Yvonne Ridley, journaliste féministe et voilée

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Yvonne Ridley a fondé le parti politique Respect. Amalgame de gauchistes et de fervents musulmans, Respect s’est fermement opposé à la guerre en Irak. Candidate à trois reprises depuis 2004, Mme Ridley n’a toutefois jamais réussi à se faire élire.

Emprisonnée par les talibans en 2001, la journaliste britannique Yvonne Ridley s’est depuis convertie à l’islam et anime une émission d’information sur Islam Channel. La féministe convaincue a un parcours pour le moins atypique.

Elle ne connaît le Coran que depuis quatre ans, mais Yvonne Ridley est déjà la vedette d’Islam Channel. Et pour cause: ce n’est pas tous les jours que la petite chaîne de télévision londonienne peut recruter une journaliste occidentale reconnue, qui s’est de surcroît convertie à l’islam après avoir été arrêtée par des talibans!

Encore novice en matière de sourates, Yvonne Ridley possède par contre un sérieux bagage journalistique. En 30 ans de carrière, la journaliste qui frise la cinquantaine a travaillé dans presque toutes les salles de rédaction importantes d’Angleterre (Daily Mirror, News of the World, The Observer, Sunday Express…).

Sa conversion à l’islam, elle la doit à un étrange concours de circonstances. Après le 11 septembre, elle s’envole vers le Pakistan dans le but d’aller faire un reportage en Afghanistan pour le Sunday Express. Après trois demandes de visa rejetées, elle décide de traverser la frontière illégalement, incognito sous une burqa. 

Malchanceuse, elle échappe sa caméra sous le regard d’un taliban. Elle passera 10 jours en cellule. 

«Autant de jours à me dire que ce jour sera le dernier», se rappelle la journaliste, aujourd’hui toute vêtue de noir et couverte d’un hidjab surmonté d’un foulard abricot.

Invitée à se convertir par un religieux alors qu’elle est en détention, la mère de famille trois fois divorcée refuse, tout en promettant de prendre le temps de lire le Coran si elle est libérée. 

Chose promise, chose due: à son retour en Angleterre, elle se plonge dans le livre sacré. Chrétienne pratiquante, elle découvre une religion ,plus moderne, plus à jour». Et deux ans et demi après son séjour dans les cellules afghanes, elle décide d’embrasser la religion de Mahomet.

Féministe convaincue

Féministe convaincue, elle dit s’être notamment convertie parce que le Coran est plus libéral que la Bible pour les femmes. «Les femmes musulmanes ne connaissent pas leurs droits. Ce n’est pas islamique d’opprimer les femmes comme cela se fait dans certains pays musulmans», s’emporte-t-elle.

Et le port du voile? «C’est inscrit dans le Coran, c’est une obligation pour toutes les femmes musulmanes. On ne peut pas ne prendre que ce que l’on veut dans une religion. Mais je ne juge ni ne critique les femmes qui ne le portent pas. C’est leur choix.»

Outre les valeurs du Coran, Yvonne Ridley a également fait siennes les causes qui tiennent à coeur à nombre de musulmans. Après avoir travaillé six mois pour le site Web d’Al-Jazira au Qatar en 2003 (elle a été renvoyée pour syndicalisme et, d’après elle, parce que Washington n’aurait pas apprécié une de ses enquêtes), elle revient en Angleterre et fonde avec d’autres le parti politique Respect.

Amalgame de gauchistes et de fervents musulmans, Respect s’est fermement opposé à la guerre en Irak. Candidate à trois reprises depuis 2004, Mme Ridley n’a toutefois jamais réussi à se faire élire.

Depuis janvier 2004, elle est également responsable des questions politiques pour la chaîne Islam Channel. À la barre d’Agenda -une quotidienne d’information-, elle accueille chaque jour des invités qui discutent généralement de sujets touchant de près les musulmans.

Syndrome de Stockholm

Si elle se défend d’avoir été victime du syndrome de Stockholm -qui pousse les otages à défendre les idées de leurs ravisseurs-, la journaliste condamne aujourd’hui l’invasion de l’Afghanistan. «C’était juste pour des questions pétrolières», soutient-elle.

Mieux, elle défend l’héritage des talibans. «Ils étaient en train d’éradiquer la culture de l’opium. Et qu’est-ce que l’on voit depuis l’invasion? La culture de l’opium a repris de plus belle, l’industrie pornographique est en pleine effervescence, les viols ont augmenté…»

Critiquant la publication des caricatures de Mahomet par certains médias occidentaux- qu’elle compare aux caricatures de juifs par les nazis avant la Deuxième Guerre mondiale-, elle considère également que les musulmans sont les «nouveaux juifs». «Quand on diabolise les gens par des caricatures, c’est qu’on est au début d’une pente glissante.» À ses yeux, Guantanamo s’apparente d’ailleurs à un camp de concentration des temps modernes.


Bien que surpris par son parcours, ses anciens collègues du Sunday Express continuent à avoir beaucoup de respect pour elle. «Elle a fait des choix inhabituels, mais ce sont ses choix. Je suis convaincu qu’elle est aussi compétente aujourd’hui qu’elle l’était dans le passé», conclut son ancien collègue, Jim Murray, aujourd’hui responsable de l’actualité au Sunday Express.

Yves Schaëffner,

La Presse, Collaboration spéciale

Mars 2006 – Londres