France Soir a rendu compte des récentes manifestations autour de la question du voile, notamment en citant dans ses colonnes les propos de Nadia Amiri, déclarant : « Les jeunes filles qui ont manifesté se réclament d’une liberté qui arbore les signes de l’oppression. »
Commençons par remarquer que le projet de loi proposé par la commission Stasi repose sur une forme d’hypocrisie qui cache très mal la volonté se s’en prendre à une seule communauté. Alain Duhamel, dans l’émission Cent minutes pour comprendre sur France 2 ce lundi 19 janvier 2004, a habilement interpellé Jack Lang sur la question : cette nouvelle loi ne viserait finalement que les musulmans, quelles que soient les justifications avancées par Monsieur Stasi ? Monsieur Lang a soigneusement évité de répondre, parce que cela est évident. Parler de signes ostentatoires ou ostensibles relève d’une généralisation qui ne nuira en aucune manière aux chrétiens portant une croix ou aux juifs rangeant leurs kipas. Car dans les deux cas, ces signes ne constituent nullement une obligation religieuse. Par contre, interdire le foulard, c’est s’en prendre directement et sans détour à une prescription religieuse, et donc, c’est violer l’intimité des consciences. C’est aller à contresens de la Déclaration des droits de l’homme et de la Constitution française qui prévoient les libertés de culte et de croyance. Comment peut-on en arriver là, sinon parce que l’opinion française est submergée par une vague d’islamophobie et s’imagine qu’en effaçant les signes, on efface aussi les dangers liés aux problèmes de l’immigration et du terrorisme.
Autre hypocrisie : le voile serait un symbole d’appartenance religieuse. Or il n’en est rien : la musulmane qui porte le voile n’entend pas par là s’afficher. Dans les pays musulmans, des millions de femmes sortent voilées, et elles ne le font nullement par ostentation, mais uniquement pour obéir à une injonction divine. Si l’on respecte la femme, on doit aussi respecter ses choix, et non pas la mettre de force sous la tutelle d’une quelconque loi. Autant la République se doit d’accompagner celles qui sont contraintes de porter le voile, autant elle se doit de défendre celles qui veulent le porter. Toute prise de position à sens unique nous renvoie à une forme de dogmatisme qui contredit la signification profonde de la laïcité.
Autre hypocrisie encore : le Président Chirac soutient le projet de loi, parce que le degré d’une civilisation se mesure à la façon dont les femmes sont traitées. Bravo. Mais dans le contexte, cela sous-entend que le foulard islamique infériorise la femme, et exprime une inégalité des sexes inacceptable. Question aux classes dirigeantes dominées par les sondages : Et si l’avilissement de la femme résidait plutôt dans la prostitution que la République autorise ? Ou dans l’exploitation dégradante de son corps livré aux appétits malsains d’une horde d’hommes qui consomment à fortes doses, sur grand écran ou dans des lits de hasard, les femmes dites libérées ?
L’islam est la religion de la pudeur. La femme en islam a une valeur inestimable. Elle est la perle qui illumine le foyer et la société. Une perle que l’on protège dans un écrin de velours, et que l’on tient à l’abri des privautés. C’est une autre philosophie, une autre façon de voir les choses. Difficilement compréhensible certes pour des communautés déchristianisées qui considèrent qu’il est parfaitement normal de multiplier les partenaires. Un peu comme l’on se passe une pièce de cent sous.
Non, Madame Nadia Amiri, la liberté ne se limite pas à votre seule façon occidentalisée de voir les choses. En prétendant interdire le voile à l’école contre la volonté de celle qui le porte librement, c’est vous qui rejoignez les rangs de l’oppression. En islam, l’être humain n’est réellement libre – homme ou femme – qu’à partir du moment où il se soumet entièrement à Dieu, et à Dieu seul. S’il l’oublie, il se tourne inéluctablement vers des idoles. Et l’une d’entre elles s’appelle la tyrannie des hommes. La femme qui choisit de porter le voile est persécutée aujourd’hui en Tunisie, et exclue des universités de Turquie. Cependant, loin d’être manipulée, elle résiste autant que vous et souvent contre des hommes, mais pour des valeurs qui vous sont étrangères. Nous aimerions qu’en France, on se ressaisisse en défendant le principe d’une laïcité réellement ouverte. Nous devons y respecter le judaïsme, comme le christianisme, comme l’islam et la libre pensée. Et l’école qui prépare de futurs citoyens, plus que tout autre espace républicain, ne saurait devenir le lieu de l’exclusion et du rejet de la différence.
France Soir, Tribune Libre
3 février 2004

