«Ô enfants d’Israël, rappelez-vous que Je vous avais préférés aux mondes»
«Tu trouveras certainement que les Juifs et les associateurs (les polythéistes) sont les ennemis les plus acharnés des croyants.» (Coran, 5, 82)
«Dis-leur (aux enfants d’Israël): Pourquoi donc avez-vous tué les Prophètes de Dieu auparavant, si vraiment vous êtes croyants?» (Coran, 2, 91).
Ces passages coraniques nous interpellent et nous amènent à nous poser une importante question: l’islam recèle-t-il en ses sources l’antisémitisme? Rappelons d’abord que la Bible elle-même comprend des paroles d’une sévérité extrême à l’encontre des Juifs: «Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites!… Serpents, race de vipères! Comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne? C’est pourquoi, voici, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous battrez de verges les autres dans vos synagogues.» Selon l’Evangile, c’est Jésus qui parle ainsi! (Matthieu 23, 29-35)
Certains seraient tentés de dire que la meilleure forme de pédagogie, pour mettre fin à l’antisémitisme, serait d’effacer de la mémoire collective des hommes ces références scripturaires. Il se peut que nos sociétés laïques aient délibérément fait le choix de cette mise à l’écart, assurant ainsi la paix confessionnelle à laquelle aspirent de façon légitime des générations qui ne connaissent rien de la Bible. Ce sera plus difficile avec l’islam: les musulmans sont attachés au Coran, qu’ils lisent et entendent soir et matin. L’autre voie qui s’offre à nous est au contraire d’interroger les textes avec lucidité, et de ne pas nous en tenir à une lecture superficielle. Remarquons d’abord que l’ascendance de Jésus, fils de Marie, remonte à Israël, c’est-à-dire Jacob. Lorsqu’il interpelle les Juifs, Jésus s’adresse aux pharisiens, qu’il considère comme des hypocrites parce qu’ils s’adonnent formellement à des pratiques rituelles en oubliant l’essentiel: le culte du cœur et la miséricorde.
Le Coran est également explicite à ce niveau: «Ô vous qui avez la foi! Soyez des alliés de Dieu, à l’instar de ce que Jésus fils de Marie a dit aux apôtres: Qui sont mes alliés pour servir la cause de Dieu?» Les apôtres répondirent: «Nous sommes les alliés de Dieu.» Un groupe des enfants d’Israël crut, tandis qu’un groupe nia.» (Coran, 61, 14) En d’autres termes, ce ne sont pas tous les Israélites qui sont mis ici en cause, mais un groupe d’entre eux. De la même façon, le Prophète Muhammad sera soutenu par une partie des Arabes, alors qu’une autre partie le combattra dans le dessein de le faire mourir. Le destin des enfants d’Israël nous offre une illustration condensée de l’histoire de l’humanité, qui comprend, pour tous les peuples, des bons et des méchants, des tortionnaires et des hommes persécutés.
Reste le statut particulier des fils d’Israël. Une noble ascendance évoquée dans le Coran: «Ô enfants d’Israël, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés. (Rappelez – vous) que Je vous avais préférés aux mondes.» (Coran, 2, 47 et 122)
Que l’on traite en islam du statut de la femme, ou de la rigueur de la loi, ou du rapport des musulmans aux personnes de confession juive, il faut se garder de considérer une partie de ses sources sans tenir compte de l’éclairage que nous offre une autre partie. C’est l’erreur commune que font les musulmans qui ont une vision étroite de leur religion, aussi bien que tous ceux qui visent à dénigrer systématiquement la culture musulmane en la présentant comme rétrograde et dépassée. Mais universelle, aimante et tolérante, telle est en réalité la nature première de l’islam.

