Les droits de l’homme ont-ils leur origine dans la foi ?

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«Il ne faut pas que nos civilisations deviennent «borgnes», au point que nous jugions de tout par la seule lumière naturelle»

Certains pensent que la Déclaration universelle des droits de l’homme a permis à l’humanité de dépasser l’étape moyenâgeuse d’une foi qui imposait à la raison des normes jugées barbares.

Mais la vraie question à poser serait plutôt celle-ci: les hommes auraient-ils pu concevoir pareilles chartes sans l’apport de la Révélation divine ?

Les notions de l’égalité de tous, de la liberté fondamentale de l’homme et de l’amour du prochain ne sont-elles pas inscrites à l’origine dans la Tora, l’Evangile et le Coran ?

Il est incontestable que, comme le principe de la démocratie, celui des droits de l’homme représente un acquis considérable dans la progression des sociétés civiles.

Or, bien avant la Déclaration universelle, l’islam a énoncé des règles qui rappellent de manière évidente que le respect de la personne humaine, de sa vie, de ses biens, de son honneur, fait partie des exigences de la loi divine qui place très haut les enfants d’Adam.

Le Coran affirme ainsi : «Nous avons certes honoré les fils d’Adam.» (Coran, 17, 70).

Bien sûr, il existe trop souvent un fossé entre l’idéal préconisé par ces préceptes et le comportement de ceux qui prétendent en être les dépositaires. Les musulmans n’échappent pas à cette réalité. Mais on reconnaît cependant l’arbre à ses fruits.

Les compagnons du Prophète Muhammad ont eux-mêmes reçu une éducation qui les a amenés plus tard à défendre la dignité de tout individu, quelle que soit sa confession. Donnons-en un exemple historique édifiant :

Il arriva ainsi, du temps du califat de ‘Umar Ibn al-Khattâb, que le fils du gouverneur d’Egypte alors en place frappât injustement un copte et l’emprisonnât.

Ce dernier réussit à s’échapper et se rendit à Médine pour se plaindre à’Umar. Le Calife ordonna au copte chrétien de frapper publiquement le fils musulman de ce gouverneur, comme il avait été frappé. Puis’Umar prononça cette parole restée célèbre :

«Depuis quand vous a-t-il été donné de réduire les hommes à l’esclavage alors que leurs mères les ont enfantés libres ?»

Cela se passait plus de dix siècles avant que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, reprise par celle dite universelle de 1948, affirme en son article 1er : «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.»

Les hommes auraient-ils donc été capables de concevoir des principes aussi nobles, s’ils n’avaient été orientés par la Révélation divine? Il y a ceux qui pensent que l’être humain peut se suffire à lui-même, et il y a ceux qui sont certains qu’au contraire, une orientation divine est nécessaire.

C’est là une part essentielle du message que l’islam adresse aujourd’hui à l’humanité dans le dialogue des cultures: il ne faut pas que nos civilisations deviennent «borgnes», au point que nous jugions de tout par la seule lumière naturelle, et que nous refusions l’apport considérable de la lumière révélée.

Car c’est précisément ce lien avec la transcendance qui a permis aux enfants d’Adam de se redresser et d’évoluer dans le sens de la dignité. Et celui qui en doute ne connaît ni les Prophètes, ni les Livres révélés. 

Hani RAMADAN
Directeur du Centre Islamique de Genève
Tribune de Genève – L’invité, 12 mai 2008