîtront pas, et qu’il faudra bien un jour se donner le temps d’un authentique dialogue, fonder sur la transparence et le respect, et n’admettant en aucun cas les abus et les injustices.
    L’islam reste là, donc, qui nous interroge. Il parle d’une révélation universelle du ciel, faite à Abraham, Ismaël, Isaac, Israël, Moïse, Jésus et Muhammad. Sans nier l’importance du nombre et le droit des peuples à bâtir leur destin, il nous rattache à l’Un, l’Unique, le Créateur de toute chose.

    Saurons-nous dépasser nos maladresses, et autrement que par la haine et les armes, autrement que dans le meurtre et le sang, reconstruire bravement le pont qui relie le ciel et la terre, l’Orient et l’Occident ?

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève – L’invité – 28 janvier 2005

  • Questions à mes concitoyens d’Occident

    Puis-je vous poser quelques questions ? Libre à vous cependant de répondre, si vous le pouvez.

    Pourquoi donc, lorsque deux avions percutent deux tours, entraînant la mort de plus de trois mille personnes, parlons-nous de terrorisme – et cela est vrai, il s’agit bien d’une action terroriste inacceptable -, et pourquoi, lorsque des centaines d’avions bombardent ici et là l’Afghanistan et l’Irak, faisant au passage des dizaines de milliers de victimes, parlons-nous de guerre ?

    Pourquoi estime-t-on Outre-Atlantique qu’il est parfaitement normal que les Etats-Unis développent librement leurs industries d’armements, dont il faudra bien se servir une fois ou l’autre – car sinon, à quoi bon la fabrication continue de ces instruments de mort ? – , et pourquoi pense-t-on qu’il est politiquement correct d’envahir un pays sous prétexte qu’il dispose d’un arsenal dangereux, même si après-coup on ne trouve aucune trace du danger censé justifier une telle ingérence ?

    Pourquoi le Pentagone a-t-il livré cet automne à Sharon et à l’armée de l’air israélienne 5 000 bombes « intelligentes », dont 500 « destructrices de bunker », et pourquoi la communauté internationale s’acharne-t-elle à vouloir empêcher l’Iran de poursuivre son programme nucléaire ?

    Pourquoi détestons-nous Ben Laden, un homme qui certes vit dans certains excès : quelle idée de s’en prendre à des innocents, de délaisser les palaces et les palais, les plaisirs et les honneurs, pour aller s’exiler dans les montagnes en guérilléro ! Comment peut-on mépriser ainsi le pouvoir des pétrodollars au point de les gaspiller dans des aventures douteuses ? Je vous le demande ! Pourquoi donc détestons-nous Ben Laden, alors que plus de la moitié des Américains viennent d’élire un homme, Bush, qu’ils considèrent comme un héros, lequel vole purement et simplement le bien des Irakiens, et s’enrichit sans aucun état d’âme, au prix du massacre de civils victimes de dommages collatéraux, qui sont inévitables malgré une prétendue précision chirurgicale ?

    Pour ceux qui jugeraient excessives ces critiques, nous les renvoyons simplement aux propos tenus et transmis par le milliardaire George Soros le 25 septembre dernier au Festival médias Nord-Sud de Genève : « Les Etats-Unis se sont appropriés de façon frauduleuse une grande partie des recettes pétrolières irakiennes depuis l’occupation du pays. »

    Pourquoi nous mobilisons-nous lorsque deux otages français sont retenus injustement par des ravisseurs rebelles – et nous avons raison de le faire -, et cependant restons-nous silencieux quand c’est toute une population qui est prise en otage par l’armée américaine, assiégeant et frappant sans répit des régions habitées par des civils, qui meurent par centaines comme s’il s’agissait d’insectes ? Qui sera capable de nous décrire dans toute son atrocité le désastre de Falloudja ?

    Pourquoi observions-nous hier avec effroi le scandale des prisonniers d’Abou Ghraïb, et attendons-nous aujourd’hui de voir sortir des entrailles de ces hauts lieux de persécutions abominables autre chose que des hommes et des femmes prêts à en découdre de toutes les façons ?

    Pourquoi parlementons-nous avec le bon Poutine, qui martyrise le peuple tchétchène qu’il voudrait bien voir écrasé, et considérons-nous les appels à l’aide lancés par des femmes et des hommes qui n’ont plus rien à perdre comme de pures formes de barbarie ?

    Pourquoi la ville de Grozny (et c’est bien plus que deux tours !), rasée et détruite, n’est plus à nos yeux qu’un événement lointain et à peine historique ? Pourquoi admettons-nous sans réagir que les rapts, les viols, les disparitions d’enfants et les assassinats se poursuivent en Tchétchénie ? Pourquoi fermons-nous les yeux sur les méthodes de l’armée rouge, et récusons-nous sans réserve les moyens utilisés par la résistance tchétchène ? Pourquoi y a-t-il encore des ambassades russes ouvertes dans les capitales occidentales, alors que les mères d’Ossétie et du Caucase bercent dans leur détresse le souvenir des enfants morts ? Pourquoi ?

    Pourquoi sommes-nous si prompts à condamner sans détour les Palestiniens qui choisissent de disparaître dans des attentats meurtriers – et il est vrai que lorsqu’un enfant juif et un enfant musulman meurent, ce sont deux colombes qui montent au ciel – et pourquoi n’avons-nous pas le courage de nous en prendre à notre propre veulerie quand depuis des décennies, c’est tout un peuple que l’on opprime sous nos yeux, sans qu’aucune armée, qu’aucune force internationale ne mette fin à tant d’injustices ?

    Pourquoi enfin, fiers de nos progrès multiplicateurs de notre démence destructrice, de notre modernité jalouse et de notre sottise indéfectible, sommes-nous si convaincus de la supériorité de nos valeurs sur toutes les autres civilisations, quand notre gestion des affaires du monde ne devrait nous inspirer que du dégoût ?


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    8 décembre 2004 – Paru également sur : Oulala.net

  • Une fable ancienne

    On raconte parfois cette fable ancienne : un boucher égorgeait des oiseaux destinés à la broche. Cet homme était d’une sensibilité rare qui, visiblement, ne correspondait pas aux exigences de son métier. Chaque fois en effet qu’il coupait le cou de l’un de ces petits oiseaux piaillant et frétillant sous sa grosse main ensanglantée, il pleurait à chaudes larmes ! Il pleurait et pleurait encore, voyant défiler ses innombrables victimes aux ailes multicolores. Que d’espèces rares ont disparu, que de chants mélodieux se sont tus à cause de ses sévices ! Un passant, contemplant la scène, dit à son voisin : « Vois combien cet homme est bon ! Le brave homme ! » Mais l’autre lui répondit aussitôt : « Ne regarde pas ses yeux, mais observe plutôt ce que font ses mains ! »Cette fable pourrait servir d’illustration à bien des aventures humaines. Notre civilisation occidentale a très souvent utilisé ce double registre, engageant des guerres pour s’approprier le bien des autres, et justifiant ses agressions au nom de valeurs humanitaires universelles.

    Vu de l’Irak par exemple, l’Occident est perçu par beaucoup comme un monstre hybride qui d’une main tue et assassine, et de l’autre prétend guérir et édifier. Souvenons-nous de l’attitude de la Suisse, qui avant même l’invasion américaine, proposait son engagement pour prévenir un désastre humanitaire imminent. Et avons-nous oublié le spectacle singulier des avions américains lâchant presque simultanément des bombes et des sacs de nourriture sur les pauvres Afghans ?

    Sharon et Bush ne sont pas les dignes représentants des valeurs judéo-chrétiennes, pas plus d’ailleurs que certains terroristes et preneurs d’otages ne traduisent par leurs actes odieux les principes de l’islam. Cependant, l’un frappe au nom de cet Israël biblique qui autorise selon lui toute forme de colonisation, et l’autre se présente comme le défenseur de la légalité, de la démocratie et de la justice. Avec lui, certains Européens encouragent les Palestiniens à ne plus résister et à aller dans le sens de compromis sans cesse revus à la baisse et toujours remis en cause, de 1948 à 1967 à nos jours. Ils clament chrétiennement le pardon pour les atrocités passées, cependant que Sharon et ses armées continuent d’oppresser un peuple assiégé. Frappons et colonisons. Subissons et pardonnons. Evitons surtout la spirale de la violence et l’idée d’une quelconque vengeance. Voilà la seule image qu’un Palestinien persécuté et exilé retiendra de toute la diplomatie passive de l’Occident.

    Qui n’a pas en mémoire l’embargo décrété pendant des années en Irak, entraînant la mort de centaines de milliers d’enfants. Nous contemplions la scène, attristés par le sort dramatique de ces victimes innocentes, de ces Mozart assassinés. Et cependant, les décisions responsables de ces tragédies se prenaient chez nous, sur les bancs de la respectable Organisation des Nations Unies. Et cela continue : les forces américaines s’acharnent contre la résistance irakienne en déplorant la mort des civils, victimes nécessaires de multiples « dommages collatéraux ».

    Et si notre civilisation, sous ses apparences rayonnantes, n’était finalement que l’ombre de la triste image de ce boucher ? Nos industries d’armements nous condamnent à envisager d’une manière ou d’une autre des guerres perpétuelles ici et là. La menace terroriste mondiale en est le prétexte choisi. Nous fabriquons et programmons la mort, en l’assortissant de brancardiers qui soulageront les blessés et les mourants. Nous soutenons les Etats terroristes, et nous allons jusqu’à oublier, pour ménager notre sensibilité, la disparition des Tchétchènes, le drapeau des Tchétchènes, le chant des Tchétchènes. Et même si nous protestons, nos institutions laissent faire et suivent le grand mouvement des Etats armés.

    Bref, nous sommes la compatissante et dominatrice culture des droits de l’homme, et nous n’hésiterons pas à faucher le champ de notre voisin pour le prouver à tous !

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    26 novembre 2004 – Paru également sur : Webzinemaker, Oulala.net

  • Falloudja : guerre totale contre l’islam ?

    Marines with Charlie Compagny, 1st Battalion, 8th Marine Regiment, rest inside Fallouja’s Khulafah Rashid mosque after driving insurgent from the building. 
    Luis Sinco Los Angeles Times

    Une image vaut parfois mille mots…

    L’image d’un soldat américain tirant à bout portant sur un blessé irakien, accompagnée du discours méprisant de l’assassin : « ce salopard fait semblant d’être mort », nous renvoie aux souvenirs odieux du scandale de la prison d’Abou Ghraïb. Les faits montrent hélas qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé, et cela confirme l’information largement diffusée dans les chaînes et les médias arabes : après avoir bombardé sans pitié Falloudja, il fallait nettoyer la ville pour effacer les témoignages accablants sur les méthodes employées. Le scandale se poursuit donc au vu et au su de tous. Et là encore, ce qui nous est caché est plus horrible que tout ce que nous pouvons voir.

    Peut-on ainsi agresser un pays de façon totalement illégitime au niveau du droit international, puis prétendre que ses résistants sont des rebelles, et être largement relayé par la presse et les médias dans ces allégations mensongères ? Peut-on torturer, tuer et piller le bien d’une population martyrisée dont la seule erreur est de posséder en grande quantité des réserves de pétrole ? Peut-on être réélu, et désigner à nouveau un faucon à la tête de la diplomatie américaine responsable de tant de crimes ? Oui, cela est tout à fait possible aujourd’hui, malgré notre prétention à plus de justice. A condition que la population agressée soit musulmane.

    Peut-on détruire des villes et des villages en Tchétchénie, et massacrer en l’espace d’une décennie un quart de la population vivant dans cette région, et continuer à considérer que ceux qui prennent les armes pour se défendre sont des bandits ? Peut-on estimer que le chef d’Etat qui ordonne de telles atrocités demeure cependant une personne respectable et respectée, reçue dans le monde dit civilisé comme un haut représentant de la nouvelle Russie ? Oui, à condition que la population agressée soit musulmane.

    Peut-on mépriser le plus ouvertement du monde les résolutions de l’ONU, refuser toute idée concrète de partition en Palestine, imposer une politique de colonisation progressive, nier le droit de millions de réfugiés, exclure du destin de Jérusalem les voix du christianisme et de l’islam, porter au pouvoir un homme dont le passé est fait de crimes de guerre, et poursuivre une politique de domination visant à humilier un peuple ? Oui, à condition que ce peuple soit composé en majorité de musulmans.

    Tout se passe comme si le sang des musulmans n’avait aucune espèce de valeur, et comme si les soldats qui ont mission de tuer devaient exécrer une race inférieure.
    S’agit-il dès lors d’une guerre totale qui est menée contre l’islam sur plusieurs fronts ? La question se pose d’autant plus que le prétexte avancé du terrorisme est de moins en moins crédible, et que les visées messianiques de Bush, teintées d’un manichéisme hollywoodien qui autorise toutes les manipulations médiatiques, se révèlent au grand jour.

    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève, 24 novembre 2004

  • Otages français contre voile islamique

    La libération des journalistes devient une cause nationale


    PARIS /MATHIEU VAN BERCHEM

    La France, qui a combattu l’intervention militaire en Irak, pensait peut-être être épargnée par les terroristes opérant dans le pays.Un espoir sérieusement ébranlé après l’ultimatum lancé samedi par «l’Armée islamique en Irak». Le groupe, qui a annoncé détenir les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, demande à la France d’annuler la loi sur le voile islamique. Il lui donne un délai de 48 heures pour répondre à son communiqué.Dans la vidéo diffusée samedi soir par la chaîne qatarie Al-Jazira, Christian Chesnot correspondant de la Tribune de Genève, et Georges Malbrunot, envoyé spécial du Figaro, apparaissent dans une séquence, les traits tirés, avec une barbe de quelques jours.

    Hier soir, Jacques Chirac a «demandé solennellement» la libération des deux journalistes et annoncé l’envoi immédiat dans la région du ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier. Toute la journée, les réunions de crise se sont succédées au plus haut niveau de l’Etat.

    «L’Armée islamique en Irak», s’il s’agit bien d’elle — ce qu’attesterait l’arrière-plan utilisé pour la vidéo — est responsable de l’enlèvement du journaliste italien Enzo Baldoni, dont l’exécution a été annoncée dans la nuit de jeudi à vendredi dernier. Ce groupe terroriste, qui se réclame de la mouvance d’Al-Qaida, exige le retrait des troupes américaines et de tous les Occidentaux présents en Irak.


    Appel des oulémas

    Malgré ces signes alarmants, certains observateurs espèrent que la position adoptée par Paris dans la crise irakienne permettra la libération des otages. Ils voient dans l’appel pour la libération des deux journalistes lancé par le Comité des oulémas musulmans, principale organisation religieuse sunnite, un indice plutôt positif. Mais quelle influence cette instance a-t-elle sur «L’Armée islamique en Irak»? Impossible de le dire.

    Une loi à respecter

    Dans son appel, le Comité des oulémas n’oublie pas de demander à la France de revenir sur sa décision d’interdire le port du voile à l’école. Dès cette semaine, lors de la rentrée des classes, les élèves de l’enseignement public n’auront pas le droit de porter des «signes ou tenues par lesquels (ils) manifestent ostensiblement une appartenance religieuse».
    Dans l’Hexagone, après les réactions assez vives qu’avait suscité le projet de loi, le débat s’est plus ou moins apaisé. «Il ne s’agit pas de discuter cette loi qui a trouvé un équilibre, mais bien de la respecter, déclarait récemment Lhaj Breze, le président de l’Union des organisations islamiques (UOIF), majoritaire au sein du Conseil français du culte musulman.

    «Une honte pour l’islam»

    A propos de la prise d’otages, ce dernier «refuse avec la plus grande fermeté à toute force étrangère le droit de s’immiscer de la sorte dans les relations de l’islam de France avec la République». Président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur a condamné un acte «immoral, inqualifiable. Cela fait honte à l’islam», a-t-il déclaré.
    A l’étranger, aucune menace précise n’avait été formulée par des groupes terroristes depuis les déclarations, en mars dernier, du numéro deux d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri. Lequel affirmait que l’interdiction du voile «dénotait une fois encore la rancune des croisés occidentaux contre les musulmans».

    Les musulmans de Genève sont horrifiés

    FABRICE BREITHAUPT

    A Genève comme en France ou au Moyen-Orient, les musulmans sont unanimes dans l’indignation.

    Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève :

    «Cet enlèvement ne se justifie en aucune façon. Cet acte va à l’encontre des principes de l’islam, qui souligne que toute vie est sacrée et que nul ne doit payer pour l’erreur d’un autre. Et si ce que l’on dit est vrai, à savoir que les ravisseurs réclameraient l’annulation de la loi française interdisant le voile islamique aux jeunes élèves musulmanes dans les écoles en France, alors il convient de dire haut et fort que, premièrement, les excès des décisions parlementaires françaises ne justifient en aucun cas une prise d’otages, et que, deuxièmement, cet enlèvement est d’autant plus aberrant que le gouvernement français a fait preuve d’une attitude officiellement remarquable en s’opposant à l’invasion de l’Irak. Cela dit, la présence de l’armée italienne en Irak n’excuse pas le meurtre odieux du journaliste italien Enzo Baldoni. Quant à son confrère français Christian Chesnot, il fait montre d’objectivité dans le conflit irakien et ne devait en aucun cas être inquiété.»

    Hafid Ouardiri, porte-parole de la Grande Mosquée de Genève et Nemat Mardam-Bey, présidente de la Fondation de l’Entre-Connaissance :

    «Ce chantage est inadmissible. Tous les musulmans avec lesquels nous avons pris contact par rapport à cette affaire se montrent horrifiés. Ces monstres prennent l’image du voile islamique en France pour justifier leurs instincts sanguinaires. On ne peut pas régler le problème du voile islamique par la terreur, mais par le dialogue. Ce chantage complique aussi la situation des musulmans en France, un pays qui a eu une attitude diplomatique et politique particulière dans le conflit irakien. Ces terroristes cherchent à porter atteinte à l’image des musulmans. Et à chaque crime que commettent ces ignobles bourreaux, c’est nous, les musulmans, et notre foi de paix et de justice qu’on assassine. Agissant ainsi, ces monstres sont les ennemis du genre humain en général, des musulmans, et de l’islam en particulier, duquel ils se réclament. Il est temps que tout soit fait pour démasquer les auteurs de ces abominables actes. Il est temps que le monde «dit libre» et les grandes puissances s’engagent à libérer les pays sous domination où règnent l’injustice et l’ignorance.».

    Nadia Karmous, présidente de l’Association culturelle des femmes musulmanes en Suisse :

    «Ce chantage est horrible, surtout à l’encontre d’un journaliste qui ne fait que son travail d’information. Nous ne tolérons pas que ses ravisseurs se servent de cette loi française sur le voile islamique pour faire plus de mal encore à l’image des musulmans en Europe. L’islam n’a rien à voir avec tout cela.»

    Tariq Ramadan, enseignant

    «Après l’odieux assassinat du journalite italien Enzo Baldoni, il convient de dire avec force et détermination que ces actions et ces ultimatums sont une absolue trahison des principes de la religion musulmane à l’unanimité des écoles de droit et de pensée. La dignité des musulmans du monde dépendra, pour aujourd’hui et pour l’avenir, de l’énergie et de la capacité que les femmes et les hommes, de même que les organisations et les oulémas, déploieront pour dénoncer les actes ignobles régulièrement perpétrés au nom de leur religion par des individus et des groupes qui trahissent les valeurs et le message islamiques qu’ils affirment défendre ou représenter. Notre condamnation est sans appel et nous invitons le gouvernement français à ne pas céder à cet odieux chantage.»

    Cinq ans de Tribune

    Depuis cinq ans, la Tribune de Genève a la chance de compter parmi ses correspondants Christian Chesnot, qui collabore également au quotidien vaudois 24 heures et aux principales radios publiques de l’Hexagone (France Inter, France Info, RFI).
    Basé à Amman, en Jordanie, ce grand connaisseur du Proche-Orient est aussi à l’aise pour analyser la crise israélo-palestinienne que pour décrypter le bouleversement irakien. Depuis des mois, il fait d’ailleurs la navette entre la capitale jordanienne et Bagdad.
    L’an dernier, il a cosigné deux livres avec son ami Georges Malbrunot, correspondant du Figaro, du quotidien fribourgeois La Liberté et aussi parfois de la Radio suisse romande. Il s’agit de L’Irak de Saddam Hussein: portrait total» (Editions 1) et Les années Saddam, révélations exclusives (Fayard). Ce dernier ouvrage donne la parole à Saman Abdul Majid, qui fut pendant quinze ans l’interprète personnel du raïs.
    A. A.

     

    Tribune de Genève , 30 août 2004

  • Islamophobie

    « Il faut le dire clairement, il n’y a pas d’islamophobie en France ! »
    François Baroin, député de l’Aube et porte-parole de l’UMP, à l’émission Mots Croisés sur France2 (03.11.03).

    « Je suis un peu islamophobe, ça ne me gêne pas de le dire. J’ai le droit de penser que l’Islam
    — je dis bien l’Islam je ne parle même pas des islamistes —
    apporte une certaine débilité qui en effet me rend islamophobe »

    Claude Imbert, membre du Haut Conseil à l’Intégration et fondateur du magazine Le Point sur LCI (24.10.02).

    « C’est la nature intrinsèque de l’Islam qui pousse au crime. »
    Bernard Henri Levy, Le Monde (1997).

    « La religion la plus con, c’est quand même l’Islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… effondré »
    Michel Houellbecq, écrivain, dans une interview au mensuel Lire (2001).

    « Les fils d’Allah se multiplient comme les rats »
    Oriana Fallaci, journaliste, dans son roman La rage et l’orgueil (2002).

    « Quand on n’aime pas la République française, on va ailleurs ».
    Xavier Darcos, Ministre délégué à l’enseignement scolaire parlant des françaises voilées.

    « Le succès de Le Pen est un message aux Musulmans de se tenir tranquille,
    parce qu’il s’est toujours opposé à l’immigration musulmane. »

    Roger Cukierman, Président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France),
    journal israëlien Haaret’z , (23 avril 2002).

    « L’échec de l’intégration en France de 1,8 millions de musulmans qui vivent en repli et rejettent l’éducation républicaine,
    pour se vouer à l’extrémisme musulman »

    Nissim Zvili – Ambassadeur d’Israël en France – LCI (13.07.04)

    « Certains journalistes français issus de l’immigration maghrébine sont confrontés à la discrimination,
    sans doute parce qu’ils sont proches des tendances islamistes. »

    Blandine Kriegel, Présidente du Haut Conseil à l’Intégration à l’Elysée (18.03.04)

    « Il faudrait que les organisations religieuses, et notamment les imams des cités où il y a des agresseurs,
    fassent parvenir la bonne parole et indiquent que les actes antisémites sont insupportables »

    Roger Cukierman, président du Crif, après l’agression fictive du RER D (11.07.04)

    Le directeur de l’Agence juive, Salaï Meridor, a fait état d’une
    « islamisation croissante de l’Europe en raison du nombre de plus en plus élevé de musulmans. »

    Le Monde (25.05.2004)
     
    En parlant des musulmans, Patrick Declerck psychanalyste et écrivain, affirme :
    « en face, on s’organise. On s’organise, on planifie, on égorge et on décapite… »

    et d’ajouter : « je hais l’Islam ».
    Le Monde (12.08.2004)

    Attaque criminelle d’une mosquée
    Cette agression intervient au lendemain des délibérations du conseil municipal qui a statué sur la cession du local à l’association gestionnaire des lieux. Joint par téléphone, Mr GHERGUI Abdel Hakim, a indiqué que :  » environ 15 m2 d’espace ont été brûlés. Le ou les individus sont montés sur le toit de la mosquée en passant par les branches d’un arbre mitoyen avant de jeter un objet incendiaire dans la salle de prière. Nous avons pris des photos et nous avons porté plainte  » a précisé M. GHERGUI.

    Amara Bamba, http://www.saphirnet.info, Mardi 31 Décembre 2002

    Une mosquée visée par un attentat dans la banlieue de Lyon
    UN LIEU de culte musulman situé à Rillieux-la-Pape, dans la banlieue nord de Lyon, a été la cible d’un incendie d’origine criminelle dans la nuit du 26 au 27 décembre. Un ou plusieurs individus ont ouvert un vasistas et projeté un produit incendiaire qui a enflammé environ 15 m2 de moquette dans la principale salle de prière. Le feu ne s’est pas propagé grâce à la moquette ignifugée, selon Hakim Chergui, le président de l’association culturelle de la mosquée de Rillieux-la-Pape. Les enquêteurs excluent « pour le moment » tout lien avec le geste de vandalisme contre la grande mosquée de Lyon, aspergée de peinture bleu, blanche et rouge, dans la nuit du 27 au 28 décembre. Lundi, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant ce lieu de culte pour dénoncer « l’islamophobie latente » qui règne en France, selon Kamel Kabtane, le recteur de la grande mosquée. La manifestation réunissait des représentants des Eglises chrétiennes et le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag, ainsi que de nombreux élus, de droite comme de gauche.

    Le Monde – 01 janvier 2003 – http://www.lemonde.fr/web/recherche…4&finannee=2003


    Deux mosquées sont « visitées » à Nîmes (Gard).
    Les locaux techniques et les bureaux ont été saccagés et de l’argent dérobé.

    11 janvier 2003 – http://actu.voila.fr/Depeche/depeche_citoyen_040806125511.ouo9217f.html
     

    SIX NOUVELLES mosquées ont subi, ces derniers jours, des agressions.
    Selon une enquête menée par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), des jets de peinture bleue, blanche et rouge ont été perpétrés contre des mosquées de Lille-sud, Nanterre, Bordeaux, Melun, Paris 11e (rue Jean-Pierre Timbaud) et Paris 19e. Ces actions, qui se sont déroulées sur trois jours, samedi 25, dimanche 26 et lundi 27 janvier, ont été revendiquées par un groupuscule d’extrême droite, les comités Canal résistance, sur le site Internet SOS Racaille. Ce groupe s’était fait connaître en décembre 2002, lors de l’agression similaire qui avait touché la mosquée de Lyon. Le ministère de l’intérieur avoue ne pas être au courant de toutes ces agressions et ne connaître que celle de Melun. Le MRAP, qui dit surveiller de près la production de ce site Internet, avait alerté depuis plusieurs mois le ministère ainsi que l’ensemble des parlementaires sur sa dangerosité.

    Le Monde, 1er février 2003

    Un incendie détruit en partie une salle de prière musulmane
    dans le quartier populaire du Haut-du-Lièvre à Nancy (Meurthe-et-Moselle).

    26 mars 2003 – http://actu.voila.fr/Depeche/depeche_citoyen_040806125511.ouo9217f.html

    Des dégradations à la mosquée de Quimper
    Une enquête de police a été ouverte après le découverte, jeudi 6 février, de deux croix dessinées à la peinture rouge sur des piliers à l’entrée de la mosquée en construction de Quimper (Finistère). Deux autres croix ont été peintes sur les palissades de ce lieu de culte qui avait été l’objet d’un début d’incendie en janvier. Les responsables de la mosquée ont porté plainte. Un fax anonyme adressé au bureau de l’AFP à Rennes annonçait les dégradations dans la matinée du 6 février. « L’Islam ne régnera pas », indiquait le message qui a été envoyé des locaux d’une société créée par Michel Dor, un ancien responsable local du Front national, puis du Mouvement national républicain (MNR). M. Dor a reconnu que le numéro de téléphone relevé sur le fax correspondait bien à ses coordonnées. Il a, cependant, nié toute implication dans cette action. Les enquêteurs n’excluent pas une machination. Après avoir quitté le MNR à l’automne 2002 pour protester contre la stratégie électorale de son président, Bruno Mégret, M. Dor avait suscité la colère de certains sympathisants d’extrême droite.

    Le Monde – 9 février 2003 – http://www.lemonde.fr/web/recherche…4&finannee=2003

    Un lieu de culte musulman incendié à Nancy
    La police privilégie la piste criminelle après l’incendie qui s’est déclaré dans la nuit du mardi 25 au mercredi 26 mars dans un gymnase faisant office de mosquée, dans le quartier du Haut-du-Lièvre à Nancy. Le feu a démarré peu après 3 heures 30 du matin, alors qu’il n’y avait personne dans le bâtiment. Eteint vers 4 heures 15, il a ravagé une superficie de 200 mètres carrés. Les enquêteurs ont constaté sur place des traces d’effraction. Cet incendie, que la mairie de Nancy tient à « déconnecter du contexte international », intervient le jour même où était prévue avec les différentes associations de la communauté musulmane une réunion sur la nouvelle mosquée de Nancy. L’agglomération a entrepris une réflexion sur l’implantation d’un nouveau lieu de culte, plus adapté et plus respecteux de la communauté musulmane. Mais, selon certains témoignages, il y aurait autour de la question de la représentativité des associations participant au débat « une petite tension interne ».- (Corresp.)

    Le Monde – 27 mars 2003 – http://www.lemonde.fr/web/recherche…4&finannee=2003

    Attentat contre la Grande Mosquée de Paris
    Une bouteille enflammée a été lancée, dimanche 18 mai en début d’après-midi, en direction d’une porte de la Grande Mosquée de Paris, située place du Puits-de-l’Ermite, dans le 5e arrondissement. Aucun dégât n’a été constaté. L’auteur de ce geste a pris la fuite au volant d’une voiture qui était garée à proximité. La 3e Division de police judiciaire (DPJ) a été saisie de l’enquête

    Le Monde – 20 mai 2003 – http://www.lemonde.fr/web/recherche…9&finannee=2003

    En Corse, des organisations clandestines revendiquent des actions racistes
    Depuis six mois, des attentats visent les Maghrébins, leurs biens et leurs lieux de culte. Après le bon score réalisé sur l’île par le FN à l’occasion de la présidentielle, l’« immigration clandestine » est devenue un nouvel enjeu des débats locaux. Les nationalistes ont une position ambiguë . « Arabaccia ! » ( « Pourriture d’Arabes ! » ) « Arabi fora ! » ( « Les Arabes dehors ! ») Voilà, dans le texte, vite taggés sur les murs, les mots du racisme ordinaire en Corse.

    Le Monde – 18 juin 2003 – http://www.lemonde.fr/web/recherche…7-808827,0.html

    Plainte contre un tract d’extrême-droite.
    Le conseil des communautés juives de Seine-Saint-Denis a décidé de porter plainte contre les auteurs d’un tract distribué, ce week-end, dans un grand nombre de boîtes aux lettres des immeubles de Saint-Denis, Epinay et Villetaneuse. Ce document intitulé « Français nous vous haïssons » a, selon une source policière, vraisemblablement été rédigé par un groupuscule d’extrême-droite. Les rédacteurs se présentent comme des « Algériens et Arabes » avant de fustiger la France, les Français et la communauté juive. «Le ton et les formules nous font penser à la littérature d’extrême-droite, telle qu’Unité Radicale, dans le but de monter la population contre la communauté arabo-musulmane», précise l’enquêteur.

    Le Parisien, édition Seine-Saint-Denis matin, page 2, mercredi 20 août 2003

    Le militant d’extrême droite jugé à Paris.
    Florian Scheckler voulait « mourir en martyr » en se faisant exploser dans une mosquée parisienne. Il s’en était vanté auprès de ses amis du mouvement d’extrême droite Unité Radicale et de la mouvance catholique intégriste qu’il fréquentait assidûment. Chez lui, les policiers ont retrouvé des substances explosives et un testament appelant à la « croisade ». Interpellé fin janvier et écroué à la prison de la Santé, Florian Scheckler, presque 30 ans, comparaît aujourd’hui devant la seizième chambre du tribunal correctionnel de Paris. Me Sophie Soria entend demander la relaxe de son client qui encourt entre cinq et sept ans de prison.

    Le Parisien, mercredi 10 septembre 2003, page 17

    La porte d’une salle de prière mosquée de Dunkerque cible d’un incendie
    DUNKERQUE (AP) – La porte d’une salle de prière musulmane de Dunkerque (Nord) a été incendiée mardi soir sans faire de blessé, a-t-on appris mercredi auprès du commissariat de Dunkerque. Des croix gammées à l’envers ont été inscrites sur la porte qui a été endommagée. Un produit inflammable a été jeté contre la porte de cette salle de prière de l’association du croissant de l’Islam qui était vide au moment des faits, a précisé la police qui a été prévenue par des riverains. Des analyses sont en cours pour déterminer la nature du produit et l’enquête a été confiée à la sûreté urbaine de la ville. Les deux croix gammées étaient mal recopiées, inscrites dans le mauvais bon sens, selon la police.

    © AP – The Associated Press,. 26 Novembre 2003

    Boucherie hallal visée en Corse
    Une boucherie hallal a été légèrement endommagée par un attentat à l’explosif dans la nuit de dimanche à lundi à Porto-Vecchio, en Corse-du-Sud. L’attentat n’a été ni revendiqué ni signé. Une inscription « droga fora » (la drogue dehors) a été peinte sur le mur du commerce. »

    TF1 – Lundi 01 décembre 2003 – 01h54

    Tempête autour de la mosquée
    par Stéphane Lavignotte
    À quoi joue la mairie de Strasbourg ? Après des années de rebondissements (voir encadré), les 40 000 musulmans de l’agglomération pouvaient enfin espérer voir leur projet de grande mosquée sortir de terre. Patatras ! Un courrier des élus municipaux a tout remis en cause, apparemment. Le 17 novembre, en plein conseil municipal, deux jours après la signature du permis de construire, Catherine Trautmann, ex-maire PS, aujourd’hui dans l’opposition, rendait public un courrier envoyé aux administrateurs de la Grande Mosquée par son successeur, Fabienne Keller et Robert Grossmann, maire délégué (et président de la Communauté urbaine). Le duo pose de curieuses conditions pour la participation financière de la mairie au projet (1). En vrac : ils citent des personnes qu’ils aimeraient voir élues au conseil d’administration ; « les prêches ou sermons (des) imams [doivent se faire] en français et non pas en arabe » ; l’accueil de « cours de religion » pour les enfants est jugé surprenant. Cerise sur le gâteau : « alors que la délinquance se développe à nouveau ces dernières semaines, écrivent les deux élus, votre place à Strasbourg et ce projet de nouvelle mosquée auraient tout de même dû avoir des effets positifs, quant à l’influence de vos responsables sur les populations que vous côtoyez. » Des affirmations qui ont choqué, entre autres, les Églises chrétiennes locales. Ove Ullestad, responsable protestant pour les relations avec l’islam rappelle que « les pouvoirs publics n’ont pas à s’immiscer dans l’organisation du culte. Le choix de la langue pour les prêches est de cet ordre ». Un sujet sensible dans une région où l’allemand et l’alsacien sont utilisés dans les cultes protestants, le yiddish et l’hébreu dans certaines synagogues et même le latin pour un culte catholique traditionnel hebdomadaire…
    Que cherche la mairie de Strasbourg par un courrier tellement maladroit qu’il aurait jeté la consternation jusqu’au cabinet de Nicolas Sarkozy ? Faire capoter le projet ? En effet, ordinairement en Alsace, le financement à hauteur de 10 % par la ville ouvre presque automatiquement d’autresaides : 10 % supplémentaire par le Conseil général et encore 10 % par la Région. Un tiers du financement pourraient ainsi être remis en cause. Adderrahim El Heloui, un des initiateurs du projet, a immédiatement fait savoir que « la communauté musulmane pourrait se passer du financement de la mairie ».
    Cette pression municipale n’est pas nouvelle. La majorité UMP a déjà fait supprimer du projet les bâtiments prévus pour l’action sociale et les animations culturelles. Elle a aussi fait réduire d’un tiers la surface de la salle de prière, fait en sorte qu’il n’y ait pas de minaret comme il était prévu avec l’ancienne municipalité…
    Faut-il chercher une explication plus politicienne ? Lors des dernières législatives, malgré la vague UMP, Robert Grossmann avait échoué de 121 voix face au socialiste Armand Jung (le seul élu de gauche). L’extrême droite alsacienne (pour une fois unie) avait appelé à faire battre celui-ci au second tour. En cause, notamment, un manque de clarté sur le projet de mosquée. Moins de la moitié des voix d’extrême droite du premier tour avait « échappé » à Grossmann. « Est-ce une maladresse ou un gage donné à cette partie de l’électorat à quelques mois de nouvelles échéances ? », s’interroge Gérard Janus, président du mouvement protestant de lutte contre l’extrême droite « Comprendre et s’engager » « Il y a des choses qui ne devraient pas faire l’objet d’enjeux politiciens, comme l’antisémitisme ou la place de l’islam. Et malheureusement, à droite comme à gauche, aucun parti n’échappe à l’instrumentalisation de ces questions », conclut Gérard Janus.
    (1) En Alsace-Lorraine où la loi de 1905 ne s’applique pas, 10 % du coût de construction d’un édifice religieux est pris en charge par la collectivité locale.

    Témoignage Chrétien, Décembre 2003

    Cocktails molotov devant une mosquée : émoi dans la communauté musulmane
    Des représentants de la communauté musulmane d’Avignon ont appelé vendredi à manifester contre la multiplication des actes racistes après la découverte jeudi de cocktails molotov devant l’entrée d’une mosquée et d’une association musulmane de la ville. Le rassemblement de protestation est prévu samedi devant la préfecture du Vaucluse à Avignon, a-t-on indiqué de même source. « Un autre lieu de culte avait déjà connu un incident similaire. La mosquée de la Rocade (ceinture routière autour des remparts de la Cité des papes, ndlr) a également été cambriolée et plusieurs portes défoncées. On reçoit également des lettres d’injures », a expliqué à l’AFP Mohamed Moussaoui, imam et vice-président du Conseil régional du culte musulman.
    « Ce type d’actes que je peux qualifier +d’islamophobie+ commence à se multiplier et cela nous inquiète. On assiste à un regain d’intolérance et de racisme qui ne vise pas uniquement la communauté musulmane, auquel il faut mettre un terme. Il faut dire d’une voix forte : ces actes sont intolérables », a-t-il ajouté.
    Jeudi matin, quatre cocktails molotov dont la mèche a fait long feu avaient été découverts devant la mosquée Monclar, au sud d’Avignon. Deux autres engins incendiaires avaient également été déposés devant les locaux d’une association musulmane « jeunesse énergie avignonnaise », dans le quartier de la Croix des oiseaux, sans faire plus de dégât. Les responsables des deux structures ont porté plainte. « On voudrait donner un avertissement, qu’on ne s’y prendrait pas autrement », a estimé un policier surpris par le modus operandi. « Quand on veut perpétrer un attentat, on s’y prend autrement », a-t-il ajouté.

    La Croix – samedi 13 décembre 2003 – http://marseille.naros.info/breve.php3?id_breve=373

    Châlons-en-Champagne Dégradation à la mosquée
    « Ca commence par bien faire », s’énerve Djilali Benmohammed, le trésorier de la mosquée Nour El Islam de Châlons-en-Champagne.

    L’Union – 26 déc 2003

    PARIS, 5 mars (AFP) –
    Incendie de mosquées en Haute Savoie: Perben demande une sévérité maximum

    Le ministre de la Justice Dominique Perben a demandé vendredi au parquet une sévérité maximum après l’incendie de deux mosquées en Haute-Savoie, a indiqué la Chancellerie. M. Perben a demandé au procureur général que cette infraction tombe sous le coup de la loi de février 2003 qui double le maximum de la peine encourue en cas de motivation raciste, a-t-on indiqué de même source. Selon cette loi, le maximum de la peine pour destruction par incendie ou explosif, passe de 10 à 20 ans de prison. Les deux incendies volontaires ont détruit une salle de prière à Seynod (Haute-Savoie) et endommagé la chaufferie de la mosquée d’Annecy.

    La Croix, samedi 6 mars 2004, http://www.la-croix.com/afp/index.j…1000&rubId=1295

    Deux lieux de culte musulman pris pour cibles
    Un engin incendiaire a été lancé, dans la nuit du mardi 30 au mercredi 31 mars, contre la grande mosquée de Creil (Oise), provoquant des dégâts limités. L’engin, un bidon contenant du white-spirit muni d’un chiffon en guise de mèche, a été jeté en pleine nuit face à l’entrée principale de la mosquée. Le feu a été rapidement éteint par plusieurs jeunes gens qui se trouvaient sur les lieux et l’incident n’a laissé qu’une trace noire sur le sol. Dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 mars, des inconnus avaient lancé un engin incendiaire sur un lieu de culte musulman situé à l’intérieur d’une usine, à Vecqueville (Haute-Marne), provoquant de légers dégâts. Le lieu de prière avait fait l’objet de tags à caractère raciste en février.

    Le Monde – 2 avril 2004 – http://www.lemonde.fr/web/recherche…ge=10&nb_art=38

    Discriminations scandaleuses
    par Michel Cool
    Deux lieux de culte musulman ont été victimes d’incendies criminels la semaine passée à Annecy (Haute-Savoie). En une nuit et à quelques heures d’intervalles. Une nuit effrayante de feux racistes, comme la croix celtique, emblématique de l’extrême droite, dessinée sur le mur d’un des édifices, paraît l’indiquer. Si les flammes n’ont que partiellement abîmé le local technique de la mosquée, elles ont, par contre, ravagé la chaire à prêcher, les tapis et les livres de la salle de prière de la banlieue annecienne de Seynod. « Ce n’est pas un acte de vandalisme, c’est un attentat. Or, aucune personnalité politique de premier plan n’est là », a déploré Kamel Kabtane, président du conseil régional du culte musulman (CRCM). Trois cents personnes avaient manifesté en silence le 6 mars devant le sanctuaire incendié. Un représentant catholique local était présent, mais aucune personnalité politique de la ville, du département ou de la région. Cette absence a été ressentie comme du mépris par les Français arabo-musulmans locaux, pratiquants ou non. Les réactions tardives des pouvoirs publics n’en ont que plus alourdi les cœurs et les rancœurs, alors que la France connaît depuis plusieurs mois une recrudescence d’actes islamophobes.
    L’enquête que nous publions n’allègera pas le mal-être profond de nos compatriotes qui, parce que leurs noms fleurent la Méditerranée ou la brousse africaine, continuent à être considérés comme des citoyens de seconde zone, dans la société française. Moins de 3 % des candidats issus des Dom-Tom ou d’origine étrangère sont en position éligible sur les listes pour les régionales. Cette discrimination négative est un scandale ! La droite avait promis monts et merveilles en arrivant au pouvoir. Elle avait même innové en nommant deux secrétaires d’État d’extraction arabe. À deux semaines du premier tour, les « beurs » exclus de ses listes ruent dans les brancards. Les plus déçus appellent au vote sanction. La gauche sauve l’honneur. Les communistes et les socialistes ont fait un effort pour métisser leurs candidatures. Mais les militants politiques et associatifs qui ont mené d’arrache-pied ce « combat culturel » confessent avoir remporté une victoire à la Pyrrhus. Il leur a fallu, en effet, déjouer les calculs électoralistes et clientélistes de circonstance. Ils ont dû négocier et ramer jusqu’à la dernière minute avant la clôture définitive des listes. Pour repeindre la République aux couleurs réelles de la France, ouvrir les portes des mairies et des assemblées ne suffira pas. Il faudra aussi ouvrir les mentalités, changer la politique, démocratiser les partis ! Car le paysage actuel décrit par Karim Bourtel est tout simplement surréaliste : « À ce jour, relève-t-il, la France ne compte aucun sénateur ou député issu de l’immigration. Ils sont 4 sur 1 829 à siéger dans les conseils régionaux et, dans le meilleur des scénarios, ils seront une cinquantaine fin mars. »
    Les attentats racistes et la discrimination négative aux élections qui visent ces citoyens à part entière, ne souffrent aucune excuse ni omission d’une République laïque qui vient de manifester solennellement par une loi sa fidélité aux valeurs de tolérance et d’égalité. « Avant que nous soyons issus de l’immigration ou de l’islam, nous sommes comme tout Français, d’abord issus de nos parents », rappelle Hakim El Ghissassi, directeur du magazine La Medina. Il est grand temps de répondre à l’envie de vivre ensemble partagée par des millions de Français d’origines différentes. La majorité silencieuse. Il est temps d’accorder les violons de la République à leurs voix pour faire vibrer une symphonie démocratique.

    Témoignage Chrétien – 10 mars 2004 http://www.temoignagechretien.fr/jo…099&categ=Edito

    L’armée et l’Islam
    Pour la première fois, un chargé de mission spécialiste de l’islam va être nommé auprès du chef d’état-major des armées, le général Henti Bentégeat. Officiellement, le but est d’aménager au mieux les rapports entre l’armée professionnelle et cette religion, de très nombreux engagés étant « musulmans ». Officieusement, certains stratèges s’inquièteraient d’une éventuelle montée de l’islamisme dans les casernes.

    Le Parisien Samedi 10 avril 2004 p.4

    Une salle de prière musulmane vandalisée à Haguenau
    HAGUENAU (AP) — Une enquête de police a été ouverte après les actes de vandalisme dont a été la cible l’une des deux salles de prière musulmanes de Haguenau (Bas-Rhin) au cours de la nuit de mercredi à jeudi, apprend-on de source policière. Une poubelle avait été placée devant la porte d’entrée de l’édifice, une ancienne morgue mise à la disposition de la communauté islamique par la mairie. Le feu mis au conteneur a endommagé la porte d’entrée. Les tags, notamment des croix gammées, ont été dessinés sous le porche. L’année dernière, l’Association culturelle islamique de Haguenau avait reçu une lettre anonyme contenant des propos xénophobes. La porte-parole du Parti socialiste Annick Lepetit a «condamné vigoureusement» dans un communiqué cette profanation. «Nous demandons au gouvernement français une détermination sans faille pour condamner ces actes scandaleux» et «rechercher les coupables», écrit-elle.

    Le NouvelObs – jeudi 16 avril 2004 – http://permanent.nouvelobs.com/soci…P5390.html?1303

    Croix gammées sur le portail d’une mosquée de Strasbourg
    STRASBOURG (AFP) – Des croix gammées ont été tracées dans la nuit de lundi à mardi sur le portail d’une mosquée de Strasbourg, a-t-on appris de source policière. Une inscription « morts au arabe » (sic) a également été apposée sur un mur d’enceinte de cette mosquée du quartier de la Meinau, fréquentée en majorité par la communauté turque. Deux poubelles extérieures ont été incendiées sans causer de dégâts au bâtiment. L’imam de la mosquée, qui réside sur place, a entendu du bruit vers 02h00 et a pu éteindre le feu, ont précisé lors d’une conférence de presse les responsables de la mosquée Eyyub Sultan, qui ont déposé plainte. « Nous condamnons cet acte inacceptable, qui n’est pas le premier malheureusement », a déclaré le porte-parole de la mosquée, Cengiz Dogan. « Cet acte odieux vise la communauté musulmane dans son ensemble et s’inscrit dans un climat local dans lequel des actes de nature raciste et islamophobe se multiplient », a ajouté Abdelhaq Nabaoui, président du conseil régional du culte musulman d’Alsace, qui a énuméré plusieurs événements « similaires » ces dernières semaines dans la région. La semaine dernière, une mosquée de Haguenau (Bas-Rhin) avait été victime d’une tentative d’incendie et deux croix gammées avaient été tracées sur le bâtiment. Une entreprise de pompes funèbres de Oberhausbergen, près de Strasbourg, a également fait l’objet la semaine dernière d’une tentative d’incendie et d’inscrition de croix gammées, selon M. Nabaoui. Enfin, début avril, cinq pierres tombales –quatre musulmanes et une juive– du cimetière militaire du quartier strasbourgeois de Cronenbourg ont été profanées, notamment par l’inscription de croix gammées.

    L’express – mardi 20 avril 2004 – http://www.lexpress.fr/info/infojou…que=france&1630

    Le Club Averroes lance un appel à boycotter
    le colloque du Haut Conseil à l’Intégration sur la diversité dans les médias

    Par le Club Averroès
    Nous journalistes, producteurs, comédiens, scénaristes, artistes… tous membres du Club AVERROES* tenons à réagir vivement aux propos « discriminants » tenus par Mme Blandine Kriegel, Présidente du Haut Conseil à l’Intégration (HCI), le 18 mars dernier à l’Elysée. Sur la question de la discrimination qui pèse sur les journalistes issus de l’immigration, l’analyse de Madame Blandine Kriegel est simpliste : « certains journalistes français issus de l’immigration maghrébine sont confrontés à la discrimination, sans doute parce qu’ils sont proches des tendances islamistes.. » Une réunion en vue de l’organisation par le HCI, d’un Colloque sur la Diversité Culturelle dans les médias audiovisuels s’est tenue en compagnie des membres du Club Averroes. Déballage malencontreux ? acte isolé ? ou aveu d’une véritable « suspicion » à l’égard des jeunes Français de culture musulmane ? La question subsiste car la remarque de Madame Kriegel fait suite aux positions clairement islamophobes de Claude Imbert. Il est ahurissant de constater que des Intellectuels, nommés par le Président de la République, puissent tenir des propos aussi scandaleux alors que la mission première du HCI est de favoriser une meilleure intégration des minorités dans notre pays. Ces propos, récurrents et insidieux, démontrent que l’amalgame qui est fait entre les Français de culture musulmane et les intégristes est toujours présent, et qu’il est plus que jamais ancré au HCI. Aujourd’hui les déclarations malheureuses du HCI minent la conduite d’une bonne politique d’intégration en France des populations d’origine étrangères. Des dérives qui font que cette institution a perdu aujourd’hui toute crédibilité et donc toute légitimité à l’égard de ceux qu’ils sont censés représenter. Le Club Averroes qui depuis 7 ans mène une action en profondeur sur un sujet sensible comme la diversité dans les médias français, déplore que le HCI ait davantage le souci de canaliser les « énergies » que celui d’organiser l’_expression libre des sensibilités dans un débat essentiel pour la cohésion nationale. C’est pourquoi les membres du Club AVERROES ont décidé de boycotter ce colloque…tout en se réservant le droit d’une participation alternative.

    Oumma.com – jeudi 22 avril 2004

    Sept agressions racistes contre les musulmans d’Alsace
    Par Marine JOBERT
    «Pour ne pas échauffer les esprits, on n’en parlera pas à la prière», assure le recteur d’une des mosquées de Strasbourg. Mais «l’inquiétude» est là, chez tous les membres de la communauté musulmane alsacienne, trois semaines après le début d’une série de sept agressions non élucidées contre des lieux de culte, des commerces ou des lieux fréquentés par des musulmans. Le conseil régional du culte musulman (CRCM) appelle à un rassemblement ce samedi après-midi à 15 heures, place Kléber à Strasbourg, «pour dire à ceux qui ont commis ces actes que la communauté et l’ensemble des Strasbourgeois ne tolèrent pas leurs idées fascistes et nazies», explique Abdellah Boussouf, vice-président du CRCM. Au début du mois, cinq pierres tombales d’anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale ­ quatre sépultures musulmanes, une sépulture juive ­ sont profanées par des croix gammées au cimetière militaire de Cronenbourg. Le 15 avril, la mosquée d’Haguenau, essentiellement fréquentées par des Marocains, manque de partir en fumée et deux croix gammées sont retrouvées sur la façade. Dans les jours qui suivent, les seules pompes funèbres musulmanes de la région sont aussi visées par un début d’incendie. Au feutre, sur la façade, encore des croix gammées. Même scénario le 19 avril à la mosquée la plus fréquentée d’Alsace, nommée Ayyoub Sultan, dans le quartier de la Meinau, où 4 000 fidèles d’origine turque se rassemblent chaque vendredi. Des murs de l’université sont également couverts d’insultes contre la communauté musulmane. Jeudi, des insultes antiarabes et islamophobes ­ «Islam dehors», «Mort aux Arabes» ­ sont retrouvées dans la cage d’escalier d’un immeuble de l’Elsau, avant qu’une épicerie halal, tenue par un Algérien, soit dévastée par un incendie à Koenigshoffen. Personne n’a été interpellé encore, mais les regards se tournent vers des sympathisants de l’extrême droite, qui a rassemblé un tiers des votants au premier tour des régionales. «On ne veut pas dire que les Alsaciens sont des racistes ou des islamophobes, insiste Abdellah Boussouf. Mais on a cultivé la peur pendant la campagne.» Des représentants des Eglises catholique, protestante, luthérienne, réformée, évangélique, orthodoxe et anglicane ont condamné les agressions, ainsi que la communauté juive.

    Libération – 24 avril 2004 – http://www.liberation.fr/page.php?Article=199434&AG

    Nouvelle attaque contre des mosquées
    Dans la nuit de vendredi à samedi à Alençon, trois lieux de culte musulman, dont la mosquée située au quartier Saint-Léonard (mais aussi les locaux rue Jean-Mantelet et rue Michelet à Perseigne) ont fait l’objet de dégradations diverses : vitres brisées, portes détériorées, etc…
    L’émotion est d’autant plus forte que dans la semaine précédant ces exactions, un communiqué en forme de mise en demeure est arrivé dans la boîte à lettres de certains commerçants de Perseigne d origine étrangère. Communiqué envoyé à la presse et signé d un mystérieux CDFP, inconnu au fichier officiel des associations, se targuant d être le Collectif de défense des Français de Perseigne. Les services de la préfecture n’écartent aucune hypothèse et pour l’heure, les communautés musulmanes prônent la sérénité.
    Source nordsarthe.com.

    Oumma.com – mardi 27 avril 2004

    Une future mosquée turque cible de dégradations dans la Loire
    SAINT-ETIENNE (AP) — Un bâtiment qui doit accueillir une mosquée turque à Saint-Just-Saint-Rambert (Loire) a été la cible de dégradations dans la nuit de vendredi à samedi, a-t-on appris lundi de source judiciaire. Les responsables de l’Association culturelle et sportive turque de Saint-Just-Saint-Rambert, abritant la mosquée qui doit être inaugurée le mois prochain, ont déposé plainte auprès de la gendarmerie après la découverte d’inscriptions injurieuses et racistes, ainsi que des croix gammées dessinées sur la façade de l’édifice, dont une fenêtre a été brisée et une porte incendiée. Les membres de cette association à caractère social, créée en 1976 dans cette ville de l’agglomération stéphanoise, sont réputés calmes et ne posent pas de problèmes de voisinage, précisait-on de même source. AP

    Le Nouvel Obs – 3 mai 2004, http://archquo.nouvelobs.com/cgi/ar….nouvelobs.com/

    Brigitte Bardot au tribunal jeudi pour provocation raciste
    PARIS (AFP), le 05-05-2004
    Brigitte Bardot, déjà reconnue coupable dans le passé de provocation à la haine raciale, est de nouveau poursuivie jeudi pour des écrits présumés racistes dans son ouvrage pamphlétaire paru en mai 2003 aux éditions du Rocher, « Un cri dans le silence ». Selon son secrétariat à la Fondation Brigitte Bardot, celle qui s’illustre désormais dans la défense des animaux entend bien se présenter à partir de 13H30 devant les juges de la 17e chambre du tribunal chargés de l’affaire. Ces poursuites, qui visent aussi les éditeurs de l’ex-égérie du cinéma français, sont intentées par le MRAP et la Ligue des droits de l’Homme (LDH), qui estiment notamment que « le racisme n’est pas une opinion en France mais un délit » et que Mme Bardot est une « multirécidiviste ». Dans son assignation à comparaître, la MRAP vise notamment le passage suivant : « On n’a plus le droit d’être scandalisé quand des clandestins ou des gueux profanent et prennent d’assaut nos églises pour les transformer en porcheries humaines, chiant derrière l’autel, pissant contre les colonnes, étalant leurs odeurs nauséabondes sous les voûtes sacrées des choeurs ». « Je suis contre l’islamisation de la France ! Cette allégeance obligatoire, cette soumission forcée me dégoûtent… nos aïeux, les anciens, nos grands-pères, nos pères, ont donné leur vie depuis des siècles pour chasser les envahisseurs successifs », écrit encore l’ancienne actrice. Autre passage visé par la plainte : « Nous voilà réduits à tirer une fierté politiquement correcte à nous mélanger, à brasser nos gênes, à faire allégeance de nos souches afin de laisser croiser à jamais nos descendances par des prédominances laïques ou religieuses fanatiquement issues de nos antagonismes les plus viscéraux ». Pour le MRAP, « de tels propos renferment sans aucune équivoque une véritable provocation à la haine et à la discrimination raciale ». En octobre 2001, la Cour de cassation avait déjà définitivement reconnu coupable Brigitte Bardot de provocation à la haine ou à la violence raciales pour un texte intitulé « Lettre ouverte à ma France perdue ». Dans cet écrit, elle critiquait le nombre d’immigrés musulmans en France, leurs pratiques d’égorgement des moutons lors de l’Aïd-el-Kébir et le nombre de mosquées « pendant que nos clochers d’églises se taisent faute de curés », se demandant si elle n’allait pas devoir quitter la France, faute d’y trouver « le respect et l’estime qui (lui) sont quotidiennement refusés ».

    AFP – 5 mai 2004 – http://actu.voila.fr/Article/articl…5.ciwc8kx5.html

    Mourad, poil à gratter du maire de Villemomble
    L’agent d’entretien n’entretenait pas sa barbe. Le tribunal administratif de Cergy (95) va faire connaître « dans les prochains jours » son jugement dans le conflit qui oppose la mairie de Villemomble (93) à un ex-employé de la piscine municipale. Mourad Lamsanes, musulman, a été licencié début avril pour avoir refusé de tailler sa barbe. « Le port du masque de protection, indispensable pour manier le chlore, est incompatible avec une barbe fournie », fait valoir le maire (UMP) Patrice Calméjane. « L’_expression d’une conviction religieuse ne peut être tolérée dans une piscine municipale ouverte à tous les publics », ajoute par ailleurs le maire. « Il s’agit d’un affichage ostensible de signe religieux », plaide l’avocat de la ville. « M. Lamsanes est grosso modo maghrébin, porte grosso modo une barbe, est grosso modo musulman, donc c’est un terroriste », ironise Me Stéphane Maujendre, qui défend l’agent d’entretien. Son client se dit d’ailleurs victime de « racisme religieux ». « Il est clair que le masque employé est incompatible avec une barbe, reconnaît l’avocat. Mais il existe des cagoules, qui ont la même fonction et que M. Lamsanes n’a jamais refusé de porter », rétorque celui-ci.

    20 minutes – Mercredi 19 mai 2004

    Le domicile d’un responsable musulman vandalisé à Strasbourg
    STRASBOURG (Reuters) – Des inscriptions néonazies ont été découvertes lundi matin près du domicile d’un membre du Conseil régional du culte musulman d’Alsace, a-t-on appris de source policière et préfectorale. Une poubelle a également été incendiée contre le mur de sa maison, qui a été noirci. Les faits se seraient produits entre 06H00 et 06H30 du matin. Alerté par l’odeur de la fumée, Aziz El Alaouani, qui habite une maison individuelle dans le quartier de Cronenbourg, est sorti et a découvert sur le mur des croix gammées ainsi que des inscriptions « Heil Hitler » et « Elsass Frei » (Alsace libre). La police judiciaire a été saisie de l’enquête. Le sous-préfet de permanence, Jacques Witkowski, s’est entretenu avec Aziz El Alaouani pour lui exprimer sa solidarité. « Nous lui avons exprimé notre totale réprobation et notre condamnation de ces faits », a-il indiqué à Reuters, précisant avoir donné pour instruction à la police de mobiliser « tous les moyens nécessaires » pour mener à bien cette enquête. Cette agression s’ajoute à une liste importante d’actions racistes visant les communautés musulmane et juive en Alsace depuis deux mois. Des croix gammées ont été apposées courant avril sur plusieurs mosquées et autres lieux habités par des musulmans à Haguenau et Strasbourg, dans le Bas-Rhin. Ces actes étaient le plus souvent accompagnés de feux de poubelles. Le 30 avril, des croix gammées et des slogans nazis étaient découverts dans le cimetière juif de Herrlisheim (Haut-Rhin) où 127 tombes étaient profanées. Deux jours plus tard, un cimetière chrétien, à Niederhaslach (Bas-Rhin), était à son tour souillé par des symboles nazis.

    Reuters – 31 mai 2004

    Graffitis néo-nazis au collège
    Dix graffitis racistes et néo-nazis ont été découverts hier sous le préau du collège du Nonnenbruch à Lutterbach. Une enquête pour apologie de crimes contre l’humanité a été ouverte. Il était un peu plus de 7 h mardi matin quand l’agent chargé de l’entretien de ce collège qui accueille 640 élèves a donné l’alerte en découvrant sur les murs du préau et sur le sol une dizaine de tags. Réalisées avec des bombes de peinture bleue et noire, les inscriptions mesurant pour certaines 30 cm de haut et1 m de large étaient des slogans racistes anti-arabes, anti-noirs, et des slogans à la gloire de Hitler. Des graffitis suffisamment scandaleux pour que, dans un contexte de multiplication d’actes racistes en Alsace, le sous-préfet de Mulhouse, Jean-Claude Fonta, le procureur de la République, Régis Delorme, le commandant de la compagnie de gendarmerie de Mulhouse, le capitaine Vincent, et le maire de Lutterbach, André Clad, se rendent sur place tandis que la principale, Fabienne Rusterholtz, effectuait une première information auprès des élèves (lire ci dessous). La cellule Herrlisheim associée « Il s’agit de tags de caractère nazi essentiellement à vocation raciste, pas antisémite », a précisé le procureur mulhousien, « ils ont été commis entre samedi et lundi, vraisemblablement lundi soir ». Evoquant une affaire voisine survenue ce week-end à Leimbach, près de Thann, et jugée le matin même à Mulhouse (lire plus bas), Regis Delorme a dénoncé « un phénomène de propagation depuis la profanation du cimetière juif d’Herrlisheim, un phénomène d’entraînement relativement inquiétant qui concerne un certain nombre de jeunes ». L’enquête a été confiée aux gendarmes de Lutterbach, de la brigade de recherche de Mulhouse et de la brigade de recherche départementale de Colmar. Les techniciens d’investigation criminelle sont venus photographier les tags. « La cellule d’investigation constituée après Herrlisheim va travailler sur l’ensemble de ces faits », a encore précisé le procureur, « des études sont en cours pour savoir si des rapprochements concernant la peinture utilisée, les écritures ou les fautes, peuvent être réalisés », a t-il ajouté, bien que cette hypothèse ne soit pas, a priori, privilégiée. Parallèlement donc, la gendarmerie a commencé une enquête de voisinage sur les allées et venues du week-end et une enquête au sein du collège pour identifier des jeunes ayant des problèmes disciplinaires ou professant des propos ouvertement racistes. L’apologie de crimes contre l’humanité expose les taggeurs à une peine maximale de cinq ans de prison.

    Dernières nouvelles d’Alsace – 2 juin 2004

    Inscriptions racistes dans un collège du Haut-Rhin: 2 adolescents arrêtés
    Deux adolescents de 14 ans ont été placés en garde-à-vue jeudi dans l’enquête sur des inscriptions pro-nazies et racistes taguées au cours du week-end de la Pentecôte sous le préau d’un collège de Lutterbach, près de Mulhouse (Haut-Rhin), a-t-on appris auprès de la gendarmerie et du parquet de Mulhouse. Les deux adolescents ont reconnu avoir inscrit les mots « Hitler on t’aime », « Hitler nous t’attendons », « les nègres au four », « vive la France » ainsi qu’une croix gammée à l’aide de bombes de peinture noire et bleue. Ils ont expliqué qu’ils étaient « racistes », qu’il y avait « trop d’Arabes » dans leur collège, et qu’ils avait agi en réaction aux inscriptions « mort aux flics » taguées selon eux par ces mêmes Arabes, a précisé le parquet de Mulhouse. Les deux jeunes ont également indiqué qu’ils avaient été inspirés par les nombreux incidents et inscriptions à caractère raciste qui se sont multipliés ces dernières semaines en Alsace, notamment la profanation de 127 tombes, le 30 avril dernier, dans le cimetière juif de Herrlisheim, près de Colmar. Ils seront présentés vendredi au parquet des mineurs de Mulhouse qui va les poursuivre pour apologie de crime contre l’humanité et dégradation de bien public. Un troisième adolescent, également arrêté jeudi, a été mis hors de cause.

    AFP – 4 juin 2004

    Trois tombes musulmanes détériorées dans un cimetière marseillais
    Trois tombes musulmanes ont été dégradées dans un cimetière marseillais et des croix gammées, faites de gravillons, ont été laissées à proximité des sépultures, a-t-on appris mercredi de source policière. La profanation a été constatée vers 15h00 par le gardien du cimetière du Canet, dans le nord de Marseille. Des plaques commémoratives avaient également été brisées. Le dessin des croix gammées était erroné. Les tombes n’étaient pas dans un carré spécifiquement musulman mais réparties au milieu de tombes chrétiennes. Le préfet délégué à la sécurité Bernard Squarcini s’est rendu sur place en fin d’après-midi « afin d’exprimer l’émotion de l’Etat à l’égard de la communauté musulmane », a indiqué la préfecture dans un communiqué. Le sénateur-maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, a « condamné avec la plus grande fermeté », ces actes « odieux et intolérables », en disant « partager l’émotion de la communauté musulmane ». Dans un communiqué, M. Gaudin précise qu’il « suivra avec beaucoup d’attention le déroulement de l’enquête judiciaire » qui, « espère-t-il », « permettra d’identifier et de punir sévèrement les responsables de ces actes honteux et barbares ».

    France 3 – 9 juin 2004

    Plusieurs dizaines de tombes musulmanes profanées à Strasbourg
    Plusieurs dizaines de tombes musulmanes ont été profanées par des inscriptions néo-nazies dans la nuit de dimanche à lundi dans un cimetière de Strasbourg, a-t-on appris auprès de la police et du Conseil régional du culte musulman (CRCM). Les dégradations, des croix gammées et des inscriptions « HH » (pour « Heil Hitler » et « 88 » (signe néo-nazi) ont été découvertes lundi matin dans le carré musulman du cimetière de la Meinau, au sud de l’agglomération strasbourgeoise. La communauté musulmane de Strasbourg a fait l’objet depuis début avril d’une série de dégradations et graffitis à caractère raciste: croix gammées et inscription « mort aux Arabes » sur un magasin d’alimentation tenu par un musulman, mosquées dégradées par des croix gammées et des tags racistes, entreprise de pompes funèbres musulmane profanée. La communauté juive d’Alsace a également été touchée à plusieurs reprises par des dégradations antisémites, notamment dans le cimetière juif d’Herrlisheim, près de Colmar, où 127 tombes ont été profanées fin avril.

    AFP – 14 juin 2004

    Tirs contre une mosquée près de Valenciennes
    LILLE – Un impact de balle de gros calibre a été relevé vendredi matin dans la porte d’une mosquée d’Escaudain, près de Valenciennes (Nord), et deux autres dans une vitre, a-t-on appris de source policière. C’est l’imam de la mosquée qui a découvert, en arrivant en ce jour de prière pour les musulmans, les impacts de balles et des injures à caractère raciste peintes sur un mur de l’édifice. Des voisins ont dit aux policiers avoir entendu vers 1h00 du matin des bruits ressemblant à des coups de feu puis le démarrage en trombe d’une voiture. Dans un communiqué publié vendredi matin, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) a exigé « des sanctions » contre les responsables de tels actes. Le Mrap rappelle que cet acte n’est pas isolé mais que depuis plusieurs semaines des cimetières et des lieux de culte ont été pris pour cible. Samedi dernier, la mosquée de Lens, dans le Pas-de-Calais, avait été souillée par des inscriptions xénophobes.

    Libération – 18 juin 2004

    Des inscriptions racistes et une croix gammée taguées sur la mosquée de Lens
    Une croix gammée et des inscriptions racistes faisant référence à Hitler ont été taguées le week-end dernier sur la mosquée de Lens (Pas-de-Calais).

    France 3 – 17 juin 2004

    A Saint-Claude, le maire cherche des têtes de Turcs
    Dans une lettre adressée à Sarkozy, l’édile se plaignait de mille maux attribués aux immigrés. Ses élucubrations rendues publiques, il est poursuivi par SOS Racisme.
    Pour un peu, il ne se serait rien passé à Saint-Claude, sous-préfecture du Jura, 12 798 habitants, dont, selon les comptes de la préfecture, 2 643 étrangers au 31 mars 2004. A peine un incident sur une lettre «contestable sur la forme mais pas sur le fond», dit son auteur, Jean-Louis Millet, maire de la ville et tête de la liste de Philippe de Villiers pour l’Est aux élections européennes du 13 juin. Les affiches du «vicomte» et de son «Non à la Turquie à l’Europe» fleurissent sur les routes du Jura. «Prêts à 0 %». Jean-Louis Millet avait adressé le courrier le 1er octobre dernier au ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, avec copies en préfecture et en sous-préfecture. L’édile y lançait «un cri d’alarme face à l’afflux continuel et numériquement important de nouveaux arrivants d’origine turque et musulmane». Il accusait la communauté turque d’entretenir «une économie souterraine criminelle reposant sur le trafic de drogue». Pour faire bonne mesure, il signalait que cette communauté tentait d’acquérir «tout ce qui peut se vendre dans la ville, colonisant littéralement la cité», grâce, notamment, à des «prêts à 0 %», concédés par le gouvernement turc «via les mosquées». «J’ai voulu réveiller le ministre sur la question de l’immigration, se justifie aujourd’hui Jean-Louis Millet. Il faut dénoncer l’incurie des politiques de droite comme de gauche qui ont refusé de traiter l’immigration autrement que par la démagogie. On est ridicule quand on n’est pas capable d’expulser définitivement l’imam de Vénissieux.» Sa missive n’était qu’un «cri d’alarme» censé rester «confidentiel». «Mon courrier a été clandestinement intercepté par une personne qui voulait créer du désordre public», s’insurge Jean-Louis Millet qui a porté plainte. Sa lettre a circulé sous le manteau à Saint-Claude, sur des sites Internet, avant d’atterrir dans la boîte aux lettres de l’association franco-turque de Saint-Claude, qui regroupe six cents adhérents de la région. «Cette lettre a résonné comme une insulte, raconte Mustafa Ozer, vice-président de l’association. Avec trois autres membres, on est allés demander au maire pourquoi il l’avait écrite. Il nous a dit que des gens étaient venus lui parler du prêt à taux zéro. Il s’est excusé. On lui a répondu que ça ne suffisait pas.» Le 26 mars, le maire s’est rendu à la mosquée pour s’expliquer publiquement, en présence du consul de Turquie, qui a qualifié les prêts à taux zéro de «pure invention». «J’ai formulé des regrets», affirme Millet qui s’est justifié dans une lettre au président de l’association. «Votre communauté estimant être injustement stigmatisée a pu légitimement se sentir blessée, écrit-t-il. Il est évident que nombre d’impératifs tenant au respect des règles et modes de vie de la France sont incontournables. C’est une question de politesse élémentaire vis-à-vis des traditions de la terre d’accueil que de faire obligation naturelle à tout individu séjournant dans une autre nation de se conformer aux usages du pays dont il est l’hôte.» Le maire martèle dans son bureau : «Dans une mosquée, je me déchausse ; si je vais dans un pays où il faut mettre une djellaba, je le ferai.» Relogement. «Avec cette logique, ce sont les Turcs honnêtes qui sont obligés de se justifier», analyse Francis Lahaut, l’ancien maire communiste de Saint-Claude, battu par Millet en 2001. En 1997, Lahaut a fait voter la destruction des vieilles cités d’urgence de la Patience et le relogement des locataires majoritairement turcs dans des conditions plus décentes. «On disait de moi que j’aimais trop les étrangers. Si on remonte dans l’histoire de Saint-Claude, on est pourtant tous des étrangers. Il y a les Italiens. Puis sont venus les Espagnols, les Portugais, les Maghrébins, les Turcs et les Laotiens.» En vingt ans d’existence dans le Jura, SOS Racisme n’avait jamais été confronté à une telle lettre. «On a eu des discriminations au logement. Mais jamais de tels écrits pensés par un élu. Au début, on a cru à une provocation», explique Patrick Neitz, responsable départemental du mouvement. SOS Racisme a porté plainte pour «injure publique à caractère raciste, incitation publique à la haine raciale et diffamation publique à caractère raciste». «Tu prends la lettre, tu enlèves le mot turc, tu mets le mot juif à la place et tu tombes dans la pire période de notre histoire», dit encore Patrick Neitz. Pour le maire de Saint-Claude, il n’y a pas de hasard dans le calendrier de la plainte de SOS Racisme. Selon lui, c’était la semaine où il a dévoilé sa candidature aux élections européennes : «SOS Racisme est arrivé après la bataille. Désormais, on bosse ensemble avec la communauté turque, on a un programme de travail et de réunions. On est très constructifs.» Aujourd’hui, deux pétitions circulent. Celle des citoyens «qui refusent d’être associés à des propos racistes» affiche environ 600 signatures, tandis que l’autre liste en faveur de Jean-Louis Millet revendique «2 000 supporteurs, dont vingt commerçants». «Je me suis fait l’écho des questions des gens de la rue», affirme le maire. «C’est toujours la même histoire, tempête Lakhdar, un pilier de SOS Racisme dans le Jura. Avant, on critiquait les immigrés qui envoyaient leur argent au bled ; maintenant on leur reproche d’investir en France.» Emrullah Turcel est secrétaire de l’association franco-turque : «Les Turcs réussissent car ils bossent. Avant, ils envoyaient leurs sous en Turquie ou les mettaient sous leur matelas. La deuxième génération, c’est-à-dire nous, investit ici. Nos parents nous donnent leur argent pour acheter des maisons. Les gens voient arriver des biffetons, ils se disent que c’est l’argent de la drogue. Moi, dans les années 80, j’allais à l’école dans un vieux jeans rapiécé parce que ma famille économisait. Quand je me suis marié, je suis resté chez mes parents qui m’ont ensuite aidé pour devenir propriétaire.» Un commerçant turc se désole : «Je travaille de 10 h 30 à 1 h du matin. Pour refaire mon commerce, j’ai acheté ici, ça fait bosser les commerces, les usines. Il faudrait mieux que j’achète en Turquie ?»
    Marché. «A Saint-Claude, le marché du samedi ne fonctionnerait pas sans la clientèle immigrée», estime Pierre Gresset, instituteur. Il s’est fendu d’une tribune libre dans un journal local «pour donner une bonne image de sa ville, où il fait bon vivre, et qui s’est faite grâce aux immigrations successives». Au passage, il énonce quelques questions passées sous silence par le maire : «Les Français acceptent-ils facilement les travaux postés à basse qualification ? Qui occupe les travaux très pénibles dans le bâtiment ?» A la sortie de l’école, Pierre Gresset «voit des parents lui dire : « Regarde les Turcs, ils roulent en 4 x 4 ». Je leur réponds : « Tu voudrais qu’ils circulent avec un âne et une charrette ? »» Dans l’artère principale de Saint-Claude, un commerçant d’origine turque a racheté, l’année dernière, la pâtisserie la Bonbonnière, une institution locale qu’il a rebaptisée «salon de thé Istanbul». Jean-Louis Millet aurait souhaité qu’il l’appelle autrement. «Pourquoi pas la pâtisserie du Mont-Bayard ?», avance-t-il en référence à la hauteur qui domine la ville. Le candidat villiériste aurait trouvé qu’il y aurait eu là «un effort d’intégration». Jacky DURAND

    Libération – 11 juin 2004

    Environ 50 tombes musulmanes profanées au cimetière militaire de Haguenau
    STRASBOURG (AFP) – Une cinquantaine de tombes musulmanes ont été profanées dans la nuit de mercredi à jeudi dans le cimetière militaire de Haguenau (Bas-Rhin), a-t-on appris auprès de la police. Aucune indication n’a pu être immédiatement obtenue sur la nature des dégradations commises, la police se contentant d’indiquer que les tombes étaient celles de « soldats musulmans ». Des locaux de la communauté musulmane de Strasbourg ont fait l’objet depuis début avril d’une série de dégradations et graffitis à caractère raciste : croix gammées et inscription « mort aux Arabes » sur un magasin d’alimentation tenu par un musulman, mosquées dégradées par des croix gammées et des tags racistes, entreprise de pompes funèbres musulmane profanée. Une cinquantaine de tombes musulmanes avaient déjà été profanées par des inscriptions néo-nazies dans la nuit du 13 au 14 juin dans un cimetière de Strasbourg. La communauté juive d’Alsace a également été touchée à plusieurs reprises et des dégradations ont été commises, notamment dans le cimetière juif d’Herrlisheim, près de Colmar, où 127 tombes ont été profanées fin avril.

    AFP – 24 juin 2004

    La mosquée de Nanterre recouverte d’inscriptions xénophobes
    NANTERRE (AFP – 22:38) – La mosquée de Nanterre (Hauts-de-Seine) a été recouverte d’inscriptions xénophobes dans la nuit de samedi à dimanche, a annoncé dimanche la préfecture des Hauts-de-Seine. Selon la préfecture, c’est dimanche matin que les policiers du commissariat ont relevé trois inscriptions de 6 m sur 2,50 m, tracées à l’aide d’une bombe de peinture sur le mur de l’édifice religieux. « Partez de la même façon que nous avons quitté l’Algérie » ou « Le Pen : la solution », ont ainsi relevé les policiers sur le mur de la mosquée. Ce nouvel acte xénophobe intervient après une série d’actes qui ont récemment visé la communauté musulmane, comme la profanation (inscriptions racistes, croix gammées et sigles nazis tracés à l’encre rouge) d’une cinquantaine de tombes musulmanes au cimetière militaire de Haguenau (Bas-Rhin), après celle d’une cinquantaine de tombes musulmanes dans un cimetière de Strasbourg, ou encore des coups de feu tirés et croix gammées dessinées contre la mosquée d’Escaudain, près de Valenciennes (Nord) et des inscriptions racistes taguées sur la mosquée de Lens (Pas-de-Calais). Vendredi, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Economie et président UMP du conseil général des Hauts-de-Seine, avait effectué une visite à la mosquée de Nanterre pour réaffirmer le lien qui existe entre la République française et l’islam. La communauté musulmane de Nanterre, contacté par l’AFP, n’a pas manqué de faire lien entre cette inscription et la visite du ministre. « C’est la première fois que cela se produit et la mosquée est vraiment un endroit très tranquille », a souligné Ouassua Hamchoui, proche du recteur. « Nous sommes très étonnés et blessés par cet acte. C’est sans doute une réaction après la visite du ministre », a-t-elle ajouté. Interrogé par l’AFP, M. Sarkozy a affirmé qu’aucun lien ne pouvait être effectué entre « ces tags racistes et xénophobes et la venue d’une personnalité » telle que lui. Lors d’une allocution dimanche à la synagogue d’Issy-les-Moulineaux, le ministre a comparé les actes antisémites avec les inscriptions xénophobes sur la façade de la mosquée de Nanterre. « Il n’y a rien qui ne ressemble plus à un acte antisémite qu’un acte raciste et xénophobe. On ne peut pas les accepter. Il faut les regarder en face et les combattre « , a-t-il déclaré.

    L’Express – 27 juin 2004

    Attaque de la mosquée de Vigneux (91)
    Jeudi 1 Juillet 2004 – Communiqué de l’ACMV
    L’ACMV (association culturelle musulmane de Vigneux) s’associe à L’AJV (association des jeunes vigneusiens) pour dénoncer avec vigueur l’attaque et l’acte de vandalisme perpétré, dans l’après-midi du 28 juin 2004, au sein du siège de ces dernières, qui constitue un lieu de culte et de travail.
    En effet, nos locaux ont fait l’objet de dégradations, par projection sur la moquette du sol et de la tapisserie murale, ainsi que sur les sanitaires, de produits de couleur noirâtre, et d’une forte odeur de liquide inflammable. L’auteur de cet acte odieux a été surpris en flagrant délit par l’une des trois jeunes filles faisant partie de l’association des jeunes vigneusiens qui se trouvaient dans le bureau avoisinant les deux salles de prières. L’individu en question a immédiatement pris la fuite. La police alertée, s’est rendue sur les lieux pour constater les faits. Quel que soit le motif, acte islamophobe ou acte isolé, l’ACMV et l’AJV, avec l’ensemble de la communauté musulmane de vigneux, expriment leur inquiétude et leur indignation face à de tels agissements à l’encontre de lieux de cultes supposés êtres sacrés. Nous alertons les pouvoirs publics sur la gravité de la situation devant la multiplication de tels actes. Par la même occasion, nous tenons à saluer la réaction du maire de la ville de vigneux, qui s’est déplacé sur les lieux, pour nous exprimer son soutien sans faille.

    Le président Ould Mohamed Ezdine, Vigneux le 29 juin 2004, Saphirinfo – Juin 2004

    Recrudescence des actes anti-musulmans
    Une recrudescence d’actes racistes visant la communauté musulmane a été enregistrée au mois de juin, particulièrement dans le Nord et l’Est. Voici un point sur ces actes.
    Lens, le 12 juin
    Une croix gammée et des inscriptions racistes faisant référence à Hitler ont été taguées le week-end du 12-13 juin sur la mosquée de Lens (Pas-de-Calais). Les inscriptions, « Mort aux islamistes » et « Hitler vous aurez (sic) gazés, vive la race pure SS 881488 », ont été découvertes sur un mur extérieur de la mosquée, gérée par une association marocaine. Les inscriptions, s’étalant sur une dizaine de mètres, ont été tracées à l’aide d’une bombe de couleur noire ainsi qu’une croix gammée au-dessus de la porte d’entrée. Elles ont été nettoyées depuis.
    Strasbourg, le 13 juin
    Plusieurs dizaines de tombes musulmanes ont été profanées par des inscriptions néo-nazies dans la nuit du 13 au 14 juin dans un cimetière de Strasbourg. Les dégradations, des croix gammées et des inscriptions « HH » (pour « Heil Hitler » et « 88 » (signe néo-nazi voulant dire HH, h étant la 8e lettre de l’alphabet) ont été découvertes dans le carré musulman du cimetière de la Meinau, au sud de l’agglomération strasbourgeoise.
    Marseille, le 9 juin
    Trois tombes musulmanes ont été dégradées le 9 juin dans un cimetière marseillais et des croix gammées, faites de gravillons, laissées à proximité des sépultures. La profanation a été constatée par le gardien du cimetière du Canet, dans le nord de Marseille. Des plaques commémoratives avaient également été brisées. Le dessin des croix gammées était erroné. Les tombes n’étaient pas dans un carré spécifiquement musulman mais réparties au milieu de tombes chrétiennes.
    Lutterbach (Haut-Rhin), le 1er juin
    Deux adolescents de 14 ans, accusés d’avoir tagué des inscriptions racistes et pro-nazies le 1er juin sous le préau d’un collège de Lutterbach (Haut-Rhin) ont été mis en examen le 4 juin par le juge des enfants de Mulhouse notamment pour apologie de crime contre l’humanité. Les deux adolescents ont reconnu avoir inscrit au cours du week-end de la Pentecôte les mots « Hitler on t’aime », « Hitler nous t’attendons », « les nègres au four », « vive la France » ainsi qu’une croix gammée à l’aide de bombes de peinture noire et bleue.

    http://archquo.nouvelobs.com/cgi/id…&debut=20040605

    Vague d’attentats anti-Maghrébins
    Dominique Costa [09 juillet 2004]
    «Il est inadmissible que cette racaille s’enrichisse sur notre terre.» Dans un tract, I Clandestini Corsi justifient les attentats perpétrés la semaine dernière dans la région de Bastia contre trois établissements appartenant à des Marocains : une pizzeria, la banque privée Wafa Bank et une pâtisserie. Ce groupuscule s’était fait connaître le 22 mars dernier en revendiquant l’explosion, à Bastia, d’un extincteur bourré d’un mélange de chlorate et de sucre. Cet acte avait été perpétré au lendemain d’une bagarre entre lycéens d’origine bastiaise et maghrébine. Depuis, il a assumé une dizaine d’attentats, commis au nom de la «lutte contre le trafic de drogue». Truffée de grossières fautes d’orthographe, la dernière revendication prêterait à sourire sur la forme si le fond n’était résolument consternant : il y est en effet question d’«éliminations phisique» (sic) contre «les plus retisent» (re-sic). Le message des Clandestini est d’autant plus inquiétant qu’il fait suite à des précédents. Lors des fêtes de Noël 2002, Resistenza Corsa, déjà, avait surgi de l’ombre pour commettre des attentats au nom de la lutte «contre la prolifération de la vente de drogue et la présence étrangère en Corse», avant d’annoncer sa fusion, en août, avec le FLNC-Union des combattants, principal groupe clandestin. Entre-temps, plusieurs fondateurs présumés de Resistenza Corsa, impliqués dans différentes affaires, ont été arrêtés. La question des attaques racistes ne semble pas réglée. Las. L’année 2004 pourrait ressembler à 2003, année durant laquelle la Corse a enregistré plus d’actes racistes et xénophobes violents que l’ensemble des régions françaises (56 contre 36), selon la Commission nationale consultative des droits de l’homme. «En Corse, la situation délétère fait que les jeunes n’ont pas de perspective. Et il est très facile de s’en prendre à l’autre, l’étranger», analyse Noëlle Vincensini, présidente du collectif antiraciste Ava Basta. Il ne faut pas selon elle sous-estimer la capacité de «récupération de la clandestinité par l’extrême droite». Ce climat de tension a déjà poussé plusieurs familles d’origine maghrébine à quitter l’île et des réactions politiques sont aujourd’hui indispensables, estime la Ligue des droits de l’homme. «Les responsables nationalistes doivent dire publiquement ce qu’ils pensent de cette dérive cachée derrière une revendication identitaire», affirme Jean-Claude Acquaviva. De fait, hier matin Corsica Nazione et Indipendenza n’ont pu faire autrement que condamner l’attitude des ultras des Clandestini Corsi. Dominique Bianchi, membre du Mouvement pour l’autodétermination et maire du village de Villanova, sur les hauteurs d’Ajaccio, est allé plus loin. Désormais, au fronton de sa mairie, il a fait hisser le drapeau tunisien près de la bannière corse à tête de Maure. Hasard du calendrier, Villanova sera jumelée ce week-end avec la ville d’Ajim-Djerba en Tunisie.

    Le Figaro – 9 juillet 2004

    Inscriptions nazies près d’un lieu de culte musulman en Alsace
    STRASBOURG – Une croix gammée et un signe « SS » ont été découverts à proximité d’une salle de prière musulmane du quartier de Cronenbourg à Strasbourg, apprend-on auprès des services de police. Les inscriptions seraient anciennes, selon la police, qui explique leur signalement récent par le « contexte » actuel en Alsace. Depuis le mois d’avril, plus d’une dizaine de lieux de culte et de cimetières de la région ont été visés par des inscriptions à caractère nazi. Les profanations ont touché majoritairement des symboles musulmans, mais aussi le cimetière juif de Herrlisheim (Haut-Rhin) ou le cimetière chrétien de Niederhaslach (Bas-Rhin).

    Libération – 20 juillet 2004 – http://www.liberation.fr/page.php?Article=224978

    A Creil, sept filles voilées à la porte du bowling
    Cinq ont déposé plainte pour discrimination liée à un caractère religieux. La direction assure qu’elles peuvent désormais entrer. Comme un retour aux sources pour le voile islamique. Quinze ans après l’affaire du foulard de Creil, où pour la première fois en France trois collégiennes avaient été exclues de leur établissement, l’étoffe fait de nouveau parler d’elle dans l’agglomération creilloise. Mais au bowling de Saint-Maximin, cette fois. A seulement quelques centaines de mètres du collège qui avait défrayé la chronique en 1989, sept musulmanes âgées de 18 à 26 ans s’en sont fait interdire l’entrée, ce week-end. «Les couvre-chefs sont interdits ici, si vous voulez entrer, vous enlevez votre voile», les aurait prévenues le vigile en les voyant arriver sur le parking. Refus catégorique des jeunes femmes, qui demandent à parler à un responsable. Mais malgré l’intervention en direct du Collectif contre l’islamophobie en France, qui téléphone au bowling, les sept jeunes filles ne peuvent franchir la porte d’entrée. «C’est stipulé sur un panneau que nous n’acceptons pas les personnes en short, en jogging ou avec une casquette, se justifie le directeur de l’établissement. Nous sommes en droit de sélectionner notre clientèle par rapport à sa tenue et nous ne le faisons pas en fonction de signes religieux.» Parmi les sept musulmanes, deux étaient d’ailleurs déjà venues jouer voilées à ce même endroit dans un passé récent. «Je n’avais eu aucun problème, se souvient Leïla Louati, une Creilloise de 26 ans. Mais, ce jour-là, il n’y avait personne dans le bowling alors que, vendredi, il y avait beaucoup de monde. J’ai eu l’impression que cela les gênait vis-à-vis de leur clientèle.» Le directeur confirme à demi-mot cette analyse: «Nous avons un règlement intérieur qui tient compte des tenues vestimentaires et c’est une manière pour nous de filtrer la clientèle « néfaste » par rapport aux gens qui nous font gagner de l’argent. Mais nous connaissons la loi et nous savons que nous n’avons pas le droit d’interdire l’entrée à cause d’un signe religieux. Il n’y a eu aucune discrimination. On a des employés qui sont musulmans, d’autres qui ne le sont pas et, de toute façon, ce n’est pas dans notre intérêt de refuser du monde pour n’importe quel motif.» Cinq des sept jeunes femmes ont malgré tout déposé plainte dès vendredi après-midi à la gendarmerie de Creil pour discrimination liée à un caractère religieux. Des militaires se sont déplacés au bowling samedi matin mais les responsables des lieux les avaient informés dès la veille que les clientes voilées seraient autorisées à jouer si elles se présentaient à nouveau à l’entrée. Le parquet du tribunal de Senlis pourrait donc passer l’éponge sur cette «maladresse». Avant de décider s’ils engagent ou non des poursuites judiciaires, les magistrats préfèrent toutefois attendre les conclusions de l’enquête de gendarmerie. Leïla Louati semble, de son côté, déterminée : «Je ne laisserai pas tomber cette histoire, il faut que tout le monde comprenne que c’est contraire à la loi, s’emporte la jeune femme, soutenue par le Collectif contre l’islamophobie en France. On va se constituer partie civile pour que l’enquête ne s’arrête pas.» L’envie d’en découdre.

    Libération – 20 juillet 2004 – http://www.liberation.fr/page.php?Article=224908

    Des slogans nazis découverts dans la Somme
    Plusieurs inscriptions racistes ont été découvertes mardi dans des communes de la Somme. Des croix gammées, l’inscription « Hitler » et des slogans xénophobes ont été tracées à la peinture dans la nuit de lundi à mardi, notamment sur des murs et des panneaux, dans un rayon d’une quinzaine de kms autour de la commune de Doullens. Un supermarché de Doullens a notamment été visé. Le mur d’une propriété privée et des panneaux de signalisation ont été tagués à Gézaincourt, Hem-Hardinval et Bretel. Le slogan « White power » (Pouvoir blanc) a été inscrit sur la salle de sport de Bouquemaison. Les enquêteurs privilégiaient mardi la piste d’un groupe de jeunes délinquants de la région. Des croix gammées avaient déjà été taguées il y a une quinzaine de jours dans la région.

    France 3 – 30 juillet 2004 – http://www.nord.france3.fr/info/3489534-fr.php

    France: quinze tombes militaires musulmanes profanées à Strasbourg
    PARIS (AFP – 11:34) – Quinze stèles de tombes musulmanes « ont été souillées par des inscriptions et des graffitis » dans le cimetière militaire du quartier Cronenbourg à Strasbourg dans la nuit de jeudi à vendredi, a annoncé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. Les dégradations et graffitis à caractère raciste et antisémite se sont multipliés ces derniers mois en Alsace. Le ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin « condamne avec la plus grande fermeté les profanations commises la nuit dernière sur des tombes musulmanes du cimetière militaire du quartier Cronenbourg à Strasbourg, où quinze stèles ont été souillées par des inscriptions et des graffitis », selon le communiqué. « D’ores et déjà, tous les moyens sont mobilisés pour identifier et poursuivre les auteurs de cet acte d’une particulière gravité », poursuit le ministère. Le préfet de la Région Alsace doit se rendre sur les lieux. « Le ministre exprime sa solidarité à l’égard de la communauté musulmane et des associations des anciens combattants touchés par ce nouvel acte de vandalisme », selon le texte. Déjà, il y a un mois et demi, des croix gammées et autres signes néo-nazis avaient été découverts sur une cinquantaine de tombes musulmanes d’un cimetière militaire, à Haguenau, en Alsace La profanation concernait des sépultures de soldats morts pour la France, pour la plupart des tirailleurs marocains tombés lors de la libération de l’Alsace entre décembre 1944 et février 1945. Cinquante-cinq stèles au total ont été dégradées : sept ont été renversées et 48 ont été souillées à la peinture rouge de croix gammées, de croix celtiques, de signes « SS » ou de l’inscription « HVE junior ». Cette dernière inscription fait référence à l’Association patriotique alsacienne (« Heimattreue Vereinigung Elsass », HVE), un groupuscule clandestin dissous en septembre 1993 en raison de ses liens avec des organisations néo-nazies européennes, notamment un mouvement allemand.

    06/08/2004 – l’Express – http://www.lexpress.fr/info/infojou…0806093714&1134

    Trois tombes musulmanes taguées dans un cimetière de l’Yonne
    DIJON (AP) — Trois tombes du carré musulman du cimetière de Migennes (Yonne) ont été profanées dans la nuit de dimanche à lundi, a-t-on appris mardi auprès de la préfecture de l’Yonne. Des individus ont tracé sur celles-ci des graffitis néo-nazis, des croix gammées et des sigles SS à la peinture blanche. Ce cimetière, dont le carré musulman compte 18 tombes, avait déjà fait l’objet de profanations une semaine auparavant, le 2 août. Quarante-huit tombes avaient alors été vandalisées: plaques brisées, pierres tombales renversées et canettes de bière jonchant les allées. Les deux auteurs présumés de ces faits ont été interpellés et écroués le 5 août. Cette fois, «la concomitance nous laisse à penser qu’il s’agit davantage de faits crapuleux que d’actes délibérément xénophobes», a expliqué Frédéric Périssat, secrétaire général de la préfecture de l’Yonne. «Nous sommes assez circonspects et étudions toutes les pistes». L’enquête a été confiée au commissariat de Migennes. AP

    10 août 2004 – Le Nouvel Observateur – http://permanent.nouvelobs.com/societe/20040810.FAP1434.html?1903

    « Phineas » bientôt mis en examen
    […] » Il est méthodique, structuré, et se déclare ouvertement et viscéralement anti-arabe, a déclaré Xavier Richaud. Il avait le sentiment d’un envahissement et voulait réveiller la conscience des mouvements néo-nazis et les inciter à agir à leur tour.  » Constatant que l’agression de Villeurbanne, commise le 5 août, n’avait eu aucun retentissement, Michaël Tronchon aurait décidé de profaner le cimetière juif de Lyon, le 9 août, pour susciter davantage d’articles de presse.[…]

    L’Humanité – 17 août 2004 – http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-08-17/2004-08-17-398896

    La dernière victime de Phineas identifiée
    Phineas n’avait pas menti. Avant de se rendre aux policiers de la Goutte-d’Or à Paris, celui qui avait attaqué un homme maghrébin puis profané un cimetière juif à Lyon a aussi agressé un musulman dans la capitale, vendredi, à coups de hachette. Les enquêteurs en ont d’abord douté, ne retrouvant aucune victime. Mais la police judiciaire parisienne a épluché les sorties des sapeurs-pompiers et retrouvé une intervention correspondant à la date et au lieu mentionnés par Michael T. Vendredi 13, veille de sa reddition, le garçon a traîné autour de la gare de Lyon, avec l’intention délibérée d’attaquer «un musulman», son seul critère d’après les déclarations qu’il a faites. Vers 23 h 30, selon le parquet de Paris, il a choisi un homme portant barbe et djellaba. Il l’a suivi rue de Charenton, avec l’intention de lui «fendre le crâne en deux».

    Libération – 20 août 2004 – http://www.liberation.fr/page.php?Article=232104

    Nouvel attentat raciste en Corse
    AJACCIO – Une voiture appartenant à une personne d’origine maghrébine a été détruite par un attentat à l’explosif dans la nuit de mercredi à jeudi à Bastia, en Haute-Corse, a-t-on appris auprès de la gendarmerie. L’explosion s’est produite vers trois heures du matin dans le quartier populaire de Lupino. Cet attentat, qui intervient après une dizaine d’autres visant ces derniers mois des personnes originaires d’Afrique du Nord, n’a été ni signé ni revendiqué dans l’immédiat. Les autorités se sont inquiétées d’une intensification des attentats racistes qui montre l’hostilité d’une frange des clandestins à l’immigration maghrébine. Parallèlement, lors des journées de Corte le week-end dernier, les leaders des principaux mouvements nationalistes ont haussé le ton face au gouvernement accusé de « totale fermeture ». De nouveaux groupes clandestins ont récemment fait leur apparition, enjoignant, comme l’Armée populaire corse, les fonctionnaires continentaux à quitter l’île.

    Libération – 12 août 2004 – http://www.liberation.fr/page.php?Article=230017

    Attentat contre la voiture d’une famille originaire du Maroc à Bastia
    La voiture d’une famille de Français d’origine marocaine a été entièrement détruite dans un attentat à l’explosif à Bastia vendredi soir, a-t-on appris samedi de source judiciaire. La charge a explosé vers 22h00 et a provoqué un incendie qui a entièrement détruit le véhicule. L’attentat n’a été ni signé ni revendiqué. Il intervient dans un contexte de forte recrudescence des attentats et autres actions violentes visant la communauté maghrébine en Corse.

    14 août 2004 – France 3 – http://filinfo.france3.fr/popup_afp.php?nameRegion=corse&id=%20040814112426.cqb5sn5o

    Appel au meurtre contre le président du CRCM d’Alsace
    Le président du Conseil régional du culte musulman d’Alsace, Abdelhaq Nabaoui, a été la cible d’un appel au meurtre dimanche, deux mois après avoir déjà été l’objet de menaces de mort. Le président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) d’Alsace, Abdelhaq Nabaoui, a été la cible d’un appel au meurtre dimanche, deux mois après avoir déjà été l’objet de menaces de mort, a-t-on appris lundi auprès de l’intéressé. L’inscription « A mort Nabaoui » ainsi qu’ »une grande croix gammée » ont été tracées sur la façade du cabinet médical de l’épouse de M. Nabaoui, situé dans un quartier périphérique de Strasbourg. M. Nabaoui avait déjà été l’objet d’un appel au meurtre en juin lorsque plus de cinquante tombes musulmanes avaient été profanées par des inscriptions néo-nazies dans le cimetière de la Meinau à Strasbourg. « A mort Nabaoui » avait été inscrit sur un mur placé derrière des tombes profanées, accompagné des inscriptions « Sieg Heil », « quitter (sic) l’Alsace », « race blanche », « white power » et « Adolf ». Un graffiti visait également le président du Conseil régional d’Alsace Adrien Zeller (UMP). « Il n’y a pas de sécurité » « C’est la deuxième fois qu’ils me menacent. Mais il ne faut pas tomber dans le piège d’avoir peur et de vouloir quitter le pays », a déclaré M. Nabaoui, qui a porté plainte et reçu des messages de solidarité, notamment du ministère de l’Intérieur et du président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur. « Cela devient insupportable, il n’y a pas de sécurité. Ce que je demande, c’est des choses concrètes face à cette montée catastrophique d’actes racistes et antisémites », a ajouté M. Nabaoui, qui ne souhaitait pas alerter les médias pour ne pas faire de « publicité à des criminels ». L’information a été révélée par une lettre de M. Boubakeur adressée lundi à la présidence du CRCM. Les actes racistes à l’encontre des communautés musulmane et juive, dont une série de profanations de cimetières, se sont multipliés ces derniers mois en Alsace. La dernière profanation avait visé début août quinze tombes musulmanes du cimetière militaire de Strasbourg-Cronenbourg souillées par des inscriptions néo-nazies.

    Le Nouvel Observateur – 24 août 2004 – http://permanent.nouvelobs.com/societe/20040824.OBS5315.html
     

    Liste de tous les actes islamophobes perpétrés

    et de toutes les paroles islamophobes prononcées

    depuis 2 ans en France (août 2004).

    La date et les sources sont indiquées

  • Elections américaines : Il faut écarter le soldat Bush

    Tous ceux qui suivent avec attention et objectivité la progression de la politique américaine ne peuvent qu’être inquiets pour l’avenir de l’humanité dans son ensemble. Il y a d’abord eu le film remarquable de William Karel diffusé par certaines chaînes de télévision, Le monde selon Bush (1), qui explique ni plus ni moins que la première puissance mondiale est entre les mains d’une poignée d’hommes – les néo-conservateurs – qui tous ont des intérêts financiers dans les affaires du pétrole. Les armes de destructions massives introuvables révèlent sans ambiguïté que le mensonge peut être savamment entretenu pour tromper le peuple.

    Rien n’est plus fragile qu’une démocratie. C’est une vérité que nous devons conserver à l’esprit si nous voulons éviter les pires dérives. Sans comparer l’impérialisme et le nazisme, n’oublions jamais que des élections en Allemagne ont engendré un Hitler, et que les fascismes sont très souvent le fruit d’un enthousiasme populaire qui déborde les limites de la saine raison. Car le suffrage universel – et ce n’est pas là son moindre défaut – peut finir par appartenir exclusivement à ceux qui manipulent l’opinion publique. C’est pourquoi une éducation citoyenne de l’ensemble de la société, développant l’esprit critique de chaque individu, insistant sur les libertés individuelles, et surtout sur une volonté de transparence au niveau de la communication et de l’information, demeure le meilleur garant de la pérennité des institutions démocratiques.

    Or, avec le 11 septembre, l’administration Bush n’a cessé de brouiller les cartes afin de légitimer une entreprise – la domination du Proche-Orient – qui avait été décidée bien avant la date fatidique. Depuis, les Etats-Unis livrent une guerre continuelle non pas pour en finir avec le terrorisme, mais c’est bien plutôt le terrorisme qui sert de prétexte à une guerre sans fin. On en vient à se demander si la fuite d’un Ben Laden n’est pas astucieusement programmée de façon à aller le rechercher là où on a prévu de se rendre. Le journaliste italien Giulietto Chiesa, dans un opuscule remarquable, a dénoncé avec véhémence ces manipulations médiatiques : « Moins d’information signifie moins de démocratie. Une communication indécente (c’est-à-dire dépourvue de valeur intellectuelle, de décence, de culture) et manipulée (c’est-à-dire trompeuse, sous les multiples formes par lesquelles on peut induire en erreur ceux qui la subissent) prive la population des moyens intellectuels de défense. » (Guerre et mensonge. Terrorisme d’Etat américain, Editions Timéli, Genève, 2004)

    Seuls les patrons des industries d’armements pouvaient se réjouir par ailleurs des annonces faites à tour de rôle par Messieurs Dick Cheney, Donald Rumsfeld, et Bush lui-même : cette guerre se poursuivrait pendant « toute une génération ». Guerre qui, initialement, avait été dénommée « justice infinie », là où il n’était somme toute question que d’affaires juteuses iniques !

    Mais il y a plus inquiétant encore. Chiesa avance que « le niveau de formation démocratique du citoyen américain est très bas. » S’agit-il d’une affirmation gratuite ? Les faits et les sondages semblent hélas lui donner raison lorsqu’il nous livre cette appréciation : « Il me semble improbable d’espérer de la part du peuple américain une réponse massive hostile à la guerre. » Encore faut-il éviter le piège des généralisations faciles, car de plus en plus d’Américains, rappelant au monde combien leur peuple a su faire preuve d’une intelligence remarquable au cours de son histoire, protestent contre le régime de Bush.

    Il reste que manipulation il y a, et que l’exécutif au pouvoir ne lésine pas sur les moyens mis en œuvre pour orienter à sa guise une opinion publique qui tantôt est effrayée par le spectre du terrorisme international, tantôt est entraînée dans une vision manichéenne et infantile du monde séparant le bien et le mal, les bons et les méchants, et tantôt est fascinée par la représentation de guerres héroïques sur fond de scènes cinématographiques.

    Une interview récente de l’écrivain et chercheur Jean-Michel Valantin, interrogé par David Hornus, journaliste à « infoguerre.com », montre que certaines productions hollywoodiennes auraient été en partie conçues dans le but de développer dans les esprits cette idée d’une expansion nécessaire de l’armée américaine dans le monde. Le chercheur et sociologue affirme en l’occurrence : « A partir de 2000, nous avons une résurgence progressive de ce cinéma de sécurité nationale. « Il faut sauver le Soldat Ryan » en est l’illustration parfaite et est très importante à plus d’un titre : Tout d’abord, il faut s’intéresser dans ce film à la façon de filmer l’espace. Tout au long du film, on nous montre des Américains affrontant des Allemands dans un espace vide (….) On ne peut pas s’empêcher de faire un lien entre cette façon apolitique de filmer la guerre dans Soldat Ryan et l’idéologie stratégique actuelle de la fameuse « guerre contre le terrorisme » (….) Cela veut dire que le système américain est en état de guerre perpétuelle contre n’importe qui, n’importe quand, de n’importe quelle manière. Cela veut aussi dire que tout espace non américain est un espace où l’Amérique peut légitimement intervenir. C’est là que le rôle du cinéma est important, car il permet de symboliser et de légitimer cette potentialité d’intervention constante. La fonction du cinéma de sécurité nationale est une fonction de légitimation. »

    Dénoncer de telles influences est donc une obligation journalistique qui demeure salutaire pour préserver l’essentiel de nos démocraties.

    Il faut mettre un terme au terrorisme d’Etat. Il faut écarter le soldat Bush.

     

    (1)Disponible en DVD, Editions Montparnasse, juillet 2004.

    Voir aussi : article sur SaphirNET.info

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique de Genève

  • Femmes battues en France

    A l’heure où l’on glose beaucoup sur la condition des femmes dans l’Islam, il serait peut-être de bon ton de voir comment est traitée la gent féminine dans nos « brillantes » contrées occidentales. Comment se comportent les hommes, bien de chez nous, vis-à-vis de leur épouse, concubine ou amantes ? Se conduisent-ils en parfaits gentlemen ? Le mythe du chevalier servant a-t-il perduré ? Nos gentils Français remporteraient-ils la palme d’honneur au concours des bonnes manières ? Il apparaîtrait que les apparences sont souvent trompeuses dans notre société policée et que les persécuteurs ne sont pas ceux que l’on croit. En l’occurrence, sur notre territoire, « l’enfer ce n’est pas les autres. » Constat.

    Bien que nous ne nous situions pas dans le rang des féministes, force nous est de constater qu’il est peut-être regrettable, en certaines circonstances, que la force, justement, ne soit pas du côté des femmes.
    Un article d’Ignacio Ramonet, paru cette semaine sur le Monde Diplomatique en dit long sur le sujet. (1) Ainsi, nous y apprenons que « la violence des « mâles » est la première cause d’invalidité et de mortalité avant les accidents de la route ou le cancer… » chez nos consœurs. Dans le huit clos familial, la toute puissance des hommes se traduit par des brutalités dignes de l’époque d’Attila. Qui l’eut cru ?
    A l’aube du 21ème siècle, âge de la modernité et de la haute technologie, il semblerait que les méthodes masculines envers celles qui partagent leur vie auraient régressé à l’époque des bipèdes de Cro-Magnon.
    Sur le territoire français, une femme meurt de violence conjugale tous les 5 jours. (2) Entre 1990 et 1999, sur 652 femmes victimes d’assassinats, la moitié a été tuée par le compagnon ou mari et uniquement dans la région parisienne. Sur 7000 femmes interrogées pour ce même périmètre, 10 pour cent d’entre elles ont subi des violences conjugales au cours des douze derniers mois.
    On ne peut que rester perplexe ou atterré devant cette triste constatation. D’autant que ces messieurs ne lésinent pas devant les « gâteries ». Tous les coups sont permis. Les violences conjugales déroulent leur tapis de monstruosités. Cela va des insultes aux menaces, du harcèlement moral au chantage affectif sur les enfants, du mépris aux agressions physiques en passant par la séquestration, la mise à la porte, les rapports sexuels imposés ou le viol, les coups et tentatives de meurtre.
    Qui dit mieux ? Et avant de se pencher sur le sort des femmes orientales, ne serait-il pas salutaire de balayer devant sa porte ? D’autant que le profil de l’agresseur n’est pas toujours celui que l’on imagine. Le rapport du professeur Henrion n’est pas avare de renseignements : « Il s’agit en majorité d’hommes bénéficiant par leur fonction professionnelle d’un certain pouvoir. On remarque une proportion très importante de cadres (67%), de professionnels de la santé (27%) et de membres de la police ou de l’armée. » (2) Ceux qui font régner l’ordre publiquement seraient donc amenés dans les coulisses du foyer à transgresser des lois qu’ils imposent à d’autres.
    Il nous est donc permis de penser que non contents de faire peser leur autorité sur le lieu de travail, ces individus continuent à faire les importants en se défoulant une fois rentrés à la maison. Et pas de la plus digne des façons. Car les conséquences de leurs actes sur leurs victimes sont le plus souvent dramatiques. « De nombreuses femmes, suite à ces traitements peu orthodoxes, souffrent de troubles psychiques ou émotionnels (dépression, boulimie, anorexie), certaines ne supportant plus ce calvaire se suicident et une grande partie meurt carrément sous les coups du conjoint. Parmi les victimes présentées dans le rapport, 30 % ont été poignardées, 30 % ont été abattues par arme à feu, 20 % ont été étranglées et 10 % ont été rouées de coups jusqu’à la mort. » (2)
    Il y a dans cet étalage sordide quelque chose de bouleversant. On ne peut s’empêcher de penser à celles qui subissent ce sort tragique, sans rien dire, par peur ou par honte. Celles-là sont passées sous silence. Elles échappent à la navrante réalité des statistiques. Victimes effacées de la brutalité masculine. En France, chaque jour, des centaines de femmes sont battues par leur conjoint et n’osent pas porter plainte. L’agresseur peut ainsi continuer son forfait en toute impunité. Il offre un beau visage au monde en cachant soigneusement ses ignominies sous le masque trompeur du Monsieur bien. Mais c’est l’étranger que l’on accuse de maltraitance. Alors que les chiffres parlent d’eux-mêmes : au moins 2 millions de femmes sont victimes de violences conjugales en France chaque année. En ce qui concerne le viol, 91 % des personnes condamnées sont d’origine française.
    16,8 % appartiennent à des professions médicales ou paramédicales.
    13,1 % exercent les métiers de l’enseignement, de l’animation ou de la petite enfance.
    14,8 % ont des responsabilités d’encadrement (PDG, ingénieur, énarque, gérant de bar, entrepreneur)
    12,7 % exercent des métiers de la loi et de l’Ordre, (policier, militaire, gendarme, attaché parlementaire…) (3)
    Dans le comportement vis-à-vis des femmes, ce n’est donc point l’habit qui fait le moine sur le sol gaulois qui mérite bien son nom. Car malheureusement, si les violences relèvent de toutes les classes sociales, il est à noter que le « haut du panier » n’occupe pas la dernière place mais que, par contre, pour ce qui est des violences conjugales, les agricultrices sont le moins atteintes. Les hommes seraient donc beaucoup plus civilisés à la campagne.
    L’air vicié des villes aurait-il une influence néfaste sur le comportement machiste de quelques intellectuels ? Leurs neurones s’atrophiraient-ils pour les faire régresser en animal plus que primaire ? Et quel plaisir sadique peuvent-ils bien éprouver, lorsque la porte refermée, ils se retrouvent face à cette femme tremblante de peur dont ils se sont appropriés le destin pour en devenir le maître et le tortionnaire, pour le pire mais pas pour le meilleur ?
    Nous le répétons, nous ne sommes pas féministes. Nous ne déversons pas notre hargne sur le sexe masculin et nous ne revendiquons aucune égalité car nous avons pris le parti et opté pour le pari de nous imposer dans un monde d’hommes. Ce ne fut pas toujours facile. Nous dirons même qu’il nous a fallu nous forger d’une sacrée trempe. Mais notre cœur solidaire bat et souffre pour les deux millions de femmes violentées chaque année en France et pour toutes celles qui, en croyant rencontrer l’Amour, ont un jour croisé sur leur route leur bourreau et leur assassin.


    (1) http://www.monde-diplomatique.fr/2004/07/RAMONET/11299
    (2) http://www.sosfemmes.com/violences/violences_chiffres.htm
    (3) http://www.sosfemmes.com/violences/viol_chiffres.htm

    Adriana EVANGELIZT

    Source: Webzinemaker

  • Le scandale des armées

    Doit-on vraiment s’étonner ? Crier au scandale ? Tomber des nues ? Depuis un certain nombre de jours, nous sommes témoins de la nature dépravée des exactions commises par des soldats américains contre des prisonniers irakiens. Humiliations à caractère sexuel, traitement dégradant et torture, mépris de la personne humaine. Hélas, ce qui nous demeure caché, ce que nous ne verrons jamais est sans doute pire encore que ce que nous avons pu voir. Nous avons observé le calvaire des hommes nus et suppliciés, tenus en laisse ou attachés comme des animaux. Qu’en est-il du traitement réservé aux femmes ? On n’ose l’imaginer. Personne aujourd’hui ne saurait dire quel est le nombre précis des morts et des blessés que la malheureuse intervention américaine a laissés derrière elle. Ni d’ailleurs donner les noms de tous les disparus.


    Non, en vérité, tout cela est parfaitement logique. Une armée reste une armée. Avec son contingent obligé d’imbéciles et de brutes, de racistes et d’abrutis. Simplement, si nous savions que l’action de l’administration Bush était illégitime et illégale, si nous nous doutions qu’à défaut d’entreprendre vraiment de démocratiser le pays, le dessein véritable des faucons néo conservateurs était plutôt le vol et le pillage systématique des ressources pétrolières et des richesses de l’Irak, nous avons désormais la certitude que cette action guerrière est outrageusement inhumaine, et qu’elle aboutit à des excès qui sont en complète contradiction avec les valeurs que l’Occident prétend pompeusement exporter de force.

    Les Américains pourront toutefois se consoler en constatant que la corruption semble inévitablement liée à tout devoir d’ingérence : Amnesty International vient de dénoncer la KFOR (Force internationale de paix au Kosovo) et le MINUK (policiers de la Mission des Nations Unies) en affirmant que 20% des clients des réseaux de prostitution au Kosovo sont des soldats et des agents de ces vénérables institutions. Les femmes subissant des abus sexuels et réduites à cette forme d’esclavage ne pourront jamais réclamer justice, car il faut savoir que les Nations Unies préservent généralement l’immunité des garants de la paix.


    Qui y a-t-il d’étonnant à cela ? Imagine-t-on un instant que des milliers de soldats envoyés dans une quelconque partie du monde soient astreints par leurs supérieurs hiérarchiques à une complète abstinence sur le plan sexuel ? Une armée est toujours finalement dévoreuse de femmes, d’une manière ou d’une autre. S’il en va ainsi de ceux qui sont là pour veiller pacifiquement au maintien de l’ordre, que penser de ceux dont le rôle est d’anéantir l’ennemi ?


    Malheureusement, de tels agissements vont consolider l’argumentaire des extrémistes qui pensent que le 11 septembre, les attentats commis à Bali, au Maroc, en Arabie Saoudite, à Madrid, sont la juste réponse à la barbarie des armées.


    Les musulmans d’Occident, dans leur grande majorité, ne peuvent s’associer de près ou de loin à cette doctrine. On ne doit pas répondre à l’injustice par l’injustice. Pas question de s’en prendre à des innocents. La résistance n’est légitime que sur le champ de bataille, sur le terrain même de l’agression. Elle est légitime en Irak. Mais certainement pas à New York ou Madrid.

    Cependant, ce dernier scandale a ravivé et réveillé les consciences. Désormais, c’est l’ensemble du monde musulman qui s’écrie d’une seule voix : les soldats de l’armée américaine, manipulés férocement par les politiciens sans conscience du gouvernement Bush, doivent quitter l’Irak. Les excuses et les bonnes paroles ne suffisent plus. Il faut qu’ils s’en aillent, et vite. Emportant avec eux l’arrogance méprisable et la fierté imbécile de leurs dirigeants. Assez de bombes, assez de morts. Votre drapeau est taché du sang des enfants d’Irak. Ce drapeau qui pourtant, dans le passé, a délivré le monde de la fureur nazie. Ce drapeau qui nous rappelle encore que des jeunes gens sont venus mourir en Normandie. Il est à présent sali, et pour longtemps, par les larmes des hommes humiliés.

    « Go home ! »

    Après le scandale de la prison d’Abou Ghraïb, c’est le seul mot d’ordre qui s’impose à vous s’il vous reste une once de dignité.

    Hani Ramadan

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève – L’invité, 14 mai 2004

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