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  • Palestine : Rassemblement pacifique, 12 octobre 2023

    Déclaration

    Est-il raisonnable pour des hommes politiques et des journalistes de se laisser emporter par l’émotion en relayant des informations qui émanent de la propagande de guerre d’un Etat colonisateur ? Et sur cette base, de prendre la décision de déclarer que des combattants sont des terroristes ?

    C’est pourtant ce qui arrive aujourd’hui, où la presse et les hommes politiques ont choisi, en parlant de la résistance des Palestiniens, d’évoquer des atrocités commises, notamment en reprenant sans prudence les récits de bébés assassinés et de femmes violées. Or, rien ne prouve que de tels crimes aient été commis par ces combattants. C’est même le contraire qui ressort des observations que l’on peut faire en considérant les sources de ces informations :

    Tout d’abord, le reportage d’une journaliste qui a affirmé que 40 bébés ont été égorgés. Or, la journaliste de i24 (chaîne israélienne) qui l’annonce d’abord avec beaucoup d’émotion comme une évidence, dit avoir vu à distance des corps de bébés recouverts, avant d’admettre plus tard que ce sont « des soldats qui m’ont raconté qu’ils croyaient que 40 bébés et enfants avaient été tués. »

    Est-il raisonnable de donner crédit aux dires approximatifs de ces soldats, qui cachent visiblement l’humiliation qu’ils ont subie en cherchant à diaboliser leurs ennemis ? Voici une première vidéo qui révèle ce mensonge ainsi que d’autres :

    Autre séquence absolument édifiante : une femme juive qui raconte en hébreu ce qui s’est passé lorsque les combattants sont entrés chez elle :

    « Ils sont entrés et je leur ai dit : « J’ai deux enfants. » C’est la première chose que je leur ai dite. » Au journaliste qui lui demande si elle s’exprimait en hébreux, elle répond : « Non, en anglais. » Puis elle poursuit : « Ils ont jeté un coup d’œil, et un des soldats m’a dit en anglais : Ne vous inquiétez pas ! Je suis musulman. Nous ne vous ferons aucun mal. » Elle affirme : « Cela m’a beaucoup surprise, cela m’a apaisée. Je me suis assise par terre avec mes enfants. Les soldats palestiniens m’ont ramené une chaise. Il y avait un soldat armé tout le temps avec eux dans la pièce, et les autres faisaient le tour de la maison. Un des hommes a vu des bananes sur le comptoir, et il m’a dit : « Je peux en manger une ? » J’ai dit : « Oui, vous pouvez. » Ils sont restés chez moi 2 heures. Après quoi, l’un d’eux a fermé la porte et ils sont partis. » « C’est tout ? », demande le journaliste. « C’est tout, conclut cette femme dont le témoignage est particulièrement éloquent. Voici la vidéo : Enfin, Al-Jazeera a publié le message filmé d’un combattant alors qu’il se trouvait dans une maison israélienne, assurant la protection d’une femme juive alitée et déclarant : « Ce dont vous êtes témoins aujourd’hui, c’est la recommandation que le Messager de Dieu (le Prophète Muhammad – Dieu le couvre de bénédictions et de paix) nous a faite à nous les musulmans combattants : de ne pas tuer une femme, ou un enfant, ou un vieillard, ou un dévot dans son couvent (un religieux dans son lieu de culte). » La deuxième vidéo :

    Chères amies et Chers amis, Chers frères et chères sœurs, les Etats modernes, qui défendent le droit international et les Conventions de Genève, ne devraient en aucun cas se laisser dominer par les émotions, ni sur le plan médiatique, ni sur le plan politique.

    Comment en est-on venu, au niveau des gouvernements occidentaux, à soutenir une armée qui massacre des civils par milliers ?

    Comment des journalistes peuvent-ils criminaliser une résistance légitime en oubliant que devant le terrorisme d’Etat, tout peuple a le droit de se défendre. Comment passer sous silence les faits suivants :

    La colonisation sioniste se poursuit dans toute l’étendue des territoires occupés, contre le droit international. Et personne ne réagit.

    Des maisons sont détruites à Jérusalem Est et partout ailleurs, et il ne se passe pas une semaine sans que l’on annonce la mort de Palestiniens, la plupart étant des civils. Et personne ne réagit.

    Gaza, cette prison à ciel ouvert, est privée depuis des années d’eau et d’électricité de façon systématique, et des besoins alimentaires de base. Le blocus inhumain, imposé sans retenue, relève d’un profond mépris des droits humains les plus élémentaires. Et personne ne réagit.

    La Mosquée al-Aqsâ est piétinée jour après jour, et les colons, au cri de « mort aux Arabes », s’en prennent aux fidèles et les empêchent de prier. Certains vont même jusqu’à cracher sur les chrétiens en procession avec leurs croix. Mais oui ! Et personne ne réagit.

    Il est donc particulièrement inapproprié de parler de « méthodes terroristes » des résistants palestiniens, quand nous sommes très clairement en face d’une action de légitime défense. L’Etat d’Israël, porté par ses dirigeants d’extrême-droite, ne laisse pas d’autre choix aux Palestiniens : celui d’assister à la mort lente de leur pays – sans que personne ne réagisse – ou de résister dignement.

    Ajoutons que nous déplorons que le sang soit versé de part et d’autre, mais les premiers responsables sont les agresseurs, et non les agressés ; les colonisateurs et non les colonisés !

    Merci à vous toutes et tous pour votre présence et merci aux organisateurs de ce rassemblement pacifique pour leur invitation.

    Nous demandons à Dieu de couvrir les peuples opprimés de Sa miséricorde. 

    Allâhumma âmîn !


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Genève, 12 octobre 2023

    Déclarartion en vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=e0uKWoxbL3Q

  • Afrique

    La vérité finit toujours par s’imposer. Et même si les imposteurs convoquent l’ensemble de leurs sbires pour dire le contraire, elle est là. Elle flotte dans l’air. 

    Ce mercredi 30 août 2023, je tombe sur une lettre de lecteur tout à fait éclairante intitulée Uranium. L’auteur y déclare avec lucidité : « Incroyable que l’on puisse autant parler du putsch au Niger sans jamais mentionner la seule chose qui intéresse vraiment les gouvernements occidentaux : l’uranium de ses mines d’Arlit. » Et de rappeler que les bases militaires étrangères ont été installées dans la sous-région bien avant « que la problématique djihadiste ne survienne. » 

    La présence intrusive des forces occidentales en Afrique n’est certainement pas l’expression d’un humanisme débordant. Dans une même perspective affligeante, il y a vingt ans, les États-Unis envahissaient l’Irak, sous le prétexte de la présence d’armes de destruction massive. 

    Quand mettra-t-on fin à cette hypocrisie ? Ne serait-il pas temps, pour les puissances impérialistes, de rentrer chez elles ? Quand la France va-t-elle se décider à laisser l’Afrique aux Africains ?  Et mon Dieu, les voix en colère de millions d’hommes qui dénoncent un système d’exploitation inique consistant à désigner « démocratiquement » des marionnettes au service d’hommes d’affaires peu scrupuleux montrent que personne – sauf les imbéciles – n’est dupe. Ni ici, ni là-bas.  


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève 2 septembre 2023

  • L’ombre de Dieu et Moïse

    Aujourd’hui, 9 juillet 2023, il fait très chaud, et l’on nous annonce quelques jours de canicule suivis d’orages.

    Comme toujours, il y a ceux qui vont se plaindre de ce réchauffement jugé excessif, tout comme ils râlent quand il fait très froid.

    Mais il y a ceux pour qui tout phénomène naturel est une occasion de se rappeler l’essentiel : en se mettant à l’ombre et en goûtant la fraîcheur offerte ainsi par un arbre, ils ont conscience que c’est là un don du Créateur. Oui ! De Celui qui a créé le soleil, les plantes et leurs feuilles. A peine soulagés des rayons ardents et étouffants, ils louent Celui qui leur a offert ce répit bienfaisant.

    Et il en sera toujours ainsi : il y a ceux qui se mettent à l’ombre et pour qui la scène ne va pas au-delà, et il y a ceux pour qui tout est signe. Pour eux, éclairés par leur foi, chaque élément de la nature est un mot sur la page de nos vies qui renvoie à Dieu.

    J’en étais à cette réflexion lorsque me revint à l’esprit un épisode de la vie du Prophète Moïse – Dieu le couvre de paix –. Fuyant Pharaon, le noble Messager de Dieu arriva à Madyan. Là, il fut témoin d’une scène que rapporte le Coran en ces termes :

    « Et quand il fut arrivé au point d’eau de Madyan, il y trouva un attroupement de gens abreuvant [leurs bêtes] et il trouva aussi deux femmes se tenant à l’écart et retenant [leurs bêtes]. Il dit : « Que voulez-vous ?  » Elles dirent : « Nous n’abreuverons que quand les bergers seront partis ; et notre père est fort âgé ».

    Il abreuva [les bêtes] pour elles puis retourna à l’ombre et dit :

    « Mon Seigneur, j’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre vers moi ».

    Puis l’une des deux femmes vint à lui, d’une démarche timide, et lui dit:   « Mon père t’appelle pour te récompenser pour avoir abreuvé [les bêtes] pour nous ». Et quand il fut venu auprès de lui et qu’il lui eut raconté son histoire, il (le vieillard) dit : « N’aie aucune crainte : tu as échappé aux gens injustes ». L’une d’elles dit : « Ô mon père, engage-le [à ton service] moyennant salaire, car le meilleur à engager c’est celui qui est fort et digne de confiance ». » (Coran, 28, 23-25)

    La tradition rapporte que cette dernière appréciation était due au fait que Moïse avait avec force soulevé pour elle la pierre qui obstruait un puits voisin – pierre qui ne pouvait être enlevée que par dix hommes ! – et que lorsque la jeune femme le devança afin de le conduire jusqu’à son père, le vent souleva sa jupe et découvrit ses jambes, si bien que Moïse se mit devant elle et lui demanda de lui indiquer le chemin. Raison pour laquelle elle jugea que l’homme méritait d’être engagé, pour sa force physique et sa probité morale. Récit qui aboutit effectivement à un mariage.

    En ce qui concerne l’invocation que fit Moïse lorsqu’il se mit à l’ombre, « Mon Seigneur, j’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre vers moi », on peut comprendre que Moïse, fuyant et étant en voyage, avait besoin de nourriture. Mais on peut comprendre aussi, que cet homme exceptionnel qui allait être investi de la mission consistant à délivrer le Message éternel du monothéisme et à libérer les enfants d’Israël du joug de Pharaon, – que cet homme a eu l’intuition profonde, en présence de ces deux femmes, que là se trouvaient sa nouvelle famille et la conjointe qui restait la meilleure compagne pour un homme dans la force de son âge !

    Chaque fois donc, que, dans la chaleur de cet été, nous cherchons un ombrage bienfaisant, que cela soit pour nous l’occasion de méditer et nous rappeler la bonté du Créateur.

    Et de Le louer de tout notre cœur !


     Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Genève, 9 juillet 2023

    http://islametengagement.blogspirit.com/archive/2023/07/09/l-ombre-de-dieu-et-moise-3345312.html

  • Quelques leçons turques au lendemain des élections

    Les élections présidentielles en Turquie et la victoire de Recep Tayyip Erdogan ont mis en évidence des points qu’il est utile de relever :

    La presse occidentale s’est appliquée, en général, à présenter Erdogan comme un dictateur. Ses opposants, dont Kemal Kiliçdaroglu, n’ont pas hésité à reprendre cette rhétorique en affirmant qu’il était temps de revenir à la démocratie. Sans même avoir conscience du caractère paradoxal de cette position : on ne renverse pas une dictature par un vote.

    Par ailleurs, les résultats sont tels qu’il est difficile d’y déceler des fraudes. Rarement un processus électoral n’a été observé d’aussi près pour garantir le respect de la volonté populaire. Au premier tour, le score a donné Erdogan gagnant avec 49,5% des voix, contre 44,89% pour Kiliçdaroglu. Ce qui démontre que s’il y avait eu une volonté de tricher, le chef d’Etat aurait fait en sorte de triompher au premier tour. Quoi de plus facile, quand on est si près du but et qu’on détient soi-disant tous les pouvoirs ! Erdogan l’emportant avec 52,1 % des voix au second tour, voilà qui confirme une volonté de s’en remettre au choix du peuple.

    Il est à noter que rien ne révèle la santé démocratique d’un pays autant que la mobilisation de ses citoyens. Dans l’Hexagone, par exemple, on observe qu’au premier tour du scrutin présidentiel de 2022, 73,7% des Français sont montés aux urnes. Remarquons que l’abstention a atteint 46 % chez les 25-34 ans. En Turquie, l’engagement massif des électeurs fut impressionnant avec une participation qui a frôlé les 90% au premier tour, et dépassé les 85 % au second. 

     Je préviens les objections qui pourraient être faites : la démocratie ne se limite pas au suffrage, mais elle couvre un certain nombre de principes qui nous attachent aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales. Soit. Mais alors, il faut être clair : il faut dire qu’une tendance prédominante, en Occident, veut que la volonté populaire ne devienne crédible que si elle s’accorde avec la sensibilité des sociétés dites modernes, qui ont systématiquement écarté de l’espace public la référence aux normes transcendantes et aux valeurs traditionnelles.

     Il faut dire aussi que cette logique revient à fermer les yeux lorsqu’un coup d’Etat est fomenté en Egypte et que plus de 60 000 opposants, dont beaucoup d’élus, sont incarcérés, sans réaction concrète des chefs de gouvernements européens et étatsuniens.  À fermer les yeux lorsque le dictateur tunisien actuel retient en prison arbitrairement le président élu de l’Assemblée du peuple, Rached al-Ghannouchi, et s’arroge tous les pouvoirs. Il convient d’ajouter également que certaines dictatures arabes sont parfaitement fréquentables dans la mesure où elles assurent des bénéfices considérables dans des échanges commerciaux qui suffisent à excuser le reste.


     Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    24Heures, Opinion, 31 mai 2023

    L’invité: Quelques leçons turques au lendemain du scrutin présidentiel | 24 heures

  • Sport et Islam

    L’Islam est la religion véridique et complète, qui prend soin à la fois du corps et de l’âme. Selon cette croyance, l’Islam montre la voie pour accéder au bonheur dans cette vie et dans l’au- delà en donnant à l’âme ce dont elle a besoin, tout en ne négligeant pas le corps et en offrant des moyens pour le maintenir sain et fort.

    Ainsi, l’Islam invite le musulman à prendre soin de son corps et à faire le nécessaire pour le fortifier. À ce propos, une parole très connue du Prophète (Dieu le couvre de bénédictions et de paix) étaye cette assertion : « Le croyant fort est meilleur et plus aimé d’Allah que le croyant faible, mais dans les deux il y a un bien. » (Rapporté par Muslim) Il a également dit: « Ton corps a un droit sur toi. » (Rapporté par Muslim).

    C’est ainsi que le sport apparaît comme l’un des meilleurs moyens –- si ce n’est le meilleur – de développer et de renforcer le corps. Le sport est donc fortement recommandé légalement. Il ne fait certes pas partie, comme le pensent certains, de ces choses desquelles le musulman doit s’écarter car considérées comme des amusements inutiles qui détournent le croyant de l’adoration et du dhikr, et sont la cause d’une détérioration du respect mutuel entre les gens. Cette vision des choses est complètement erronée et s’oppose au principe selon lequel l’Islam est une religion complète et globalisante descendue pour façonner le musulman physiquement, intellectuellement, spirituellement, socialement et moralement de la meilleure des manières.

    Le sport présente de nombreux avantages pour la santé physique et mentale, notamment :

    1. Amélioration de la santé cardiovasculaire : le sport aide à renforcer le cœur et les vaisseaux sanguins, réduisant ainsi le risque de maladies cardiaques.
    2. Perte de poids : le sport peut aider à brûler des calories et à perdre du poids.
    3. Renforcement musculaire : le sport renforce les muscles et améliore la posture et l’équilibre.
    4. Réduction du stress : le sport libère des endorphines, qui aident à réduire le stress et l’anxiété.
    5. Meilleure qualité du sommeil : le sport peut aider à améliorer la qualité du sommeil.
    6. Renforcement de l’estime de soi : la pratique régulière d’un sport peut aider à renforcer l’estime de soi et la confiance en soi.
    7. Développement social : le sport peut favoriser les interactions sociales, aider à construire des amitiés et à renforcer des relations.
    8. Amélioration des capacités cognitives : le sport peut aider à améliorer la concentration, la mémoire et les fonctions cérébrales.
    9. En somme, la pratique régulière d’un sport peut aider à améliorer la santé physique et mentale, ainsi que la qualité de vie.
    10. Par ailleurs, le sport est un bon moyen d’occuper le temps libre par une activité très profitable et utile, et donc d’éviter de se perdre dans des activités nocives ou dangereuses, ce qui ne sied pas à un musulman.
    11. Du point de vue éthique, nous pouvons affirmer que le sport élève la morale et le comportement de l’individu. Il permet en outre à ce dernier d’améliorer ses relations avec les autres, il inculque à celui qui le pratique des vertus nobles proches de celles de la chevalerie, comme la force, la générosité et le respect de l’adversaire. Il lui enseigne l’esprit d’entraide ainsi que l’esprit de compétition, lequel doit être basé sur le respect et l’honneur. L’individu sportif ayant assimilé ces vertus cardinales dans le cadre du sport devra en dernière instance en faire usage dans ses relations sociales à une échelle plus globale. Etant donné que le musulman est soumis à des obligations légales dès qu’il quitte l’enfance et que ces dernières nécessitent d’avoir un corps fort et vigoureux, comme c’est le cas pour la prière, le jeûne, le pèlerinage ou la lutte pour défendre le droit et la justice (le jihâd) ; alors on peut estimer que le sport, qui donne de la force au corps, peut être, dans certaines circonstances, d’une importance considérable pour le musulman.Les réseaux sociaux sont devenus un sujet central dans la vie du jeune musulman, mais de nombreuses questions se posent quant à la manière de les utiliser et d’en bénéficier.

    C’est pourquoi, on ne peut pas considérer le sport comme étant une simple perte de temps. Bien on contraire. Il faut voir en lui une activité utile ainsi qu’un moyen de développer les capacités et le potentiel de l’enfant, d’apprendre et d’assimiler des connaissances, de créer des liens forts entre les individus, de dépenser de manière positive et productive l’énergie des petits et d’éloigner ces derniers de toute insociabilité. L’Islam veille à inculquer aux enfants l’amour des jeux, de l’exercice physique et du sport. On peut même dire que notre religion compte le sport parmi les moyens permettant de préserver et de fortifier le corps, ce qui est une manière d’obéir à Allah.

    C’est pour cela que le Prophète (Dieu le couvre de bénédictions et de paix) veillait à communiquer à son entourage cet amour du sport, soit en jouant avec eux, soit en les laissant continuer à jouer lorsqu’il les surprenait en plein jeu, tant que ce dernier ne s’opposait pas bien sûr aux préceptes de la Charia. Il faut souligner que le Prophète (Dieu le couvre de bénédictions et de paix) allait parfois jusqu’à organiser des compétitions entre les enfants, pour lesquelles il les récompensait. On trouve dans le Musnad d’Ahmad cette parole de ‘Abdu -Llâh ibn al-Hârith (qu’Allah soit Satisfait de lui) : « Le Prophète (Dieu le couvre de bénédictions et de paix) fit s’aligner ‘Abdu -Llâh, ‘Ubaydu -Llâh et Kathîr, les fils d’al-‘Abbâs (qu’Allah soit Satisfait d’eux) puis il dit : «Celui qui arrive le premier aura le droit à telle ou telle chose! » Alors, les enfants se précipitèrent vers lui et tombèrent sur son dos et sa poitrine. Il les embrassa et les étreignit. »

    Nous constatons, à travers cette courte démonstration, que le Prophète (Dieu le couvre de bénédictions et de paix) portait un grand intérêt à la jeunesse musulmane. Il s’occupait lui- même de son éducation et d’organiser des compétitions entre eux, et ce, bien qu’il fût très pris par ailleurs. Il est à noter que trois sports ont été particulièrement mis en avant par notre Prophète (Dieu le couvre de bénédictions et de paix):«la natation, le tir à l’arc et l’équitation .»

    Le Prophète (Dieu le couvre de bénédictions et de paix) lui-même était connu pour sa grande force. Il fut par exemple le seul à vaincre Rukana ibn Yazîd, qui avant de devenir un Compagnon, était un Mecquois connu pour sa lutte. Il était invaincu jusqu’à sa rencontre avec le Prophète (Dieu le couvre de bénédictions et de paix) qui le défia et le terrassa, le tout pour que celui-ci embrassât l’Islam.

    Le sport à sa juste mesure

    Le sport peut être considéré comme une activité très importante pour de nombreuses personnes. Cependant, comme pour toute activité, il est important de trouver un équilibre et de ne pas en faire une obsession.

    Les comportements excessifs, tels que la colère démesurée, les injures, la vanité et la moquerie, ne sont pas acceptables et ne reflètent pas les valeurs d’un croyant. Il est important de se rappeler que le sport doit rester un divertissement et un moyen de se maintenir en bonne santé, plutôt qu’une source de conflits et de comportements inappropriés.

    Il est également important de pratiquer le sport dans le respect des autres joueurs, des arbitres et des règles du jeu. Il est facile de se laisser emporter par ses émotions pendant un match, mais cela ne doit pas justifier des comportements agressifs. La modestie et la courtoisie sont des valeurs importantes qui doivent être respectées sur et en dehors du terrain de sport.

    En résumé, pratiquer le sport avec modération et dans le respect des autres est essentiel pour éviter les comportements excessifs qui ne reflètent pas les valeurs d’un croyant. Le sport peut être une activité enrichissante et amusante, mais il est important de le pratiquer de manière responsable et équilibrée.


     Fait par des jeunes pour les jeunes.

    LA JEUNESSE MUSULMANE

    www.cige.org

    Genève, 12 mars 2023

  • Loi de Dieu, lois des hommes

    Afin qu’ils puissent bénéficier de certains avantages, le règlement d’application de la loi genevoise sur le Laïcité de l’Etat (RLE) demande aux représentants religieux de « reconnaître (par une signature) la primauté de l’ordre juridique suisse sur toute obligation religieuse qui lui serait contraire ».

    La question se pose dès lors : est-il bien raisonnable d’exiger cette reconnaissance qui suppose effectivement que le droit positif l’emporte sur toute conviction religieuse ? Le Pasteur Jean-René Moret relève que « la Bible elle-même appelle au respect des lois établies, tout en posant le principe qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes en cas de conflit de normes. »

    Soyons plus clairs : pour un monothéiste convaincu, il est évident que la volonté du Créateur (qui se traduit aussi par des commandements) est incomparablement supérieure à celle des hommes, qui produisent de nouvelles lois au cours des siècles, et – il faut bien le dire -, selon les mœurs et les humeurs du moment historique, une étincelle face à L’Éternel.

    La laïcité ne devrait donc jamais s’aventurer dans la sphère des convictions de foi. Ce n’est pas son domaine. Au lieu de vouloir imposer une primauté quelconque, dont la reconnaissance cacherait une forme d’hypocrisie, elle devrait plutôt, simplement, exiger que tout citoyen respecte les lois en vigueur dans son pays. Mais libre à tout citoyen, dans un Etat de droit et jusqu’à preuve du contraire, de discuter ces règlementations, de questionner leur bienfondé, et d’affirmer que la norme donnée par les Livres révélés est meilleure que ce qu’une société dite moderne autorise.

    Prenons un exemple simple pour étayer notre propos : la consommation du vin. Qu’on le veuille ou non, l’alcool est aujourd’hui un fléau dont les nuisances sont inouïes. L’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale de la République française) nous livre une étude qui rappelle « que la consommation excessive de boissons alcoolisées est encore responsable d’au moins 41 000 décès par an dans notre pays, soit 11 % des décès chez les hommes et 4 % chez les femmes. Ce travail souligne que la consommation d’alcool est responsable directement ou indirectement d’une soixantaine de maladies, parmi lesquelles des pathologies cardiovasculaires, certains cancers, de graves troubles psychiques, des dépressions, des suicides et des dommages occasionnés par des accidents de la route ou du travail provoqués par l’alcool. » Et ces constatations ne sont qu’un éclairage partiel de ce que représente l’alcoolisme au niveau mondial !

    N’est-il donc pas légitime de considérer qu’une loi qui interdit la consommation du vin est meilleure que celles qui ne traitent la question que pour en diminuer à titre palliatif les effets néfastes ? Un aumônier musulman pratiquant aura sans doute cette conviction, et cela ne l’empêchera pas pour autant de manifester son soutien fraternel aux personnes connaissant des addictions difficiles.

    Or, ce qui est vrai pour cet exemple, est, pour un homme qui croit en les Livres révélés, vrai pour l’ensemble des commandements divins. Conviction qui doit toujours pouvoir être exprimée ouvertement dans le débat public. Sinon, effectivement, la laïcité qui prétend imposer une quelconque primauté de ses normes relatives à géométrie variable sur la conscience humaine nous conduira à une forme de totalitarisme particulièrement détestable.


     Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève – L’invité, 17 janvier 2023

    Titre de la rédaction de la TDG : La laïcité face à la sphère des convictions de la foi

  • Le président Erdogan, dictateur dangereux ou humaniste convaincu ?

    Recep Tayyip Erdogan, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, lors de la réunion de Lviv où a été discuté le déblocage des cargos chargés de céréales ukrainiennes.
    © Evgeniy Maloletka / keystone-sda.ch

    Le moins que l’on puisse dire est que la presse et les médias, en Occident, ne sont pas très favorables au président Recep Tayyip Erdogan. 

    Sur le plan de sa gouvernance d’abord. Depuis son élection, on n’a jamais cessé de parler de « dérive autoritaire », tout en dénonçant un contrôle total de l’appareil politique depuis Ankara. Bref, le régime d’Erdogan serait assimilable à une dictature, d’autant plus dangereuse que l’homme est issu de la « mouvance islamiste », et qu’il a affiché son soutien aux Frères musulmans d’Egypte, contre le coup d’Etat militaire qui a destitué le président Mohamed Morsi. On oublie de considérer qu’Erdogan a été légitimement élu, qu’il a été confronté à une tentative de coup d’Etat militaire avortée, que son pays a été visé plusieurs fois par des attentats. Rappelons qu’à ce jour, l’Union européenne considère toujours le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) comme une organisation terroriste, alors que la presse a une fâcheuse tendance à inverser les rôles, en estimant que c’est l’orientation politique turque qui est à l’origine de ces tensions. Rappelons que le prétendu « dictateur » affrontera bientôt de nouvelles élections. En 2018, Erdogan avait remporté, dès le premier tour, l’élection présidentielle avec 52,6% des suffrages. Et il a annoncé plusieurs fois que les scrutins présidentiel et législatif auraient bien lieu en juin 2023, comme l’a prévu le calendrier électoral officiel. 

    Sur le plan du nationalisme turc qui prendrait le dessus sur toute considération humaniste ensuite. Des reportages nous montrent ainsi des citoyens turcs exacerbés par la présence de réfugiés syriens. Sans nier cette réalité, il reste toutefois une tradition d’accueil de cette région de l’Anatolie, majoritairement solidaire de ses voisins fuyant la guerre. On oublie que la Turquie, comme le signale la très sérieuse plateforme de recherches Statista, « située aux portes du continent et au carrefour des turbulences migratoires, est le pays qui héberge le plus grand nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile : soit environ 4 millions en 2021, ce qui représente 48 pour 1 000 habitants. » Il est remarquable d’observer, par ailleurs, que le programme d’Erdogan prévoit certes un retour d’une partie des Syriens chez eux, mais uniquement dans les zones démilitarisées et sécurisées, sans risque pour les populations civiles. Aucune autre nation n’a offert, à ce jour, une aide aussi considérable à un peuple voisin.

    Sur le plan des alliances enfin. La presse et les médias n’ont pas hésité à présenter le trio Erdogan, Poutine et Rohani comme étant le symbole de l’union de régimes peu recommandables, face aux modèles étasuniens et européens, garants de l’Etat de droit ! Position qui ne peut qu’alimenter les tensions et ne favorise surtout pas le dialogue. Par ailleurs, cet éclairage primaire manque singulièrement de subtilité : la Turquie, membre de l’OTAN, a su conserver cependant des liens diplomatiques étroits avec ceux que l’on voudrait mettre au ban des nations. Et cela, non pas en vue de basses manœuvres impérialistes visant à occuper ou exploiter la terre d’autrui, non pas dans le but de se faire réélire seulement, mais surtout par humanisme. La Turquie a été ainsi le seul pays capable de conduire, le 22 juillet dernier, la Russie et l’Ukraine à un accord sur l’exportation des productions agricoles nécessaires à la survie de millions d’individus ; et cela, sous l’égide des Nations unies. Le 18 août 2022, la presse officielle relevait que 25 navires chargés de céréales avaient quitté l’Ukraine depuis les ports d’Odessa, de Pivdenny et de Tchornomorsk, avec plus de 600000 tonnes de produits agricoles. 

    Reste cette question : pourquoi est-il donc si difficile – pour nos responsables politiques et nos journalistes notamment – de reconnaître qu’un président musulman (islamiste si cela vous fait plaisir) est capable de respecter des échéances électorales, de mener une politique d’accueil inégalée, et d’être à l’origine de la distribution de tonnes de céréales, afin de repousser la menace de la famine et pour le bien de l’humanité ?


     Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Le Temps,  Opinion, 9 septembre 2022

  • Procès Beny Steinmetz

    Révélateur d’un processus d’exploitation et de répression internationales.

    Je lis dans la presse du 1er septembre 2022, à propos du procès en appel de Beny Steinmetz à Genève :

    « La tension est montée d’un cran ce jeudi au procès en appel de Beny Steinmetz et de ses acolytes. Et pour cause. Le témoin attendu n’est autre qu’Ofer Kerzner, citoyen israélien, ancien pilote militaire, connu pour ses investissements en Ukraine, distingué homme de l’année 2016 à Kiev, nommé consul honoraire à Jérusalem, philanthrope, ex-partenaire en affaires du magnat des mines, et surtout ex-ami depuis qu’il a déclaré avoir accepté de rendre service au prévenu en montant une combine pour justifier des transferts d’argent. Ambiance garantie. »

    Procès Steinmetz, jour 4: Le choc des titans – Le Temps , par Fati Mansour

    Or, les combines pour voler le bien des Africains sont connues depuis longtemps. Les condamner relève du bon sens. Mais il serait tout aussi important de dénoncer le système mis en place qui les rend possibles.

    J’avais publié en septembre 2013 un article sur la question, en évoquant le cas Steinmetz : Le sionisme, ennemi de l’islam et de l’humanité – Islam et engagement (tdg.ch)

    Et au vu des faits, je ne suis pas sûr de verser dans le complotisme…


     Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève – Blog, 3 septembre 2022

  • Lecture et Islam

    Avec l’avènement de la technologie, les livres ont rapidement été remplacés par les smartphones et d’autres technologies similaires.  Dans la plupart des pays du monde, ces 20 dernières années, la lecture d’ouvrages imprimés a reculé au sein de la population.                                                                                                  

    De nos jours, les livres et la lecture sont devenus obsolètes pour de nombreuses personnes, une croyance générale s’est ancrée selon laquelle la lecture est réservée à un milieu universitaire.

    Mais pourquoi lire est aussi important ? 

    Les chercheurs ont avancé que lire des livres améliore le vocabulaire, le raisonnement, la concentration et la pensée critique, et que la littérature stimule les processus cognitifs comme la perception sociale et l’intelligence émotionnelle qui peuvent contribuer à prolonger la vie.

    De plus en plus de recherches démontrent que la lecture améliore également la santé et la qualité de vie de plusieurs façons :

    Stimulations des connexions du cerveau. Des scintigraphies cérébrales ont révélé que les personnes qui lisent un livre qu’elles trouvent intéressant augmentent leurs connexions cérébrales et présentent des changements neurologiques durables, à l’instar de la mémoire musculaire, selon une étude parue dans Brain Connectivity.

    Détente et diminution du stress. Selon une étude de l’Université du Sussex, la lecture réduit le niveau de stress de 68 % et fonctionne encore mieux et plus rapidement que d’autres méthodes de relaxation comme écouter de la musique, faire une promenade ou prendre une tasse de thé. Il n’a fallu que six minutes de lecture aux participants pour ralentir leur rythme cardiaque et soulager leurs tensions musculaires.

    Amélioration de l’empathie. Une personne qui lit une fiction narrative améliore sa capacité d’empathie en comprenant ce que les autres pensent et ressentent, rapporte une étude de l’Université York. L’empathie, pour sa part, aide à réduire le stress, selon l’Université de la Colombie-Britannique.

    Protection de la mémoire et des capacités de raisonnement. Selon une étude de Neurology, la lecture de livres et de revues, ainsi que l’écriture, peuvent aider à préserver la mémoire et les capacités de raisonnement plus longtemps, et à ralentir le déclin cognitif chez les aînés.

    Mais quelle est la place de la lecture au sein de l’Islam ?

     « Lis, au Nom de ton Seigneur qui a créé,
    Qui a créé l’Homme d’une adhérence.
    Lis ! Ton Seigneur est le Plus Noble,
    Qui a enseigné par la plume (le calame)
    A enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas. » 

    Sourate Al ‘Alaq, 96, V.1-5

    Les premiers mots du Saint Coran qui sont descendus des cieux au Prophète Muhammed ﷺ. Le fondement même de la religion de l’Islam était un mot : lis. A partir de là, nous pouvons dire que l’islam débute avec le savoir et met fin à l’ignorance. On ne peut en effet dissocier la lecture et le savoir.   

    L’Islam exhorte ses croyants à acquérir du savoir à chaque étape de la vie. Peu importe que vous soyez un enfant, un adolescent, un jeune ou une personne âgée. L’acquisition de la connaissance est la mort de l’ignorance. C’est pourquoi la vertu d’acquérir la connaissance est si grande dans l’Islam. Comme Allah Tout-Puissant l’a dit dans le Saint Coran :

    Dis : « Ceux qui savent sont-ils égaux à ceux qui ne savent pas ? »
    Sourate Az-Zumar, 39, V.9 

    Les enseignements du Prophète ﷺ soulignent également l’importance de la connaissance. L’Imam Muslim رحمه الله a mentionné dans son « Sahih » que le Messager d’Allah a dit : « Celui qui recherche un chemin par lequel il recherche une science, Allah lui facilite par cela un chemin vers le Paradis. » (Sahih Muslim : 2699)

    De plus, Allah a recommandé à notre bien-aimé Prophète Muhammad ﷺ de dire cette supplication : « Mon Seigneur ! Accroîs mes connaissances. »
    Sourate Tâ Hâ, 20, V. 114

    Nous voyons que les plus grandes et les meilleures personnalités de ce monde ont prié Allah pour la connaissance (Les Messagers et les Prophètes). Un sage peut-il être comparé à un ignorant ? Définitivement pas. Il est strictement interdit de parler de ce dont on n’a aucune connaissance, mais si on en a, alors Allah Tout-Puissant élève notre statut parmi les gens de ce monde et dans l’au-delà. En effet Allah Exalté soit-Il dit :

    « Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru
    et ceux qui auront reçu le savoir. »

    Sourate Al-Mujâdalah, 58, V.11  

    La connaissance est d’une importance telle que lorsqu’une personne meurt, rien ne lui est utile, sauf trois choses. L’une d’elles est la connaissance, comme l’a dit le Messager d’Allah ﷺ :

    « Lorsqu’un homme meurt, ses œuvres cessent à l’exception des trois suivantes : une aumône dont le profit demeure, une science utile aux hommes ou un fils vertueux qui invoque Allah en sa faveur » (Muslim, Riyâd as-sâlihîn n°949)

    L’imam ash-Shâfi’iy dit dans un poème : « La Science est Lumière… et la Lumière d’Allah n’est pas donnée au pécheur. »

    Par conséquent, ceux qui acquièrent des connaissances sont hautement respectés à la lumière de l’Islam, car la survie de la religion et de la nation dépend de ces derniers.                                                                              Il est donc clair que l’apprentissage est important et a même été souligné par l’Islam. 

    Mais quelles connaissances doit-on acquérir ?

    D’abord, ce que tout musulman doit connaître pour réaliser les choses qui sont obligatoires : au niveau de la foi, de la loi, de la morale et du culte.

    Ensuite, il est possible de s’étendre dans tous les domaines où l’acquisition des connaissances est utile, comme au niveau des sciences et de la pensée, de la culture et de l’histoire… 

    Alors, comment fait-on pour acquérir ces connaissances ? Grâce à la lecture ! L’un des meilleurs moyens, si ce n’est le meilleur, est de lire. 

    Mais même si la lecture ne se limite pas au champ religieux, n’oublions pas que la plus belle des lectures et celle du Coran.

    En effet, nombreux sont les hadiths faisant l’éloge des mérites liés à la lecture du Coran : il offre la science, la connaissance, la purification, la sagesse, l’accroissement de la piété, des bonnes actions, l’intercession le Jour de la résurrection…

    D’après Jabir Ibn ‘Abdi -Llah (qu’Allah les agrée), le Prophète ﷺ a dit : « Le Coran est un intercesseur et un avocat véridique, celui qui le met devant lui, il le conduit vers le Paradis et celui qui le met derrière son dos, il l’amène vers le feu  ». (Rapporté par Ibn Hibban et authentifié par cheikh al-Albanî dans la Silsila Sahîha n°2019).

    On est né dans une période de l’histoire où les livres sont de l’ordre du commun, on a tendance à dévaluer leur importance, on ne se rend pas compte parfois de la richesse qu’on a entre les mains.

    Les Mongols, eux, lorsqu’ ils envahirent Bagdad au XIIIème siècle, pensaient que les livres ne pouvaient être autre chose que de la magie. En effet, ils ne pouvaient concevoir le fait qu’il était possible de transmettre du savoir de la sorte. C’est pourquoi ils brulèrent toute la bibliothèque de Bagdad. Ils jetèrent tellement de livres dans le Tigre que l’eau devint toute noire. 

    En effet, grâce aux livres, on peut accéder au patrimoine intellectuel d’une personne qui a mis toute une vie pour parvenir à ce cheminement : il nous est possible de connaître l’imam Ibn Taymiyyah, l’imam al-Ghazâlî, le cheikh Abd al Qadir al-Jîlânî sans les avoir jamais rencontrés, et bénéficier de leurs enseignements, sans avoir à fournir les efforts qu’ils ont dû faire pour parvenir à réunir les connaissances qu’ils nous livrent. Et que dire de la parole du Seigneur de l’univers ? Y a-t-il plus grande miséricorde que lire la parole d’Allah ?


    Fait par des jeunes pour des jeunes.

    LA JEUNESSE MUSULMANE

    Genève, 22 juillet 2022

  • Lettre au Ministre del’intérieur : Vous n’avez pas honte ?

    Genève, 16 juillet 2022

    Monsieur le ministre de l’Intérieur français,

    C’est sans grande surprise que j’ai reçu ce 15 juillet 2022 votre décision de renouveler mon interdiction de séjour en France pour une durée de cinq ans.

    Je vais donc encore faire recours, mais cette fois avec l’intention de m’adresser à la Cour européenne des droits de l’homme, si cela s’avère nécessaire. Par ailleurs, je ne reviendrai pas sur la liste des arguments que vous répétez, alors que j’en ai montré le caractère fallacieux, voire carrément ridicule dans une série d’exposés dont je vous donne le lien : CYCLE DE CONFÉRENCES CONTRE LA CENSURE ! – YouTube (1)

    Je tiens cependant à vous faire les remarques suivantes : 

    La raison principale qui me vaut cette interdiction, la voici sans détour, et je vous la livre afin que chacun mesure l’étendue de votre iniquité : je défends les enfants de Gaza en dénonçant les coupables, alors que vous, vous obéissez aux lobbies argentés qui affirment que l’armée israélienne est la plus morale du monde, et qui se taisent sur les massacres perpétrés contre les civils palestiniens. 

    Depuis plus de 70 ans, le terrorisme d’Etat, au service d’un système d’apartheid doublé d’un colonialisme virulent dont on ne connaît pas à ce jour les limites et les frontières, constituent la marque de l’entité sioniste, alors que les Palestiniens luttent pour leur survie. La résistance, Monsieur le ministre, voilà une valeur que la France connaît et qui fait partie de son plus précieux patrimoine, et je ne suis pas sûr en l’occurrence que votre gouvernement ait choisi le bon camp et ait fait le bon choix …

    Aucune des opinions que vous me reprochez ne justifie une interdiction de m’exprimer sur le territoire français : le débat est ouvert en climat démocratique, et l’Etat de droit en garantit la possibilité dans le cadre de la liberté d’expression, que vous voudriez, vous, restreindre en fonction de votre seul point de vue, complètement acquis à la cause sioniste alors qu’elle transgresse le droit international, – point de vue orienté que vous confondez avec les valeurs de la république.

    Les valeurs de la république, Monsieur le ministre, reviennent-elles à donner en catimini la légion d’honneur au militaire putschiste as-Sissi, comme l’a fait votre président qui est resté surtout un homme d’affaires (2) , heureux de vendre vos Rafale et vos armes à ceux qui ont mis un terme au processus démocratique qui avait porté un Frère musulman au pouvoir, le Dr Mohamed Morsi, assassiné en prison ? Il est clair qu’avec cet homme exceptionnel aux commandes de l’Egypte, le droit des Palestiniens aurait été autrement défendu selon les Conventions de Genève, que le sionisme ne respecte pas.

    Les valeurs de la république, Monsieur le ministre, reviennent-elles à criminaliser les pratiques religieuses des musulmans comme étant des indices de radicalisation, et partant de terrorisme possible ? (3)  Il est vrai que de telles confusions ignobles pour voler des voix à l’extrême droite relève d’une stratégie électoraliste particulièrement déplorable. 

    En France, tous les débats sont possibles et un prêtre qui rappelle la position de son église n’appuyant pas le mariage pour tous n’est pas un ennemi de la république, mais un homme qui vit selon sa conviction de foi, ce qui demeure son droit le plus absolu. En revanche, une police d’opinions s’impose pour réglementer le discours des imams et des croyants, dont je fais partie, qui irait en ce sens.

    Dans les années trente, la doxa, qu’il ne faut jamais confondre avec les valeurs républicaines à moins de faire preuve d’imbécilité, allait très largement contre un segment de la population, criminalisé à tort : les juifs. Une large partie du pouvoir en place a suivi alors cet ignoble mouvement de foule , et bien plus, a nourri l’antisémitisme par des déclarations infâmes.  On a vu le résultat dans l’Europe dite des Lumières. Aujourd’hui, une forme de pensée unique est clairement orientée par les lobbies qui tiennent en France la majorité des médias et désignent le danger que représentent les valeurs de l’islam et la présence des musulmans. Je vous laisse déduire par vous-même ce que l’on peut légitimement penser de votre alignement sur cette doxa nauséabonde. Et vous voudriez m’empêcher d’exposer cette conviction en France ?

    Par conséquent, Monsieur le ministre de l’Intérieur, il ne sera jamais question pour nous de délaisser la critique du sionisme, sous prétexte que nous serions ainsi des antisémites.

    Nous n’abandonnerons pas les enfants de Gaza, ni les enfants de Jérusalem d’ailleurs, qu’on exproprie en se moquant des résolutions de l’ONU et du droit international. Votre gouvernement, lui, se tait, et ne s’honore pas par son silence.

    C’est votre subordination seule à une idéologie tribaliste élective qui est contraire aux valeurs de la république, et votre position sur la liberté d’expression n’est plus celle de l’Etat de droit.

    De fait, non seulement je prendrai toute mesure légale pour contrer votre décision, mais encore, je mettrai en évidence la perfidie de votre alignement sur une idéologie envahissante qui contredit la culture française que vous prétendez défendre, et à laquelle les systèmes politique, médiatique, financier, et bientôt juridique (?) sont pratiquement entièrement soumis.

    Devant ces faits qui relèvent de l’évidence, seuls les idiots utiles et les intellectuels-escrocs en viennent à nous soupçonner de conspirationnisme. 

    Je vous laisse, Monsieur le ministre, le choix de la conviction qui s’impose.


    Meilleurs messages

    Hani Ramadan

    Genève, 16 juillet 2022

    Notes : 

    1 : Cycle contre la censure

    « Islam et laïcité, deux doctrines qui s’affrontent ? »
    « La femme en Islam : quelle dignité ?»
    « Soufisme et spiritualité en Islam ».
    « Conspirationnisme, antisémitisme et antisionisme. »
    « Hassan al-Bannâ, éléments de sa vie et de sa pensée. » 

    2 : Donner discrètement la grand-croix de la Légion d’honneur à un putschiste sanguinaire, voilà assurément les nouvelles valeurs de la république. Honte à vous !
    Lettre à tou(te)s les musulman(e)s vivant en France, et au gouvernement Macron – Islam et engagement (tdg.ch)

    3 : Christophe Castaner: « Parmi ces signes (de radicalisation), qui doivent être relevés, une pratique religieuse rigoriste, particulièrement exacerbée en période de ramadan. C’est un signe, qui doit permettre de déclencher une alerte sur ce sujet. »
    Où va la France ? – Islam et engagement (tdg.ch)