Sur les propos tenus par Benoît XVI
L’UOMG (Union des organisations musulmanes de Genève) tient à faire part de sa profonde tristesse et de sa déception suite au discours tenu par le pape Benoît XVI. Elle précise ce qui suit :
- L’Islam n’est pas une religion qui s’est propagée par la force et par l’épée. Une étude historique objective et minutieuse permet de le prouver sans difficulté. L’usage des armes n’est envisageable en droit musulman qu’en cas de légitime défense. Toutes les nations reconnaissent que le fait de protéger son territoire est un droit inaliénable.
- Le djihad est un terme qui signifie « effort », et il ne peut en aucun cas être traduit par l’expression « guerre sainte », que l’on ne rencontre ni dans le Coran, ni dans les paroles du Prophète Muhammad. Le djihad, c’est d’abord l’effort que l’on fait contre soi-même pour se rendre meilleur sur le plan moral et au niveau spirituel. C’est ensuite la lutte que l’on entreprend pour réprimer toutes les formes d’injustices et de violations des droits de l’homme. C’est également le combat que l’on engage pour défendre les personnes et les biens.
- Les enseignements du Prophète Muhammad sont d’une richesse incomparable, et ils ont permis d’édifier une immense civilisation favorisant le progrès humain dans tous les domaines : l’éthique, la spiritualité, les sciences, les arts et les techniques. Les propos cités par le pape Benoît XVI tendant à déprécier cet apport considérable de l’Islam à la culture mondiale ne sont pas dignes de l’un des plus hauts représentants de l’Eglise chrétienne. Comment admettre que le pape Benoît XVI reprenne à son compte les propos réducteurs d’un empereur byzantin du XIVe siècle qui affirme : « Montrez-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau. Vous ne trouverez que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l’épée la foi qu’il prêchait » ? Cela est extrêmement grave.
- Le pape vient certes d’exprimer ses regrets. Il ne l’a pas fait cependant par rapport à la teneur de son discours, mais en se désolant de ne pas avoir été compris par les musulmans. Cela est d’autant plus inadmissible.
- Il est utile de rappeler enfin que l’Islam est une religion qui place la raison au cœur de sa doctrine. Religion qui n’est jamais entrée en contradiction avec la science, contrairement à ce qui s’est passé dans l’Europe chrétienne, où de nombreux savants furent persécutés pour avoir énoncé des vérités scientifiques.
Nous encourageons donc le pape Benoît XVI, en cette période où nous avons besoin d’apaiser les esprits, à tenir un discours plus nuancé sur les rapports de l’Islam et du Christianisme, et à prendre en considération le mauvais impact que peuvent avoir des propos qui non seulement blessent profondément les musulmans, mais encore ne contribuent en aucun cas à nourrir un dialogue qui pourrait être par ailleurs si riche !
Genève le 17 septembre 2006

