L’islam n’est pas affaire de police

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A l’initiative de Monsieur Christoph Blocher, les musulmans sont une nouvelle fois invités par l’Office fédéral de la police (Fedpol), aujourd’hui même, pour une discussion consacrée à la sécurité et à un forum sur l’islam. Membre de l’Union des organisations musulmanes de Genève, le Centre Islamique a considéré qu’il était utile de répondre positivement à cette démarche. Toutefois, il est essentiel de mettre en évidence les points suivants.

En premier lieu, la police fédérale a raison de souligner qu’elle regrette «que les médias et l’opinion publique associent la religion et la culture musulmanes aux préoccupations sécuritaires» (lettre aux organisations musulmanes datée du 20 août 2007). Par conséquent, il faut écarter les amalgames qui mêlent les questions de sécurité et de terrorisme avec l’islam en tant que tel.

En Suisse, les musulmans sont des citoyens comme les autres, qui aspirent à la paix sociale, et toutes formes de discrimination consistant à faire d’eux des interlocuteurs distincts, sous-entendant qu’ils constituent une menace à court ou long terme, doivent être fermement rejetées.

Un Forum Islam consacré à la sécurité serait donc un contresens, parce qu’il supposerait la stigmatisation des valeurs d’une religion et d’une culture en particulier.

En second lieu, Monsieur Blocher devrait absolument réorienter la politique désastreuse de son parti: l’initiative sur les minarets et les malheureuses affiches qui ont terni l’image de la Suisse ne nous engagent pas dans un dialogue, mais plutôt dans une logique de confrontation.

Le fait, pour certains, d’asseoir leur stratégie politique alarmiste sur l’islamophobie qui gagne incontestablement du terrain, autant d’ailleurs que sur le rejet de l’étranger qui vient manger notre pain, est indigne des valeurs de notre pays. Le nazisme a vu le jour parce qu’il a été porté par un élan incontrôlé de revendications identitaires désignant un bouc émissaire. A cet endroit, les partis d’extrême droite feraient bien de revisiter l’histoire pour prendre conscience du prix que coûtent à l’humanité les exaltations nationalistes étroites et bornées.

Que dire d’un peuple qui fait de l’étranger un intrus et du mendiant un coupable? Par leur présence, et du fait de leurs valeurs qu’ils ont en commun avec les chrétiens, les musulmans feront en sorte que la Suisse reste ce qu’elle ne devra jamais cesser d’être: une terre de partage, non d’exclusion.

En dernier lieu, le dialogue des autorités suisses avec l’islam ne relève pas de la seule compétence du Département fédéral de justice et police. C’est l’ensemble du Conseil fédéral, et non pas Monsieur Christoph Blocher seulement, qui est concerné par la question. L’islam ne peut être réduit en Suisse à une affaire de police réglée au niveau des services de renseignements. A l’avenir, les informateurs douteux ne seront pas bienvenus dans nos lieux de cultes. Privilégions, de part et d’autre, la transparence et la franchise. Et espérons que l’administration se gardera désormais de jouer les Yankees en territoire helvétique! Tant il est vrai que l’on ne sait pas toujours où s’arrête le devoir d’ingérence, ou d’infiltration !