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  • Le message de ramadan, mois de jeûne

    Le message de ramadan, mois de jeûne

    Toutes les grandes spiritualités ont en commun qu’elles appellent les humains à dépasser le cadre matériel de leur existence, pour retrouver la profondeur du sens de la vie. Intention largement contredite par les temps actuels, où la surconsommation a tendance à devenir la règle, où les plaisirs superficiels à la chaîne se succèdent pour agrémenter nos jours et nos nuits.

    Ramadan

    Le mois de ramadan vient bouleverser ces douces habitudes et ce confort continuel. D’abord parce que précisément, il renverse notre quotidien : jeûner le jour et écourter son sommeil la nuit, voilà qui marque une rupture qui engage à une remise en question. On apprécie de cette façon la nourriture qui est un don voulu de Dieu, et non pas seulement une collation fortuite que nous offre « dame Nature ».

    On se contraint ensuite à l’effort et l’on acquiert ainsi une vertu essentielle : la patience. Tout le contraire de la fébrilité de qui veut dévorer la vie sans attendre.

    La faim rappelle encore que d’autres ont faim, qui n’auront pas l’occasion de rompre leur jeûne le soir venu ; qui en meurent dans l’indifférence d’un monde plus enclin à la fête qu’au partage.

    Et surtout, il y a ce lien qui nous rattache à notre Créateur. Jeûner, c’est répondre pour les musulmans à une injonction divine. Pendant ce mois béni, les croyants sont invités à renforcer leur relation avec Dieu.

    Le Coran souligne par ailleurs que le jeûne est une pratique universelle : « Ô vous qui avez cru! Le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédé. Peut-être pratiqueriez-vous la piété ! » (Coran, 2, 183) Nous observons ainsi qu’il a été exercé par un grand nombre de peuples, comme l’exprimait bien Marie-Reine Geffroy : « C’est ainsi qu’à l’origine, le jeûne fait partie des rites de toutes les religions. Dans la Bible, nous trouvons le jeûne de quarante jours de Moïse sur la montagne d’Horeb et celui que le Christ passa dans le désert. On sait que les Spartiates, à l’image des Persans, habituaient leurs enfants à des jeûnes de plus en plus longs pour les rendre plus résistants. » (…)

    En Égypte, chez les Grecs, dans l’ancien Mexique, chez les Aryens, partout dans l’antiquité, on trouve le jeûne prescrit par la loi religieuse et, dans les premiers temps de l’ère chrétienne, les fidèles s’abstenaient totalement de nourriture pendant 24 heures, chaque semaine, comme les Israélites le pratiquaient déjà dans leurs jeûnes rituels du Pourim et du Yom Kippour. Dans « Les lettres à l’ashram», de Gandhi, nous lisons : « Ma religion m’enseigne que lorsqu’on est très affligé d’une chose à laquelle on ne peut remédier, il faut jeûner et prier. » » *  

    On le voit : le message de ce mois fait écho à une pratique universelle oubliée dans le monde dit moderne, qui a plutôt tendance à s’enliser dans la seule recherche des plaisirs. Nos cœurs réclament cependant autre chose, n’est-ce pas ?

    (*) Quand le corps s’allège, l’âme s’élève. 


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève, Opinion, 16 février 2026

    (Article TDG)

  • Le «silence affligeant» de la CICAD

    Le «silence affligeant» de la CICAD

    Cité d’une manière qu’il juge diffamatoire dans une opinion du secrétaire général de la CICAD («L’éternel retour du fantasme CICAD», notre édition du 3 octobre), Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, réplique.

    Cela fait plus de dix ans que nous interpellons la CICAD pour qu’elle se démarque des exactions sionistes répétées à l’encontre des civils palestiniens. Un organisme qui, contrairement à ce qu’affirme son secrétaire général, Johanne Gurfinkiel, a toujours eu des liens très fort avec l’Etat d’Israël, et refuse d’en faire la moindre critique. J’aimerais cependant souligner un point sur lequel nous sommes d’accord: il est évident que les atrocités commises à Gaza ont entraîné une recrudescence de l’antisémitisme. A tort, parce que l’on ne doit pas confondre l’immense culture juive avec une idéologie qui pose des problèmes depuis 1917. Or, Johanne Gurfinkiel affirmait récemment dans la presse romande: «Le sionisme soutient le droit du peuple juif à l’autodétermination et à la création d’un Etat-nation en terre d’Israël. Il ne définit pas de frontières.» Cette dernière phrase est ambiguë. Quelles sont en effet les limites géographiques légitimes de l’Etat d’Israël? Jamais la CICAD n’a condamné la colonisation qui se poursuit, et ses méthodes inhumaines qui ne respectent ni les Conventions de Genève, ni le droit international. Est-il dès lors raisonnable de subventionner dans notre canton un organisme qui affiche vertement son soutien à un projet dont on ne connaît pas les frontières, et qui s’étend bien au-delà de celles de 1967, contre le droit international?

    «De la rivière à la mer, la Palestine sera libre!» Contrairement aux dires des propagandistes, ce slogan ne signifie absolument pas que les juifs doivent être exterminés. Avant l’arrivée des colons, juifs, chrétiens et musulmans vivaient en paix dans un Etat appelé Palestine. Que doit-on penser cependant de la volonté affichée de créer le Grand Israël, du Nil à l’Euphrate?

    Autre ambiguïté: Johanne Gurfinkiel a déclaré que «l’antisionisme est une forme contemporaine d’antisémitisme, car c’est appeler à l’éradication de l’Etat juif». Vraiment? Que dire des juifs antisionistes? Et ils sont nombreux! Et comment peut-on confondre un Etat qui se dit juif avec les juifs qui ne se réclament pas de cet Etat? Comment, en outre, concilier un Etat suprémaciste avec les valeurs citoyennes? Les juifs qui, pour lutter contre l’antisémitisme, dénoncent sans détour les agressions sionistes, adoptent une attitude bien plus intelligente que celle des membres de la CICAD, qui s’obstinent dans un silence affligeant, et perdent ainsi toute crédibilité.

    On ne vous demande pas de traiter de «fréristes, islamistes, terroristes» ceux qui vous soumettent pareilles réflexions relevant somme toute du bon sens. N’est-il pas temps, afin de lutter contre l’antisémitisme, et contre l’islamophobie au passage, de dire haut et fort – et précisément en gardant en mémoire les victimes des atrocités nazies – qu’être juif, et donc homme avant tout, c’est défendre tous nos semblables contre tous les racismes et contre toutes les injustices, sans privilège aucun ?


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Le « silence affligeant » de la CICAD (blogspirit.com), 24 octobre 2025

    Le « silence affligeant » de la CICAD, Le Courrier,  24 octobre 2025

    L’éternel retour du fantasme CICAD, Le Courrier, 2 octobre 2025

    Interpellations et silences de la CICAD

    Genevois et Suisses, méfiez-vous de la CICAD ! – Islam et engagement (blogspirit)

    Le silence de la CICAD, organisme sioniste – Islam et engagement (blogspirit)

    CENSURE : LICRA et CICAD, organes de propagande sioniste – Islam et engagement (blogspirit)

    Lutter contre la violence sioniste et condamner l’antisémitisme , Le Temps

    «La CICAD est-elle prête à condamner les massacres commis en Palestine?», Blick

  • Non, Monsieur le Conseiller fédéral !

    Non, Monsieur le Conseiller fédéral !

    Le 5 juin 2025, on apprenait par les médias qu’une lettre interne à votre Département des affaires étrangères (DFAE), signée par au moins 250 fonctionnaires et diplomates, exigeait une condamnation claire et ferme des crimes d’Israël à Gaza. « Nous ne pensions pas qu’il (c’est-à-dire vous-même) pouvait aller si loin dans sa reprise des arguments en faveur du gouvernement israélien », a par exemple dit à la RTS une source interne au DFAE.

    On apprend à présent que vous avez adressé à votre tour une lettre qui sonne comme un avertissement à vos collaborateurs et dont voici un extrait selon Blick :

    « La transmission de ce courrier aux médias afin de faire pression sur le Conseil fédéral ne s’inscrit pas dans notre culture du dialogue. Elle peut en outre constituer une violation du devoir de fidélité inscrit dans le droit du personnel fédéral car elle peut affecter la confiance du public dans l’Etat, dont vous êtes les serviteurs et que vous représentez », avez-vous écrit ce 25 juin 2025.

    Il est bon de vous rappeler que vous vous êtes exprimé sur la RTS le 3 juin 2025 pour justifier votre position sur la situation à Gaza. Nombreuses sont les personnes qui ont été profondément choquées par votre prestation, qui n’a pas été digne de ce que l’on est en droit d’attendre en Suisse d’un Conseiller fédéral.

    Permettez-moi de vous rendre attentif aux points suivants :

    Vous avez déclaré : « Il y a eu des violations massives de la part d’Israël et de la part du Hamas. » Peut-on encore mettre dos à dos les actions du Hamas et l’ampleur de la dévastation de Gaza ?

    Vous avez affirmé, en reprenant exactement les propos de Netanyahou, que « si le Hamas rendait les otages à Israël, il y aurait déjà eu un cessez-le-feu. » Vraiment ? Et les colons auraient aussi arrêté leur extension en Cisjordanie qui dure depuis des décennies ? Où ils tuent et emprisonnent en toute impunité des civils palestiniens ? Quand déclarerez-vous objectivement que le problème n’est pas celui de la résistance, mais de la colonisation qui se poursuit contre le droit international ?

    Et de façon inouïe, vous avez ajouté : « N’oublions pas que chaque guerre est également une guerre d’information. » Etes-vous sûr qu’il s’agisse d’une guerre ? Ne sommes-nous pas visiblement les observateurs d’un programme d’extermination et de déportation ?

    Pire : « Il y a eu des coups de fusil. Qui l’a fait ? Qui est responsable ? On ne le saura jamais. » On le sait déjà. Comme on sait que Tsahal bombarde massivement des civils depuis 20 mois ! On le sait certainement, par le compte-rendu des ONG sur le terrain et les témoignages filmés qui montrent l’étendue de la cruauté des soldats qui n’épargnent ni enfants, ni femmes, ni vieilles personnes. On le sait par la famine qui sévit. On le sait par le fait que Netanyahou est poursuivi par la CPI ! On le sait par les journalistes et les médecins assassinés, vos collègues à Gaza à qui vous devriez rendre hommage. Attribuer les programmes d’aide alimentaire au gouvernement de Netanyahou, c’est confier les agneaux affamés au loup ! Et votre position sur l’UNRWA entre dans cette logique qui consiste à priver des civils d’une réelle assistance.

    Autre déclaration inacceptable : « Il faut condamner le fait que l’un et l’autre côté ne permettent pas que l’aide humanitaire entre dans la bande de Gaza et soit correctement distribuée. »  Oui, oui. Les résistants palestiniens tiennent à ce que les enfants de Gaza meurent de faim. C’est évident. Le Hamas tire des missiles sur les hôpitaux dans lesquels il se cache en se servant des malades comme boucliers humains. N’est-ce pas ?

    Monsieur le Conseiller d’Etat, je vous rappelle que c’est le gouvernement de Netanyahou qui empêche les camions d’entrer. Je vous rappelle que nous sommes les détenteurs des Conventions de Genève. Devant la destruction massive de Gaza, et les familles expropriées et chassées de Jérusalem-Est, la fausseté de vos allégations est particulièrement criante.

    Des bébés et des enfants meurent de faim à Gaza.

    Au lieu de prétendre rappeler vos collaborateurs à l’ordre en brandissant le principe du devoir de fidélité, il serait indiqué que vous preniez vos distances avec la rhétorique des criminels de guerre.


    Hani RAMADAN

    Citoyen de Genève

    4 juillet 2025

    Non, Monsieur le Conseiller Fédéral ! (blogspirit.com)

  • Des demandes d’enquête (TdG)

    Il y a quelque temps, un journaliste romand s’était adressé à ses lecteurs, leur suggérant de lui proposer des thèmes d’enquêtes. Au vu de l’actualité et de son traitement, ce n’est certainement pas cela qui manque. Voilà quelques champs d’investigations qui seraient les bienvenus :

    Combien de Palestiniens sont morts dans la bande de Gaza, depuis le 7 octobre 2023? Un article de la RTS affirmait en juin 2024: «Le nombre de morts à Gaza serait sous-estimé de 40%, selon une étude publiée dans The Lancet, avec potentiellement 64’260 décès directs jusqu’à fin juin 2024 […] En comptabilisant les décès indirects liés au manque de soins ou de nourriture, le bilan pourrait atteindre plus de 230’000 morts, soit 10% de la population de Gaza. Les conditions sanitaires précaires et l’accès limité aux soins entraînent de nombreux décès évitables, notamment chez les enfants et les femmes enceintes.» Cela, Il y a neuf mois. Qu’en est-il aujourd’hui?

    Des crimes de guerre ont été commis à Gaza. Si tel est le cas, les gouvernements qui ont continué à fournir en armes l’État de Netanyahou ne portent-ils pas une lourde responsabilité par leur soutien à Tsahal ? Les États-Unis en tête, mais aussi l’Allemagne et la France ?

    Le compte rendu de ces atrocités n’a pas été établi par les médias dans ces proportions réelles: Combien de médecins tués et emprisonnés? Le bureau des médias de la bande de Gaza a donné le chiffre de «1000 médecins et infirmières et infirmiers tués depuis le 7 octobre 2023. Trois cent dix-sept ont été arrêtés, certains subissant des tortures.»

    Combien de civils détenus et torturés systématiquement ? Combien de journalistes assassinés ? Après six mois de bombardements, Reporters sans frontières annonçait: «Depuis le 7 octobre 2023, plus de 105 journalistes ont été tués par l’armée israélienne à Gaza dont au moins 22 dans l’exercice de leur fonction.» Et interrogeait: «Où est la communauté internationale ?»

    Qu’en est-il aujourd’hui, après dix-sept mois ? La famine a servi d’arme de guerre, avec l’impossibilité de faire entrer des denrées alimentaires en suffisance. Les camions ont été arrêtés à la frontière de Gaza, et le sont à nouveau, malgré les accords liés au cessez-le-feu. Et tout cela aux yeux des nations incapables d’empêcher cette ignoble stratégie. Quel bilan en tirer aujourd’hui en ce qui concerne les victimes ?

    Ces enquêtes mettraient en évidence l’ampleur des atrocités commises à Gaza. Et l’ampleur aussi du silence qui les a accompagnées, permettant ainsi que ces crimes se poursuivent impunément.


    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    Tribune de Genève, L’invité, 18 mars 2025

  • Des demandes d’enquêtes sur Gaza

    Combien de Palestiniens sont morts dans la bande de Gaza, depuis le 7 octobre 2023 ? Un article de la RTS affirmait en juin 2024 : « Le nombre de morts à Gaza serait sous-estimé de 40%, selon une étude publiée dans The Lancet, avec potentiellement 64’260 décès directs jusqu’à fin juin 2024 (….) En comptabilisant les décès indirects liés au manque de soins ou de nourriture, le bilan pourrait atteindre plus de 230’000 morts, soit 10% de la population de Gaza. Les conditions sanitaires précaires et l’accès limité aux soins entraînent de nombreux décès évitables, notamment chez les enfants et les femmes enceintes. » Cela, Il y a 8 mois. Qu’en est-il aujourd’hui ? Et des blessés ? Notons que les violences ont redoublé en Cisjordanie occupée depuis l’annonce du cessez-le-feu : un bilan serait aussi le bienvenu.

    La plupart des gouvernements occidentaux, dont celui des Etats-Unis, et aussi Madame Ursula von der Leyen, ont immédiatement répété en chœur après le 7 octobre 2023 qu’« Israël a le droit de se défendre. »  Des dirigeants, soucieux de préserver leur aura médiatique, ce sont même rendus sur les lieux, serrant avec vigueur la main de Netanyahou. Cette rhétorique et ces gestes ont clairement donné à ce dernier la possibilité de poursuivre et la colonisation des territoires occupés, et le bombardement des civils palestiniens.

    Des crimes de guerre ont été commis à Gaza. Les gouvernements qui ont continué à fournir en armes l’Etat de Netanyahou ne portent-ils pas une lourde responsabilité par leur soutien à Tsahal ? Les Etats-Unis en tête, mais aussi l’Allemagne et la France ? Et la Suisse par le commerce indirect des instruments de guerre ?

    Le compte-rendu de ces atrocités n’a pas été établi par les médias dans ces proportions réelles : Combien de médecins tués et emprisonnés ? Le bureau des médias de la bande de Gaza a donné le chiffre de « 1000 médecins et infirmiers-infirmières tués depuis le 7 octobre 2023. 317 ont été arrêtés, certains subissant des tortures. » N’est-il pas tant de rendre justice à ces hommes et ces femmes de la santé qui se sont comportés en héros, refusant d’abandonner les malades ? Les témoignages du personnel du CICR sur place et des organisations telles et Médecins sans frontières, à qui il convient aussi de rendre hommage, ne disposent-ils pas d’informations révélant l’étendue du drame des Gazaouis ?

    Combien de journalistes assassinés ? Combien de civils détenus et torturés systématiquement ? Après six mois de bombardements, Reporters sans frontières annonçait : « Depuis le 7 octobre 2023, plus de 105 journalistes ont été tués par l’armée israélienne à Gaza dont au moins 22 dans l’exercice de leur fonction. » Et interrogeait : « Où est la communauté internationale ? » Qu’en est-il aujourd’hui, après 16 mois ?

    La famine a servi d’arme de guerre, avec l’impossibilité de faire entrer des denrées alimentaires en suffisance. Pendant 16 mois, les camions ont été arrêtés à la frontière de Gaza. Et tout cela aux yeux des nations incapables d’empêcher cette ignoble stratégie. Quelles en ont été les conséquences ?

    Avec le cessez-le-feu entré en vigueur, ces enquêtes mettraient en évidence l’ampleur des atrocités commises à Gaza. Et l’ampleur aussi du silence qui les a accompagnées, permettant ainsi que ces crimes se poursuivent impunément. Une grande partie de la presse n’a pas vraiment rendu compte de l’ampleur de cette tragédie humaine.

    Autre questionnement: pourquoi la propagande de guerre israélienne a-t-elle été reprise immédiatement au lendemain du 7 octobre 2023 par les médias à l’échelle internationale? Avec une volonté évidente de criminaliser les Palestiniens, pour justifier ce qui devait advenir ?


    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    25 février 2025

    Des demandes d’enquêtes sur Gaza – Islam et engagement (blogspirit.com)

  • Le Tout-Puissant, pas la finance !

    Les premiers mots de notre Constitution helvétique comprennent en préambule cette belle expression : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! » Cette mention n’est pas anodine. Elle a signifié que notre pays s’est fondé par le passé sur un élan civilisationnel qui reconnaît un Créateur dont la volonté impose de hautes valeurs humaines. L’image de la Suisse correspond aujourd’hui encore à cette mission universelle : le berceau d’Henry Dunant est reconnu pour les aides humanitaires conséquentes qu’il apporte à travers le monde, mais aussi pour son rôle de médiateur avisé entre belligérants. Hélas, il semble que cet emblème se soit écorné depuis, et en voici deux exemples :

    Dans une chronique internationale (Tribune de Genève-TDG, 23 août 2024), Madame Rizwana Ilham, présidente de l’Association Ouïghours Suisse, affirme en parlant de la Chine qu’elle « a du mal à comprendre comment la Suisse a pu conclure un accord de libre-échange, il y a dix ans de cela, avec un régime responsable d’autant de souffrances. »  Situation qui touche aussi les Tibétains. La réponse est claire : le Conseil fédéral, qui n’ignore pas les exactions commises par le « parti communiste chinois », fait passer les intérêts économiques de sa place financière avant les valeurs morales qui dicteraient plutôt de défendre des populations écrasées par le régime de Pékin.

    Peu importe si tout cela n’est pas très éthique, l’essentiel est d’agir dans le cadre de la légalité que l’on se donne. C’est le même raisonnement qui a fait bondir des élus helvétiques, lorsqu’ils ont appris que la Suisse exporte vers Israël du matériel « à double usage », à des fins civiles, mais aussi à des fins militaires ! (TDG, Israël combat avec du matériel romand à Gaza, par Thibault Nieuwe Weme, 23 août 2024) Pratique dite « légale ». Vraiment ?  Cela nous interroge.

    Quel malheur de voir des hommes politiques se satisfaire de cette légalité de façade, quand les populations civiles palestiniennes sont soumises à des bombardements ! Notre pays en paie déjà le prix : pris dans le filet de ses amitiés « Suisse-Israël », il a perdu son rôle de médiateur sur ce conflit majeur. Quant à sa « neutralité relative », elle est mise à mal au profit de considérations purement économiques.

    Il est impératif de revenir à nos origines humanistes. Le Tout-Puissant, ce n’est pas la finance.


    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    22 septembre 2024

    Le Tout-Puissant, pas la finance ! – Islam et engagement (blogspirit.com)

  • La CICAD est-elle prête à condamner les massacres commis en Palestine ?

    Le directeur du Centre islamique de Genève, Hani Ramadan, répond aux accusations du secrétaire général de la CICAD. Ce dernier s’offusquait, dans une interview à Blick, des propos de l’intellectuel, qui nuançait les actions du Hamas.

    « J’ai toujours répété à notre communauté qu’il fallait défendre les Juifs contre l’antisémitisme »,
    affirme le directeur du Centre islamique de Genève, Hani Ramadan.


    Lucie Fehlbaum Journaliste Blick

    Dans une interview donnée à Blick, le secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), Johanne Gurfinkiel, réagissait aux propos tenus par Hani Ramadan dans la presse. Ce dernier nuançait les actions du Hamas lors du 7 octobre, dans une chronique publiée par la «Tribune de Genève».

    Il accusait notamment Hani Ramadan de diffuser des fakes news et de « manipuler » les militants. Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève (CIG), répond aujourd’hui à ces accusations.

    Hani Ramadan, niez-vous les événements du 7 octobre ?

    Bien évidemment, je ne nie pas que le 7 octobre, il y a eu une action du Hamas. Le Hamas a même reconnu qu’il y a eu des échanges de tirs avec l’armée israélienne, ce qui a occasionné la mort de civils, ou de colons selon le point de vue palestinien. Mais connaître ce qui s’est passé exactement ne peut être que le fruit d’une enquête sérieuse, en évitant de se référer à la propagande du gouvernement israélien.

    Pourquoi est-ce si compliqué d’utiliser ce mot, « terrorisme », pour définir le 7 octobre ?

    Netanyahou a aussitôt qualifié l’action du Hamas de « terroriste ». La vraie question est de savoir pourquoi les médias ont immédiatement repris cet éclairage avant toute enquête émanent d’un organisme indépendant. Je rappelle que la résistance palestinienne répond au terrorisme d’État sioniste. Il ne faut pas inverser les rôles. La CICAD est-elle prête à condamner la colonisation qui se poursuit contre le droit international ? J’ai interpellé cet organisme depuis 2011, dans de nombreuses opinions parues dans la presse. J’attends toujours de ces Messieurs de la CICAD une condamnation claire des massacres répétés de civils palestiniens.

    Mais le 7 octobre a marqué une nouvelle escalade du conflit, avec les conséquences dramatiques que nous voyons aujourd’hui. Ne faut-il pas commencer par qualifier cet événement-là ?

    Le conflit n’a pas démarré le 7 octobre. Il a commencé en 1917 et depuis lors, la colonisation n’a cessé de s’étendre, ne respectant ni les décisions de l’ONU, ni le droit international, les dernières transgressions en date concernant les colonies de peuplement au-delà de la ligne de 1967. La Cour de justice internationale appelle Israël à cesser immédiatement toute activité colonialiste.

    Qu’est-ce qui s’est passé, alors, s’il ne s’agit pas de terrorisme ?

    Quelle est la logique qui consiste à demander aux Palestiniens de reconnaître un territoire qui s’étend à leurs dépens, sans réagir ? Je vous signale que la résolution 45/130 de l’Assemblée générale des Nations Unies donne aux Palestiniens le droit de résister « y compris par la lutte armée ».

    Vous évoquez les sionistes, et cette distinction entre sionisme et judaïsme fait notamment partie de ce que la CICAD vous reproche.

    Distinguer la doctrine sioniste et le fait d’être juif est essentiel, la culture juive ayant beaucoup apporté à l’humanité. Si Johanne Gurfinkiel veut vraiment défendre sa communauté, il faut qu’il se démarque du sionisme dans sa traduction politique colonialiste, qui ne respecte pas les droits humains. Il faut qu’il condamne sans détour les horreurs perpétrées à Gaza par l’armée israélienne.

    Mais vous n’êtes pas antisémite ?

    Un musulman ne peut pas être antisémite. Fait partie de notre foi la reconnaissance des grands prophètes, qui sont aussi nos modèles : Israël, c’est-à-dire Jacob, et bien d’autres comme Moïse et Jésus, ce dernier étant pour nous un prophète illustre. Combattre l’antisémitisme, comme l’islamophobie, est aujourd’hui plus que nécessaire.

    Pouvez-vous, tout de même, effectuer cette distinction et vous revendiquer philosémite ?

    Si vous attaquez Israël sur sa colonisation, on vous accuse d’être antisémite. C’est très malsain. La stratégie de diabolisation promue par le gouvernement de Netanyahou, et de l’extrême-droite, consiste à faire prendre au 7 octobre les couleurs de l’Holocauste. C’est en Occident que le nazisme abominable est né pour exterminer le peuple juif. Imputer ces horreurs, inscrite dans la conscience collective, à la résistance palestinienne, constitue non seulement un anachronisme mensonger, mais surtout une injustice dont les Occidentaux s’accommodent. Si vous êtes complaisant avec certains sionistes, ils finiront par vous faire croire qu’Hitler était palestinien !

    Si je reprends les termes de Johanne Gurfinkiel, considérez-vous l’état d’Israël comme un « cancer sur le globe terrestre » ?

    Encore une expression au service de raccourcis intellectuellement douteux. Je ne pense pas que les Juifs qui vivent entre le fleuve et la mer soient un « cancer ». Beaucoup d’ailleurs critiquent avec courage les exactions commises par leur gouvernement. Il reste que la genèse du sionisme repose sur trois fondements : le terrorisme, le colonialisme, et l’idée d’un droit à disposer de la terre, fondé sur un suprémacisme par ascendance. Par ailleurs, les Britanniques ont donné aux Juifs une terre habitée qui ne leur appartenait pas.

    Lorsque le secrétaire général de la CICAD vous déclare « producteur de fake news », que répondez-vous ?

    Je réponds que c’est lui qui n’est pas assez précis. Il affirme que même la presse israélienne d’extrême-gauche n’a pas contesté le 7 octobre. Le journal israélien « Haaretz » a rapporté que la police israélienne n’a pas été en mesure de trouver et d’identifier des corps de victimes de viols (ndlr: En novembre, le journal israélien de gauche rapportait que la police n’avait recueilli aucune preuve médico-légale de crimes sexuels commis le 7 octobre. Dans un article daté d’avril, « Haaretz » relate plusieurs témoignages de crimes sexuels et indique que les services de sécurité israéliens possèdent plusieurs aveux de membres du Hamas. Mais le quotidien rapporte que parmi le matériel recueilli par la police et le renseignement, il n’y a pas de documentation visuelle attestant de viols. L’enquête est en cours.). Les accusations de viol viennent des services de sécurité israéliens. Encore une fois, comment peut-on accorder un réel crédit à ces sources sans une enquête indépendante ? Enquête demandée par les familles des prisonniers retenus à Gaza, mais que Netanyahou refuse de mener jusqu’à présent ! Il faut considérer les faits. Les mensonges émanant du gouvernement Netanyahou après le 7 octobre ont été repris immédiatement par la presse comme étant des évidences.

    De quels mensonges parlez-vous ?

    Il s’agit d’un processus de désinformation sioniste visant à diaboliser le Hamas pour justifier ce qui était déjà prévu, c’est-à-dire la destruction de Gaza de la façon la plus inhumaine. Des mensonges ? Le gouvernement israélien a reconnu que l’égorgement de 40 bébés par le Hamas était une fausse information. Le bébé mis au four par le Hamas, histoire qui s’est répandue planétairement, a été démentie par le « Jerusalem Post » du 8 novembre. La vidéo de la femme enceinte éventrée par le Hamas date du 17 janvier 2018, et montre un acte criminel commis par une organisation terroriste mexicaine. La RTS s’est rendue là-bas et a été empêchée d’aller plus loin dans les kibboutz, parce que les armements qui ont été utilisés pour raser les kibboutz et les voitures ne pouvaient pas être le fait des Palestiniens.

    Selon le porte-parole de la CICAD, vos sources sont douteuses. Quelles sont-elles ?

    Elles sont nombreuses et désormais incontournables. Je recommande vivement la lecture de l’ouvrage de Jacques Baud, « Opération déluge d’Al-Aqsa ». Jacques Baud est Colonel chef d’état-major, ex-agent des services secrets suisses. Son livre fourmille de documents et de preuves qui remettent en cause la diabolisation de la résistance palestinienne.

    Il analyse notamment les événements du 7 octobre ?

    Oui. Dans son livre, on découvre par exemple le témoignage d’une jeune commandante de char pour les Forces de défense israélienne. Elle avoue avoir ouvert le feu sur les maisons d’un kibboutz, sans savoir s’il y avait des civils israéliens avec les combattants du Hamas.

    Avez-vous d’autres sources pour étayer votre position ?

    Les journalistes américains Max Blumenthal et Aaron Maté, des Juifs, du média alternatif américain « The Grayzone », ont enquêté sur les allégations de viols commis par le Hamas et ont mis en évidence une fabrication.

    Vous citez régulièrement l’historien israélien Ilan Pappé, « référence fumeuse » selon Johanne Gurfinkiel, qui participerait à alimenter une forme de théorie du complot que vous véhiculez. Que répondez-vous à cela ?

    Entre le propagandiste Gurfinkiel et Ilan Pappé, professeur d’université et historien de renommée internationale, ma préférence va à l’intellectuel, dont je recommande les ouvrages, notamment son livre « Le nettoyage ethnique de la Palestine ». Il considère que l’action du Hamas est assimilable à un acte de résistance : Il s’agissait de constituer le plus grand nombre de prisonniers vivants pour un échange contre les Palestiniens incarcérés. Pour lui, le Hamas a agi pour briser une prison à ciel ouvert, et contre la colonisation qui se poursuit. Tout cela n’a pas commencé le 7 octobre.

    Le secrétaire de la CICAD vous estime d’une « certaine dangerosité », visant à « manipuler des militants ». Quel rapport entretenez-vous avec vos fidèles ?

    C’est ridicule. J’ai toujours répété à notre communauté qu’il fallait défendre les Juifs contre l’antisémitisme, ce que nous impose la justice. Nous avons jeûné le 16 juillet 2024, qui correspondait au 10 du mois de « Âshûrâ », pour célébrer la libération du peuple de Moïse du joug de Pharaon. On l’a fait malgré les massacres à Gaza. J’ai fait récemment un sermon sur le thème « L’Islam et l’antisémitisme », disponible sur le site du Centre islamique de Genève. Si cela s’avérait nécessaire en raison de l’antisémitisme persistant, j’appellerais les musulmans à former une chaîne humaine si une synagogue devait être attaquée en Suisse, et à dire : « Ne touchez pas à nos synagogues ! »

    « Nos » synagogues ?

    Oui, on a le privilège, en Suisse, de vivre dans une république. Dans une république, on protège les synagogues, les églises et les mosquées. Aucune agression ne doit être admise contre un rabbin, un dignitaire ecclésiastique, un imam, ou un membre de leurs communautés respectives. Même chose pour les libres penseurs. Et les gens qui vivent leur foi sont libres de le faire et peuvent s’engager dans la perspective du dialogue. Mais il doit être franc, fondé sur les droits humains ; sur les Conventions de Genève, par exemple.


    Hani RAMADAN
    Directeur du Centre Islamique de Genève
    Inverview Blick , 13 août 2024

  • La propagande sioniste

    Cet article, proposé au journal Le Temps et au 24Heures (un extrait), n’a pas reçu de réponses claires quant à la raison de sa non-diffusion. Une forme de censure qui en dit long sur l’impossibilité d’un dialogue objectif imposée par la propagande sioniste. Cela doit cesser. Nous ne nous tairons pas devant les atrocités rendues possibles par un éclairage médiatique indigne.

    Trois éléments majeurs de la propagande sioniste

    Mia Shem : « People are very good, very kind to me. Kullu Tamâm (tout était parfait) :  food good and the kindness and everything good. »
    Michel Sabbah : « Le Hamas nous protège ! »
    Sarah Katz : « C’est une société très tolérante qui est en train de mourir. »

    Nous pouvons retenir trois éléments récurrents de la propagande sioniste :

    1) Le 7 octobre 2023, l’Etat d’Israël est confronté à une attaque dont il compare la cruauté à celle des nazis : bébés égorgés, jetés au four, femmes violées et éventrées, civils attachés et brûlés vifs, etc. Récits rapportés par l’armée israélienne et son gouvernement, dont on s’étonne qu’ils puissent être considérés comme immédiatement crédibles par des êtres doués de raison. Le cas de l’une des Israéliennes emprisonnées puis libérées par le Hamas est édifiant en ce sens. Blessée au bras, Mia Shem a été opérée à Gaza par un médecin qui a appliqué une procédure médicale enseignée par le Dr Christophe Oberlin. Cette jeune femme est sortie en affirmant devant les médias qu’elle avait bien été traitée par les Palestiniens. Puis, très rapidement, son discours a totalement changé : elle dit avoir été opérée par un vétérinaire sans anesthésie, alors qu’elle affirmait le contraire ; et surtout, les termes utilisés montraient combien elle avait été influencée par son gouvernement : elle a « vécu un Holocauste », à n’en point douter ! Après cette récupération propagandiste, The Times of Israël soulignait : « L’otage libérée des geôles du groupe terroriste palestinien du Hamas, Mia Shem, 21 ans, dit avoir vécu un enfer semblable à celui de la Shoah durant sa captivité à Gaza. » (L’ex-otage Mia Shem : « Tout le monde à Gaza est un terroriste, j’ai vécu l’enfer » – The Times of Israël (timesofisrael.com))

    Premières déclarations de Mia Shem au sortir de sa captivité : « People are very good, very kind to me. Kullu Tamâm (tout était parfait) :  food good and the kindness and everything good. »

    Netanyahou n’a pas renoncé, pour tromper l’opinion publique mondiale, et aussi ses concitoyens, à se servir de ce thème afin de qualifier les réactions d’une communauté internationale qui s’émeut du sort réservé aux civils palestiniens. Il n’a pas hésité à jeter ainsi le discrédit sur les étudiants qui manifestent pacifiquement dans les Campus américains : « Cela vous rappelle ce qui s’est passé dans les universités allemandes dans les années 1930. C’est inadmissible ». Netanyahou omet de mentionner cependant que de nombreux étudiants juifs, avec un courage admirable, participent à ces rassemblements pour dire que les massacres perpétrés à Gaza ne peuvent se faire en leur nom. Il devrait écouter aussi le témoignage magistral de Stephen Kapos, survivant de la Shoah, s’adressant aux étudiants américains et les encourageant avec véhémence à poursuivre leurs actions en Amérique, mais aussi en France où les étudiants de Sciences Po ont crié leur colère : « Continuez à le faire, n’abandonnez pas ! »  Stephen Kapos dénonce « l’utilisation de l’Holocauste comme couverture par les sionistes et l’Etat d’Israël. »

    Ajoutons que par rapport au 7 octobre, le Hamas a reconnu que malgré sa volonté de prendre vivants des prisonniers dans la perspective d’un échange, des tirs ont occasionné des pertes civiles lors de l’intervention de Tsahal. Il s’est dit ouvert à toute enquête internationale, ce qui n’a jamais été le cas du côté israélien, résolument confiné dans le récit de sa propagande.

    2) Le Hamas, c’est Daesh (le prétendu « Etat islamique au Moyen-Orient »). Pourtant, quelques observations permettent de démontrer l’ineptie d’une telle comparaison, notamment entre celui qui s’autoproclamait le Grand Calife de l’ensemble du monde musulman, et les chefs du Hamas. Ces derniers ont accédé au pouvoir en 2006 par la voie des urnes. Ils ont condamné ouvertement l’idéologie et les agissements de Daesh ; et surtout, les témoignages des juifs et des chrétiens qui ont vécu à Gaza sous leur régime sont des plus éloquents.  Le témoignage d’abord du patriarche latin de Jérusalem en 2010, Michel Sabbah, à qui la question suivante avait été posée : Quelle est la situation des chrétiens de Palestine ? Sa réponse : « Aucun massacre, aucun attentat contre les églises, aucune persécution ouvertement antichrétienne. Même à Gaza, les chrétiens sont protégés par le Hamas, souvent présenté comme une organisation terroriste. » (Hebdomadaire La Vie, Michel Sabbah, Le Hamas nous protège, 1er avril 2010)

    Le patriarche Michel Sabbah : « Le Hamas nous protège ! »

    Le témoignage ensuite de Madame Sarah Katz, qui est allée à Gaza pour soutenir en tant que femme juive la résistance des agriculteurs et des pêcheurs palestiniens et qui affirme : « J’ai vécu pendant deux ans avec mon nom juif, avec mes cheveux à l’air, je n’ai jamais eu le moindre problème, même pas une phrase méchante, jamais, jamais. C’est une société très tolérante qui est en train de mourir. » Cette juste d’entre les justes mériterait que les médias s’intéressent à elle.

    Une juste d’entre les justes

    3) Le sionisme protège le monde contre l’islamisme. Une rhétorique prisée par les militaires israéliens pour encourager leurs soldats à bombarder des civils, et utile pour demander aux Etats-Unis des armes et des munitions. Une rhétorique reprise malheureusement par toutes sortes « d’intellectuels, de chercheurs » et de politiciens qui ne cachent plus, dans un univers dominé par une islamophobie diffuse, leur volonté de réduire les musulmans engagés au silence et à l’invisibilité. Mais pourquoi ne pas inverser le problème ? N’est-ce pas le gouvernement israélien, poursuivant sa colonisation, qui représente le plus grave danger mettant en péril la pérennité de nos institutions propres à tout Etat de droit ?

    Netanyahou a besoin de la violence pour survivre politiquement. Et les hommes d’extrême droite qui l’entourent, portés par un messianisme dévastateur, envisagent une guerre beaucoup plus large, qu’ils cherchent à provoquer, bien au-delà de la région.  Une guerre de cette ampleur permettrait seule de faire oublier au monde l’horreur des atrocités commises à Gaza depuis des mois.

    Ou bien – autre issue envisageable – la provocation d’un ou de plusieurs attentats à petite ou grande échelle en Occident, touchant des gens de toutes nationalités, et permettant d’orienter l’opinion publique à nouveau contre les musulmans. Une diversion pour unifier les peuples contre le « terrorisme islamiste », dont la racine se trouve au Moyen-Orient, et particulièrement à Gaza, puisque « tout le monde à Gaza est un terroriste. »

    Cependant, ces outils de la propagande de guerre ont montré leurs limites. L’échec est cuisant. La cruauté du sionisme, qui ne date pas du 7 octobre 2023, est devenue une évidence. Si l’on peut regretter que des gouvernements et des organes de presse s’en soient accommodés, un sentiment de dégoût généralisé gagne la planète face à ce qui se passe : pendant des mois et des mois, on a laissé une armée bombarder et massacrer des civils dans une prison à ciel ouvert.

    Références :

    Mia Shem, who was released by the resistance, talks about her experien… | TikTok

    Stephen Kapos : ( X (twitter.com)

    Michel Sabbah : (Hebdomadaire La Vie, Michel Sabbah : « Le Hamas nous protège » / EDITION DU 01 AVRIL 2010 (N°3370) (lavie.fr)

    Sarah partage son expérience à Gaza avec TRT Français. #sarahkatz #mil… | TikTok


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Genève, 19 mai 2024

  • Le problème, ce n’est pas le Hamas…

    Directeur du Centre islamique de Genève, Hani Ramadan a suscité la polémique en situant le Hamas « entre terrorisme et résistance » dans un récent article. Il précise son point de vue et apporte des précisions dans notre entretien sans concession.

    Hani Ramadan, est-ce la première fois que vous accordez un entretien à un journal ouvertement chrétien et conservateur ?

    Je n’ai effectivement pas souvenir d’avoir répondu à une telle invitation par le passé. 

    Est-ce une sorte de défi, pour vous ? 

    Non, je ne dirais pas cela. Simplement, je pense qu’il faut que nous soyons ouverts au dialogue, et d’autant plus dans le climat actuel de tensions qui menace de grandir au sein de nos communautés. 

    Dans le milieu médiatique, il a été reproché à la Tribune de Genève de vous avoir accordé, précisément, une tribune au début du mois de mars. Vous en signez pourtant depuis des années. Qu’est-ce qui a changé ? 

    Effectivement, j’ai régulièrement rédigé des articles repris par  24 heuresLe Temps ou, peut-être plus fréquemment, la Tribune de Genève.Des échanges vifs à la suite de mes opinions qui tranchent avec une doxa diffuse, cela n’a rien de nouveau. Ceux du moment sont liés à une situation hors du commun par son ampleur et sa visibilité : le drame qui se joue à Gaza. 

    Ce drame est justement au cœur d’une manifestation nationale, ce week-end (ndlr le 23 mars 2024). Parmi les cosignataires de la mobilisation, on trouve des mouvements féministes, « queer » ou Extinction Rebellion. Vous sentez-vous de la proximité avec ces milieux ?

    Vous savez, il y a dans la nature humaine quelque chose qui rejette les injustices flagrantes. Sur ce point précis, en effet, les hommes se rejoignent pour dire non à la barbarie sioniste. 

    Tout de même, n’y a-t-il pas de contradiction à voir un mouvement LGBTQIA+ qui défile en soutien du Hamas ?

    Écoutez, il faut aller leur poser la question. Mais quand on brûle vif, mutile ou affame des enfants et des femmes, quand on bombarde des civils avec des avions et des armes sophistiquées, la réaction humaine est inévitable. Elle relève d’une évidence, à savoir qu’on a dépassé toutes les limites. Ce ne sera donc pas moi qui irai contester la présence de tel ou tel groupe venu exprimer ce désaveu. 

    Vous dénoncez ce cortège d’horreurs du côté palestinien, mais il y a aussi des otages israéliens qui sont toujours détenus depuis 2023… 

    Le mot «  otage  » ne rend certainement pas compte du contexte de ces opérations. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les kibboutz attaqués le 7 octobre ont été construits sur onze villages palestiniens détruits. Les dernières personnes à avoir été envoyées à Gaza venaient précisément de ces endroits. Ce n’est d’ailleurs pas moi qui le dis, mais l’historien israélien Ilan Pappé, que je citais dans mon dernier article paru dans la Tribune de Genève. 

    Cet auteur  soutient, et d’autres avec lui, que le Hamas n’est pas un mouvement terroriste, mais qu’il mène une action de résistance. Son but n’a jamais consisté à massacrer des gens, décapiter des bébés ou violer des femmes – informations d’ailleurs démenties depuis. Tout cela relève de la propagande de guerre et des témoignages sortent même dans la presse israélienne de gauche qui prouvent que ces choses ne se sont jamais produites. Je vous renvoie à une large enquête que vous trouverez sur mon blog, où sont accumulés les faits qui contredisent le narratif du gouvernement israélien : 7 octobre : que s’est-il réellement passé ?[1]

    Vous relativisez tout de même beaucoup la portée du 7 octobre… 

    Le Hamas voulait prendre des prisonniers pour les échanger contre ceux – on les évalue à 6000, dont de nombreux enfants – qui croupissent dans les geôles israéliennes. Quel intérêt y aurait-il eu à tuer ces gens  ? Les morts proviennent en grande partie de l’armée israélienne qui a voulu empêcher l’opération en attaquant et bombardant les kibboutz. Cela étant dit, bien sûr que le Hamas peut faire l’objet d’une enquête comme n’importe quelle organisation, mais il faut qu’elle soit menée librement et selon le droit. Or j’observe que sur le coup de l’émotion, tant nos conseillers fédéraux que la presse se sont précipités pour retenir les affirmations du gouvernement suprémaciste de Netanyahou. 

    Selon vous, la Suisse n’aurait pas dû afficher sa solidarité avec le peuple israélien, au lendemain des attaques ?

    On aurait dû prendre le temps de mener une enquête sur ce qui s’est réellement passé. C’est ce qui qualifie l’État de droit. Nous sommes la Suisse, pas Israël, et nous n’avons pas à nous aligner sur sa politique ou sur les éléments de sa propagande. 

    Prendre le temps de l’enquête : vous aviez déjà dit cela à propos du massacre du Bataclan… 

    Oui, j’ai toujours tenu les mêmes propos lorsqu’il y a eu des drames et des attaques qualifiés immédiatement de « terroristes ». Je pense qu’on va toujours trop vite pour tirer des conclusions, notamment au niveau de la presse et des médias. 

    Mais cette émotion n’est-elle pas légitime quand on voit des jeunes qui se font attaquer en plein festival techno, le 7 octobre, en Israël ? 

    Je n’ai vu aucune image qui va dans ce sens  : on a parlé de massacre à grande échelle, mais encore une fois, bon nombre de témoignages de civils israéliens affirment aujourd’hui que c’est leur propre armée qui leur a tiré dessus, notamment lourdement par la voie des airs. Ce qui a été confirmé par des soldats de Tsahal. De son côté, le Hamas a reconnu que des Israéliens ont été touchés lors des échanges de tirs, mais telle n’était pas sa volonté. Par ailleurs, ses combattants n’avaient pas connaissance qu’un « festival techno » avait lieu dans les parages. 

    On dirait que vous avez toujours une piste de sortie complotiste. 

    Voilà bien une expression que l’on brandit systématiquement pour décrédibiliser ceux qui tentent d’aller au-delà de la doxa que les lobbies veulent imposer. Ne vous y méprenez pas, ces lobbies sont une réalité  : regardez ce qui se passe dans la presse d’expression française avec des médias tenus par des gens comme Patrick Drahi… 

    Vous faites allusion à l’idée d’un grand complot juif mondial ? 

    Parler de  «  grand complot juif mondial  » est une expression dangereuse ! Elle est à éviter parce qu’elle incrimine les Juifs  dans leur ensemble, et l’on sait comment le nazisme en a fait usage. Cependant, le sionisme international n’est pas une lubie, mais bien une réalité. On sait pertinemment que personne ne devient président aux États-Unis sans passer par l’AIPAC (ndlr  American Israel Public Affairs Committee, puissant lobby basé à Washington) ou par le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), chez nos voisins. On a vu, sur un autre plan, des journaux qui ont systématiquement orienté le débat vers une condamnation du Hamas, quitte à présenter des informations et des chiffres inexacts sur la réalité du 7 octobre. 

    Vous affirmez que la presse est « tenue » par le sionisme ? 

    En grande partie. Mais je dirais plutôt « orientée ». Il faut d’abord rappeler que la culture occidentale souffre d’un complexe de culpabilité vis-à-vis des Juifs depuis la Shoah. Vous savez, lutter contre l’antisémitisme est une chose essentielle et encore aujourd’hui, il ne faut pas oublier que dans une Europe que l’on croyait «  des Lumières  », on a accepté que le nazisme s’installe et massacre les Enfants d’Israël  d’une façon abominable. Malheureusement, le poids de l’histoire fait qu’on hésite aujourd’hui à faire la critique de la politique israélienne, et je crois que c’est une grave erreur. C’est précisément en dénonçant les exactions du sionisme, et en le distinguant du peuple juif et de tout ce qu’il a apporté à l’humanité, qu’on lutte contre l’antisémitisme. 

    Ceux qui pensent qu’il ne faut pas critiquer Israël à cause du souvenir de l’extermination nazie nourrissent un amalgame. En tant que musulman, je le dis clairement : on ne doit toucher ni aux rabbins, ni aux synagogues, ni aux Juifs et à la culture juive ; mais sur la question palestinienne, on doit être juste. 

    Être juste et équilibré, n’est-ce pas aussi rappeler que les Israéliens reçoivent des roquettes sur la tête depuis vingt ans ?

    Vous inversez l’ordre des choses. Ce sont les civils palestiniens qui sont agressés depuis 1918, et la réponse armée s’appelle de la résistance. Je vous renvoie, à titre d’exemple, aux observations que fit Monsieur Majed Bamya (du Fatah, diplomate au Ministère des affaires étrangères palestiniens) à une journaliste sur France24, à la suite de l’agression contre Gaza en 2014 : « Le Hamas, qui a fait 27 morts israéliens, dont 25 militaires appartenant à la puissance occupante israélienne, serait une organisation terroriste et des criminels ; et ceux qui ont fait 530 morts, dont 90 % de civils, dont plus d’une centaine d’enfants, seraient le pays civilisé dans ce conflit ? »[2]  Notons qu’il s’agissait d’un bilan intermédiaire. Au final, « côté palestinien, au moins 2140 personnes ont perdu la vie durant cette nouvelle guerre (en 2014), la troisième en six ans. Parmi eux, 1460 civils, dont 493 enfants âgés de 10 jours à 17 ans, 253 femmes et 714 civils hommes. » 

    Les roquettes du Hamas visent des habitations, souvent… 

    Vous voyez que les atrocités commises par Tsahal ne sont pas une nouveauté. Quand on bombarde tout un peuple d’un côté, il y a forcément une réponse de l’autre. Bien sûr, nous sommes persuadés qu’il faut épargner les civils, mais le contexte historique fait que les Palestiniens se trouvent confrontés à une colonisation qui se poursuit. Peut-on dire d’un colon armé qui a le droit de tirer sur les Palestiniens qu’il est un «  simple civil  »  ? Je ne le pense pas. Le problème, ce n’est pas le Hamas, mais la colonisation qui se poursuit. 

    Qui est ce « nous » que vous employez régulièrement ? 

    Il désigne ceux qui pensent, comme moi, que la résistance palestinienne est légitime. 

    À l’Université de Lausanne, la Semaine d’actions contre le racisme de mars 2024 a donné la parole à des personnes très antisionistes. N’est-ce pas la preuve que votre sensibilité est aujourd’hui dominante ? 

    Non, c’est tout le contraire. La tendance qui vise à criminaliser ceux qui dénoncent le sionisme et osent défendre la résistance est largement dominante. On ne peut que féliciter toute démarche qui, dans les milieux académiques, ouvre plus largement le débat. 

    Depuis le 7 octobre sont dévoilées la lâcheté de la plupart des gouvernements occidentaux, l’hypocrisie de bon nombre de gouvernements arabes, et la faiblesse du système onusien. 

    Avez-vous un dernier message pour nos lecteurs chrétiens ? 

    Oui. Je les encourage à se pencher davantage sur le sort des Palestiniens chrétiens qui vivent à Gaza et Jérusalem. J’aimerais aussi leur dire de s’intéresser à l’islam de façon objective. Souvenez-vous que le message de Jésus, c’est de nous aimer les uns les autres. Comme musulman, je pense que je suis plus chrétien que le chrétien dans le sens où je ne divinise pas la personne du Christ, mais le considère comme un noble prophète, miraculeusement né d’une Vierge par la volonté de Dieu. Un grand homme qui est notre modèle, illustre ainsi que sa mère : « (Rappelle) quand les Anges dirent : Ô Marie, certes Dieu t’a choisie, t’a purifiée, et t’a élue au-dessus des femmes des mondes. » (Coran, 3, 42) 


    Propos recueillis par Raphaël Pomey

    [1] 7 octobre : que s’est-il réellement passé ? – Islam et engagement (blogspirit.com)

    [2] https://www.youtube.com/watch?v=PFKtqk4p2bc

  • Le Hamas, entre terrorisme et résistance

    Il semble que depuis le 7 octobre 2023, les journalistes et la plupart des représentants des États occidentaux n’aient guère d’autre choix que de criminaliser le Hamas.

    Cela n’a pas toujours été le cas. Il y a près de 20 ans, une grande partie de la communauté internationale dénonçait le meurtre du leader palestinien Ahmed Yassine, assassiné le 22 mars 2004. Kofi Annan, Jack Straw, Javier Solana, Joschka Fischer, Dominique de Villepin, Jan Petersen, Hanan Ashwari et bien d’autres exprimèrent publiquement la condamnation de cet acte contre celui qui avait fondé le Hamas («Leaders condemn Yassin killing», 23 mars 2004, CNN).

    Cheikh Yassine, fondateur du Hamas, lors d’un meeting dans le camp de réfugiés de Jabalia, à Gaza, le 14 février 2003, une année avant son assassinat.

    Cet homme et le Hamas veulent-ils l’extermination des juifs, comme d’aucuns le prétendent? Ou bien résistent-ils à un agresseur qui depuis 75 ans – et bien avant le 7 octobre dernier – tue, terrorise et chasse de leurs terres les Palestiniens?

    Ahmed Yassine a eu l’occasion de s’exprimer à ce sujet lors d’une interview. Le 30 octobre 1997, le «Courrier international» publiait un article intitulé: «La surprenante modération du fondateur du Hamas». Il y affirmait: «Nous pouvons vivre avec les juifs (…) Ils pratiquent leur religion. Nous ne portons pas atteinte aux pratiquants.» Et d’expliquer clairement que s’il était agressé par des musulmans ou même des proches qui viendraient lui voler sa terre, il serait dans l’obligation de combattre!

    La Charte du Hamas

    En ce qui concerne la Charte du Hamas, qui préconise la libération de l’ensemble des territoires occupés, et qui refuse de reconnaître l’État d’Israël, elle repose sur un constat historique: depuis 1917, le sionisme n’a été qu’un mouvement de colonisation qui n’a jamais cessé de s’étendre. En 2017, le Hamas a accepté une trêve de longue durée en se tenant à la partition de 1967, mais c’est le gouvernement israélien qui a refusé d’entrer en matière: les colonies de peuplement ayant largement dépassé les frontières de l’«État palestinien» que la Charte du Likoud ne reconnaît d’ailleurs pas. On peut y lire: «Le gouvernement israélien rejette fermement la création d’un État arabo-palestinien à l’ouest du Jourdain.»Et plus loin: «Jérusalem est la capitale éternelle et indivisible de l’État d’Israël et seulement de l’État d’Israël. Le gouvernement rejettera fermement toute proposition palestinienne envisageant la division de Jérusalem.»

    L’historien israélien Ilan Pappé, qui refuse de considérer le Hamas comme une organisation terroriste, a montré que le dernier groupe de Palestiniens qui a été poussé dans la bande de Gaza venait de «11 villages détruits par Tsahal, sur les ruines desquels Israël a construit les colonies attaquées le 7 octobre 2023.»

    Libre à chacun de diaboliser la résistance palestinienne, de l’assimiler à de l’antisémitisme, de reprendre la propagande de guerre d’une armée dont le gouvernement d’extrême droite sera bientôt invité à rendre des comptes devant les Cours de justice internationales. En revanche, les tueries de femmes et d’enfants, la destruction d’hôpitaux, d’habitations, de mosquées et d’églises, la famine, la soif et les opérations sans anesthésie, etc., tout ce cortège d’atrocités est parfaitement visible. 


    Hani RAMADAN

    Directeur du Centre Islamique de Genève

    Tribune de Genève, L’invité, 7 mars 2024