Alors que les musulmans vivent une période difficile, étant témoins comme le reste du monde des bombardements continus sur Kaboul et sur les Afghans martyrisés et affamés, alors que plus que jamais il est nécessaire de rejeter les amalgames entre le terrorisme et l’islam, Le Matina publié le dimanche 14 octobre 2001 l’interview d’un prétendu spécialiste qui explique à qui veut l’entendre « pourquoi il n’est pas musulman ». Et de souligner que l’islam est dans ses principes et dans ses fondements opposé à la démocratie, aux droits humains et à l’égalité des sexes. Et d’accuser faussement le Prophète de l’islam d’avoir pratiqué l’assassinat politique !
On reste confondu devant tant de haine et de rancœur mêlées à une étroitesse d’esprit affligeante, mais plus stupéfait encore de voir ces propos calomniateurs figurés dans un quotidien roman censé éclairer le lecteur. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de remettre en cause le principe de la liberté d’expression qui nous est si cher. Mais cela ne nous autorise pas à dire n’importe quoi, en laissant supposer au citoyen suisse que tout musulman convaincu de la vérité du Coran est un ennemi potentiel de l’Occident.
Les écrivains qui jouent les provocateurs et que l’on présente comme des révolutionnaires contre le soi-disant despotisme de la pensée musulmane ne sont pour la plupart que des auteurs de second ordre, dont les œuvres n’ont aucune épaisseur scientifique ou historique, et dont on n’entendrait jamais parler s’ils n’agressaient ouvertement l’islam et les musulmans. Leurs analyses reposent entièrement sur un point de vue occidentalisé qui décrète qu’il n’existe qu’un seul modèle valable de civilisation, et que tout doit être mesuré et jugé selon ses seuls critères.
Ne serait-il donc pas temps de surmonter nos peurs et nos angoisses, pour apprendre à nous connaître dans le respect de nos différences? Cela est possible en Occident généralement, et en Suisse particulièrement, où beaucoup d’hommes et de femmes sont révoltés par la vision manichéenne que certains voudraient leur imposer, contre tout bon sens et tout humanisme authentique.
Hani RAMADAN
Directeur du Centre Islamique de Genève
Le Matin, 28 octobre 2001

