Palestine occupée: les colons doivent s’en aller

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Quelqu’un est-il encore capable de résister à la politique agressive d’Israël? L’ONU, nous l’observons depuis des décennies, n’est jamais parvenue à soumettre l’Etat hébreu à ses différentes résolutions. Le 11 décembre 1948, son Assemblée générale, après avoir examiné la situation en Palestine,  » décide qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible. » (Résolution 194, No 11)
On compte aujourd’hui 3 700 000 réfugiés palestiniens. Parmi eux, 1 200 000 vivent dans une soixantaine de camps, cinquante ans après leur expulsion. A Gaza, 729 000 d’entre eux dépendent de l’autorité de Yasser Arafat. Ils sont 600 000 en Cisjordanie, 400 000 au Liban, 460 000 en Syrie. Beaucoup n’ont pas été recensés.
Récemment, René Kosirnik, chef de la délégation du CICR en Israël, qualifiait ouvertement de « crime de guerre » la colonisation israélienne dans les territoires occupés. Sous la pression malsaine des Etats-Unis, Jakob Kellenberger, le Président du Comité international du CICR, a immédiatement désavoué son représentant. Ladite colonisation ne peut être un « crime de guerre », car l’Etat hébreu n’a pas signé le Protocole de 1977 qu’il est accusé de violer. Bien que tous s’accordent à souligner que l’armée israélienne ne respecte pas les Conventions de Genève, ces nuances casuistiques révèlent la déchéance profonde de nos institutions censées défendre les droits humains. Depuis quand demande-t-on aux coupables d’adhérer aux lois qui unanimement les condamnent? Ni l’ONU, ni le CICR ne peuvent désormais appeler un crime un crime, parce que ces organisations dépendent politiquement ou financièrement des Etats-Unis. Le Sénat, fortement influencé par les lobbies sionistes, peut adopter ou refuser une contribution de plus de 700 millions de dollars au CICR. C’est pourquoi il convient de rester prudent.
Prudence nauséabonde et écoeurante : Dans son dernier rapport sur l’année 2000, Amnesty international dénonce de façon explicite les nombreuses violations dont s’est rendu coupable Israël, par  » un usage excessif de la force (…..) l’armée a utilisé des armes lourdes pour tirer aveuglément sur des zones palestiniennes. » On comptera bientôt, victimes de cette répression sanglante, six cents tués, dont plus des quatre cinquièmes sont des Palestiniens, civils dans leur majorité.
Et la colonisation, cause de tous ces malheurs et en toute impunité, se poursuit inlassablement. Dans un ouvrage récent, Marwan Bishara, qui soutient qu’un accord de paix est possible, montre que depuis les accords d’Oslo, le processus engagé n’a été qu’un leurre qui a servi les colons juifs plus que les intérêts des Palestiniens et des Israéliens: « De 1993 à 2000, l’augmentation annuelle du nombre de colons en Cisjordanie et dans la bande de Gaza a été près de quatre fois supérieure à celle de la population en Israël. » (Palestine/Israël: la paix ou l’apartheid, éd. La Découverte, Paris, 2001) Selon Don Peretz, expert américain au Moyen-Orient,  » si l’Etat palestinien était établi dans les circonstances actuelles, ce serait une masse territoriale dispersée, discontinue et trouée de toutes parts par les implantations israéliennes, ses villes et villages encerclés par les routes et les forces de sécurité israéliennes. » ( Wye River Memorandum, Washington, 29 juillet 1999) Quel espoir reste-t-il aux Palestiniens dans ces « bantoustans » écrasés par les colonies? Malgré le rapport de la Commission Mitchell, affirmant la nécessité d’arrêter l’extension de l’occupation israélienne, principale cause de l’Intifada, le ministre Nathan Sharansky vient de donner son aval à un projet comprenant la construction de 700 nouvelles maisons dans les territoires palestiniens! Il s’en explique et s’en tire avec une mauvaise foi caractéristique :  » Il n’y a pas de raison de débattre de la question des colonies tant qu’Israël ne sait pas s’il a un partenaire palestinien de l’autre côté. » Et d’ajouter que selon lui, il est « évident » que l’accroissement ou non des colonies « n’influence pas Arafat lorsqu’il décide ses actes de terreurs. » Peut-on réduire ainsi la lutte des Palestiniens au terrorisme? Le gouvernement israélien n’est pas crédible lorsqu’il demande à Arafat de maîtriser ses kamikazes qui n’ont rien à perdre, alors que lui-même encourage ses fanatiques à s’implanter en territoire palestinien.
Vraiment, qui donc aujourd’hui est susceptible de mettre fin à une telle arrogance? Les Palestiniens n’ont visiblement plus rien à attendre de la communauté internationale, incapable de faire respecter ses propres lois. L’injustice qu’ils subissent est trop évidente, et la mascarade a assez duré. Les colons doivent s’en aller. 

Hani RAMADAN

Directeur du Centre Islamique de Genève

Le Tribune de Genève, L’invité, 20 juin 2001