N’existe-t-il vraiment aucune solution aux divergences qui opposent Palestiniens et Israéliens ? L’élection d’Ariel Sharon a été ressentie par le peuple palestinien comme une véritable déclaration de guerre, et tout le monde peut prédire aujourd’hui que le gouvernement d’union nationale va s’engager résolument vers la répression que les électeurs israéliens, dans leur majorité, attendent comme la seule issue possible du conflit.
De leur côté, les Palestiniens n’auront guère le souci de voir venir ce changement d’attitude. La répression, ils la subissent depuis le début de la seconde Intifada, dont le bilan ne cesse de s’alourdir : Près de 400 Palestiniens sont morts, dont 106 enfants. On compte 12 000 blessés, dont 3 000 handicapés à vie. On a assisté à la destruction de 3 449 maisons, et plus de 67 000 arbres ont été arrachés. On précise encore que 66,26 % des Palestiniens tués avaient entre 16 et 30 ans et que 15,95 % avaient moins de 15 ans (chiffres diffusés par le Centre des droits de l’homme à Gaza, le 10 janvier 2001). Le rapport de Mary Robinson évoque de façon éloquente les dommages subis par le peuple palestinien.
À moins de considérer, comme certains colons racistes, que la vie d’un Juif a plus de valeur que celle de centaines d’Arabes, on ne peut décemment comparer ces chiffres avec les pertes subies par l’armée israélienne.
Ajoutant l’arrogance à l’agressivité, l’État hébreu vient de déclarer ce 15 février qu’il refuse de recevoir la commission d’enquête de l’ONU qui avait été décidée en octobre dernier à Genève par la Commission des droits de l’homme, accusant Israël de « crime de guerre contre l’humanité ».
Pourtant, l’État d’Israël a systématiquement recours à la communauté internationale pour se tirer d’affaire lorsqu’il est pris en défaut. Les organisations internationales juives, qui ne cessent de réclamer les biens qui ont été injustement volés par les nazis et les pays européens qui les ont soutenus, directement ou indirectement, se lavent les mains quand il s’agit de rendre des comptes aux Palestiniens.
N’insistons pas sur la duplicité des différents dirigeants israéliens, qui se suivent et se ressemblent tellement. Barak a poursuivi les colonies juives en Cisjordanie « à un rythme plus rapide que sous le gouvernement de M. Netanyahou » (Henry Siegman, Directeur de recherches au Council on Foreign Relations, New York, in Le Monde diplomatique, février 2001).
Il y avait 40 000 Palestiniens à Hébron il y a quelques mois. L’armée israélienne, pour protéger 400 colons juifs installés illégitimement sur un territoire qui ne leur appartient pas, n’a pas hésité à faire de la vie des Arabes un enfer : leur nombre est passé à 30 000. Et cela continue.
Le comble, c’est que toute forme de résistance palestinienne est aussitôt interprétée par la presse et les médias, qui prennent le relais d’une propagande honteuse, comme des actes « terroristes » ou « extrémistes ».
Mais qu’attend-on au juste des Palestiniens ? Qu’ils se laissent égorger comme un troupeau de moutons ?
Une fois de plus, la communauté internationale va assister sans réagir à un scénario dont les victimes sont la proie d’injustices flagrantes. En décrétant un embargo contre Israël, elle pourrait en quelques heures affirmer qu’il existe des limites à ne pas franchir. En imposant le retrait immédiat des territoires occupés, elle pourrait signifier qu’il existe un droit international que tout le monde, sans exception, doit respecter. En interdisant les colonies et en protégeant les innocents par une force d’intervention internationale, elle pourrait souligner que les droits de l’homme sont une réalité.
Mais non. Rien de tout cela ne se fera.
- Parce que l’ONU et le Conseil de sécurité dépendent du bon vouloir de l’administration américaine, laquelle subit les pressions de puissants lobbies sionistes à New York et à Washington.
- Parce que le Conseil de l’Europe a montré depuis plus d’une décennie sa parfaite incompétence lorsqu’il s’agit de condamner des dirigeants sanguinaires et de venir en aide aux populations martyrisées.
- Parce que les gouvernements arabes se comportent avec une lâcheté inexcusable, fuyant leurs responsabilités et acceptant les humiliations constantes.
Face à tant d’injustices, la foi seule des Palestiniens constitue un rempart insurmontable contre la barbarie. Et le soleil se lève tous les jours entre les minarets indéracinables de l’Esplanade des Mosquées.
Hani Ramadan
Directeur du Centre Islamique de Genève
Le Courrier, 9 mars 2001

