Il est difficile de ne pas réagir à l’interview de Madame Silvia Naef proposée par le Courrier sur le thème du Coran (samedi 10 août 2002). Si nul ne conteste la liberté d’un examen historique et critique du texte, plutôt que théologique, cela devrait précisément signifier une approche rigoureuse des faits, ce qui ne ressort pas des propos tenus par Madame Naef.
Historiquement en effet, le Coran ne présente aucun problème d’authenticité : du vivant du Prophète Muhammad, la récitation était non seulement apprise par cœur par un certain nombre de disciples, mais aussi écrite sur divers supports : morceaux de parchemin et de cuir tanné, tablettes de bois, omoplates de chameaux, espèces de pierres blanches assez tendres pour que l’on puisse y graver facilement le texte, nervures médianes des dattiers, morceaux de poteries brisées, et ainsi de suite. A la mort du Prophète, le texte était conservé, et bénéficiait ainsi d’un double gage d’authenticité : l’écrit et la mémoire. Le Prophète, qui reçut la Révélation par fragments sur une période de 22 années et quelques mois, indiquait de façon précise à ses compagnons le chapitre où devaient figurer les versets. Abu Bakr, premier calife qui lui succéda, prit la sage décision, sous le conseil de ‘Umar, de compiler le Coran, qui fut ainsi rassemblé par les scribes moins de deux ans après le décès de Muhammad (632). Abu Bakr mourut en effet en 634. Comme l’affirme clairement le savant contemporain Hamidullah : « Les sources sont unanimes pour dire qu’Abu Bakr ordonna à Zaïd (l’un des secrétaires du Prophète) de ne point se fier uniquement à la mémoire, mais de chercher pour chaque verset deux témoins, copies écrites chez deux personnes. » (Introduction au Coran, p. XXX, publié par Amana Corporation, Etats-Unis, 1985) Fait remarquable, cette version fut confiée à une femme : Hafsa, veuve du Prophète.
Plus tard, le troisième calife Uthmân Ibn ‘Affân diffusera dans l’ensemble du monde musulman des exemplaires identiques à celui de Hafsa.
Il est vrai que dans les versions ultérieures, des signes graphiques seront ajoutés au texte, mais justement pour éviter les erreurs et en faciliter la lecture aux non-arabophones, l’islam étant alors en pleine expansion et accueillant en son sein des convertis de tous horizons.
Il n’existe donc qu’une seule version du Coran, admise par l’ensemble de la communauté musulmane. Et c’est celle que le Prophète a transmise, mot pour mot. En revanche, nous ne disposons pas de l’intégralité de la Tora et de l’Evangile dans leurs langues originales. De toute la tradition abrahamique, le seul Livre révélé qui ait été ainsi conservé dans sa langue sémitique initiale est le Coran.
Hani RAMADAN
Le Courrier, 14 août 2002

